Bonsoir, merci d’être là
Ce que vous allez voir c’est le résultat d’un laboratoire de trois jours , mené avec Imane Toute et Marianne Feneyrol, sous la houlette un peu bancale, mais passionnée de moi.
Trois jours, c’est court.
On n’a pas eu le temps de tout comprendre.
Et peut-être que c’est ça, finalement, qui colle parfaitement à Beckett : on ne comprend jamais tout.
La pièce que nous avons travaillée s’appelle Footfalls, que l’on pourrait traduire par bruits de pas. Mais que la traduction française a traduit par « Pas » tout court, Beckett l’a écrite en 1975 pour l’actrice Billie Whitelaw. On y suit May, une femme qui marche, d’un côté à l’autre, sur une bande lumineuse étroite, en parlant avec… sa mère. Enfin, avec la voix de sa mère.
La mère n’apparaît jamais. (Je fais ici une parenthèse pour vous dire que vous avez un devant et un derrière vous voyez devant vous, vous ne voyez pas derrière, sauf si vous vous retournée, ce qui est possible, possible, mais pas drôle)
D’ailleurs, on n’est même pas sûrs qu’elle existe vraiment. Peut-être qu’elle n’est qu’une voix dans la tête de May.
Alors May marche, encore et encore, s’use en traçant son petit aller-retour.
Jusqu’au moment où il n’y a plus rien.
Ou plus personne.
Ou peut-être personne depuis le début.
Beckett, vous le savez peut-être, est l’homme des zones grises : est-ce que le personnage est vivant ? Mort ? Réel ? Inventé ?
Il adorait ces endroits flous où on ne sait pas très bien sur quel sol on marche.
Et nous, ce soir, nous avons choisi que ce couloir soit… la plage.
Le bord de l’eau.
Car la lumière dont Beckett rêvait, la ligne qui délimite la marche de May, nous l’avons trouvée là : entre sable et mer, mouvante, effacée, recommencée sans cesse.
Le rythme des pas de May, c’est celui des vagues.
Son obsession, son cycle, sa petite boucle… c’est exactement ce que la mer joue depuis toujours.
Alors, vous verrez peut-être ce soir des choses obscures, des moments où vous vous demanderez : mais pourquoi elle marche ? Pourquoi elle parle à cette voix ? Pourquoi ça recommence encore ?
Et vous aurez raison.
Parce que Beckett écrit des énigmes qui ne se résolvent pas.
Mais souvenez-vous : il s’agit d’écouter autant que de voir.
D’écouter les pas, le souffle, les silences, la mer.
Alors, oui, c’est un essai, une esquisse au bord de l’eau.
C’est peut-être exactement ce que voulait Beckett : un théâtre fragile, où il y a autant de vide que de plein, autant d’ombre que de lumière.
Nous vous remercions de partager avec nous ce moment, dans cette drôle d’aventure qu’on a appelée — avec un peu d’audace et beaucoup de tendresse — Summer Beckett, Bitch!
27 August 2025