{"id":162,"date":"2019-04-28T03:39:00","date_gmt":"2019-04-28T01:39:00","guid":{"rendered":"http:\/\/mateo.mavromatis.org\/?p=162"},"modified":"2021-11-21T17:31:17","modified_gmt":"2021-11-21T16:31:17","slug":"theatre-tres-difficile-le-rite-de-vassiliev-critique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/2019\/04\/28\/theatre-tres-difficile-le-rite-de-vassiliev-critique\/","title":{"rendered":"Th\u00e9\u00e2tre tr\u00e8s difficile, le rite de Vassiliev #critique"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/190428.jpeg\" alt=\"\" \/><\/p>\n\n<p>M\u00e9d\u00e9e-Mat\u00e9riau, de Heiner M\u00fcler, mis en sc\u00e8ne par Anatoli Vassiliev avec Valerie Dreville. Repris en 2017, 15 ans apr\u00e8s une premi\u00e8re cr\u00e9ation en Avignon. Un \u00e9v\u00e9nement th\u00e9\u00e2tral rare et pr\u00e9cieux, le spectacle n\u2019est rejou\u00e9 qu\u2019une vingtaine de fois entre Strasbourg et Paris. <\/p>\n<h2>M\u00e9d\u00e9e, Muller, Vassilev, Dr\u00e9ville : Mat\u00e9riaux<\/h2>\n<p>M\u00e9d\u00e9e avant tout une trag\u00e9die, antique, \u00e9crite par Euripide en 431 avant J-C. D\u00e9j\u00e0 \u00e0 l\u2019\u00e9poque une trag\u00e9die \u00ab\u00a0classique\u00a0\u00bb, r\u00e9\u00e9criture d\u2019un mythe, celui de M\u00e9d\u00e9e, connu de tous. Le spectateur sait les grandes lignes du r\u00e9cit qu\u2019il va voir jouer. Elles lui sont m\u00eame rappel\u00e9es d\u00e8s l\u2019ouverture par la Nourrice qui r\u00e9sume : \u00ab\u00a0Trahissant ses enfants ainsi que ma ma\u00eetresse \/ Jason, par son hymen, gagne le lit d&#8217;une princesse\u00a0\u00bb<sup id=\"fnref1:1\"><a href=\"#fn:1\" class=\"footnote-ref\">1<\/a><\/sup>. Voil\u00e0 le tragique, M\u00e9d\u00e9e, colchidienne, trahissant sa patrie, a particip\u00e9 au vol de la toison d\u2019or et tu\u00e9 son propre fr\u00e8re par amour pour Jason qui l\u2019enl\u00e8ve sur l\u2019Argos. Mais, deux enfants plus tard, Jason abandonne M\u00e9d\u00e9e pour la fille du roi Cr\u00e9on. Elle ne vit plus alors que par d\u00e9sir de vengeance. Ainsi d\u2019une robe, elle empoisonne la mari\u00e9e et bien que tiraill\u00e9e par l&#8217;amour maternel, tue ses deux enfants et s\u2019envole sur le char a\u00e9rien qu&#8217;H\u00e9lios lui a envoy\u00e9. Quelque soit la d\u00e9cision que\u00a0M\u00e9d\u00e9e\u00a0prenne, c&#8217;est son destin que de finir malheureuse puisque les\u00a0choix qui s&#8217;offrent\u00a0\u00e0 elle\u00a0(venger leur honneur ou sauver ses enfants) sont \u00e9quivalents dans leur inhumanit\u00e9.<br \/>\nHeiner M\u00fcller, plus encore qu\u2019un observateur politique en fin de guerre froide et qu\u2019un directeur de th\u00e9\u00e2tre est\u00a0un auteur, un po\u00e8te de la d\u00e9construction. Ses pi\u00e8ces, ses po\u00e8mes, ses nouvelles, on fait de lui l\u2019un des plus importants auteurs dramatiques allemands dans le sillage de Brecht et Beckett. D\u00e9construction de la langue, d\u00e9construction des mythes : Anatomie Titus, M\u00e9d\u00e9e-Materiau, Hamlet machine, Quartet, parmi tant d\u2019autres. Comme dans l\u2019antiquit\u00e9, les lignes de l\u2019histoire sont connues, il n\u2019est jamais question d\u2019installer des personnages, mais de convoquer des figures. Du mythe de M\u00e9d\u00e9e ne reste que la moelle, les seuls personnages de la nourrice, de Jason, \u00e9videment de M\u00e9d\u00e9e. Restent l\u2019\u00e9v\u00e9nement, le meurtre, et ses mots, 1500, choisis avec une pr\u00e9cision chirurgicale.<br \/>\nAnatoli Vassiliev affirme un mysticisme : \u00ab\u00a0depuis toujours ma recherche n&#8217;est rien d&#8217;autre que celle d&#8217;un th\u00e9\u00e2tre spirituel\u00a0\u00bb<sup id=\"fnref1:2\"><a href=\"#fn:2\" class=\"footnote-ref\">2<\/a><\/sup>. Que ce soit dans le choix de ses sc\u00e9nographies \u2013 L\u2019esth\u00e9tisme fantomatique, la noirceur de son Bal masqu\u00e9 jou\u00e9 \u00e0 la com\u00e9die fran\u00e7aise en 1989 avait fait couler beaucoup d\u2019encre \u2013, dans le choix de ses pi\u00e8ces \u2013 pour l\u2019exemple en 1997, au Festival, Les Lamentations de J\u00e9r\u00e9mie de Dosto\u00efevski, \u2013 et surtout dans sa recherche d\u2019une voix, d\u2019une technique vocale qui transcende le corps de ses interpr\u00e8tes. Il n\u2019est donc pas surprenant de le voir se pencher sur le fant\u00f4me de M\u00e9d\u00e9e tel qu\u2019il est  \u00e0 nouveau convoqu\u00e9 par Muller.<br \/>\nValerie Dreville est une actrice en mouvement. Elle s\u2019est form\u00e9e chez Vitez (Le soulier de Satin), et a jou\u00e9 pour de nombreux \u00e9minents metteurs en sc\u00e8ne : R\u00e9gy (Comme un chant de David), Lupa (Perturbation), Castellucci (Schwanengesang D744), Ostermeier (La Mouette). Elle  est de ces actrices qui traversent les r\u00f4les, transcendent les interpr\u00e9tations et, par ces aspects, peut-\u00eatre, se rapproche-elle aujourd\u2019hui le plus de ces Actrices avec un grand A, des interpr\u00e8tes de M\u00e9d\u00e9e et de l\u2019\u00e2ge d\u2019or de la d\u00e9clamation, Maria Casar\u00e8s et Madeleine Renaud, Angela Vinkler. \u00c0 ses dires c\u2019est aussi le r\u00f4le qu\u2019elle joue : une actrice\/M\u00e9d\u00e9e comme une seule et m\u00eame figure qui ex\u00e9cute le rite, le meurtre, pour pouvoir s\u2018\u00e9chapper et sortir. Dreville en mouvement et en recherche, d\u2019une technique, celle de Vassiliev, d\u2019une figure, celle de M\u00e9d\u00e9e.<br \/>\nM\u00e9d\u00e9e-Mat\u00e9riau, de Heiner M\u00fcler, mis en sc\u00e8ne par Anatoli Vassiliev avec Valerie Dreville. Reste donc cette notion de mat\u00e9riau, M\u00e9d\u00e9e pris comme mati\u00e8re premi\u00e8re : cisaill\u00e9e par Muller,    b\u00e9tonn\u00e9e par Vassiliev, travaill\u00e9e sur l\u2019enclume par Dreville. C\u2019est ce mat\u00e9riau qui vit sur sc\u00e8ne. <\/p>\n<h2>Le sens du d\u00e9tail<\/h2>\n<p>Il y a ce large tabouret carr\u00e9, mont\u00e9 sur une estrade en bois au centre de la sc\u00e8ne, \u00e0 sa gauche une bassine \u00e9maill\u00e9e blanche bord bleu, \u00e0 sa droite un autre tabouret aux longs pieds de bois fonc\u00e9, sur lequel sont dispos\u00e9s quelques boites, m\u00e9decines et contenants. Plus en avant-sc\u00e8ne et reli\u00e9es \u00e0 la chaise par des cordages de polypropyl\u00e8ne tress\u00e9s blanc et rouge, deux poup\u00e9es de graines assises sur un troisi\u00e8me tabouret plus petit celui-ci.<br \/>\nIl y a cet \u00e9cran immense bord\u00e9 de rampes en aluminium qui le tendent. Sur cet \u00e9cran, la M\u00e9diterran\u00e9e : tant\u00f4t des vagues, tant\u00f4t un couch\u00e9 de soleil, tant\u00f4t des mouettes et un ciel bleu.<br \/>\nIl y a elle, Valerie Dr\u00e9ville, assise sur le tabouret sur-\u00e9lev\u00e9, le dos droit, les jambes \u00e9cart\u00e9es, habill\u00e9e d\u2019une robe qui assemble larges carreaux jaunes, bleus et verts d\u2019un style relativement d\u00e9pass\u00e9, ses cheveux sont tir\u00e9s en arri\u00e8re et tenus par une pince, ses pieds chauss\u00e9s de hauts talons. Il y a un public, peu nombreux, et assis \u00e0 quelques m\u00e8tres seulement.<br \/>\nIl y a ses gestes minutieusement ex\u00e9cut\u00e9s, d\u2019une cigarette sortie d\u2019un petit ballotin vert et fum\u00e9e entre deux doigts, d\u2019une feuille froiss\u00e9e en boule, d\u00e9froiss\u00e9e, froiss\u00e9e \u00e0 nouveau, d\u2019une cr\u00e8me appliqu\u00e9e d\u2019une main sur le front, la joue droite, la gauche, d\u2019une robe d\u00e9faite bouton apr\u00e8s bouton, d\u2019une main toujours, mais l\u2019autre cette fois. Il y a ces objets qui claquent contre le sol quand ils sont jet\u00e9s du haut de l\u2019estrade apr\u00e8s leur utilisation, un miroir, puis un second, une tige de m\u00e9tal. Il y a ces objets qui brulent.<br \/>\nMais, surtout, il y a cette voix, la voix de Dreville, mais transform\u00e9e par les exercices qui lui ont \u00e9t\u00e9 impos\u00e9s. Il y a ces sons, les \u00ab\u00a0r\u00a0\u00bb qui durent et r\u00e2pent, les \u00ab\u00a0s\u00a0\u00bb qui sifflent, les \u00ab\u00a0\u00e8\u00a0\u00bb grands ouverts, les \u00ab\u00a0o\u00a0\u00bb vomis, les \u00ab\u00a0u\u00a0\u00bb\u00a0hurl\u00e9s. Il y a ces syllabes qui ne cherchent plus \u00e0 communier en des mots, en un sens et qui ne sont plus vecteurs que de sons, que d\u2019intonations. Il y a cette voix chant\u00e9e, cri\u00e9e, parl\u00e9e et sa puissance, totale, qui ne semble jamais en danger malgr\u00e9 l\u2019exercice performatif qui lui est demand\u00e9. Il y a l\u2019absence parfois longue de cette voix et son surgissement inexorable. Il y a cette voix, accompagn\u00e9e par le corps de l\u2019actrice, par ses mouvements saccad\u00e9s, qui finit par prendre un corps immat\u00e9riel, diffus, mais extr\u00eamement pr\u00e9sent, qui parle distinctement \u00e0 l\u2019oreille de chaque spectateur.<br \/>\nIl y a un nouveau langage, r\u00e9invent\u00e9. <\/p>\n<h2>Le rite de Vassiliev<\/h2>\n<p>Par bien des aspects, ce spectacle se pr\u00e9sente donc comme la synth\u00e8se du \u00ab\u00a0Th\u00e9\u00e2tre\u00a0\u00bb ou des th\u00e9\u00e2tres. D\u2019un th\u00e9\u00e2tre qui r\u00e9unirait, comme dans un amphith\u00e9\u00e2tre grec, un public autour d\u2019un mythe. D\u2019un th\u00e9\u00e2tre qui voudrait rompre avec l\u2019illusion th\u00e9\u00e2trale, pour pousser le spectateur \u00e0 interroger sa modernit\u00e9 comme le faisaient les allemands. D\u2019un th\u00e9\u00e2tre populaire d\u2019actrices et de voix comme dans l\u2019immense TNP de Jean Vilar. Pourtant ces th\u00e9\u00e2tres se rejoignent dans une volont\u00e9 que ne peut soutenir le M\u00e9d\u00e9e-Mat\u00e9riau de Vassiliev : une envie de populaire, de brasser du monde, de faire communier les foules. Le metteur en sc\u00e8ne regrette d\u2019ailleurs les seules vingt repr\u00e9sentations du spectacle pour sa reprise, \u00ab c\u2019est d\u00e9cid\u00e9ment beaucoup trop peu\u00a0\u00bb<sup id=\"fnref1:3\"><a href=\"#fn:3\" class=\"footnote-ref\">3<\/a><\/sup>. Et clairement M\u00e9d\u00e9e-Mat\u00e9riau est bien loin du main stream, du tout est pop de la soci\u00e9t\u00e9 contemporaine. Dans son mode de diffusion, dans ses choix esth\u00e9tiques aussi : la robe est dat\u00e9e, la mer n\u2019est pas captur\u00e9e par un drone, mais au poignet et de beaucoup trop pr\u00e8s et la bassine et les poup\u00e9es \u00e9voquent plut\u00f4t la petite enfance d\u2019une grand-m\u00e8re. Tr\u00e8s volontairement, le spectacle n\u2019est pas moderne, ne r\u00e9pond pas aux codes de la modernit\u00e9 et refuse de se positionner temporellement. Pourtant, choisir Muller, c\u2019est choisir une modernisation du mythe. Quand on lui fait remarquer la part de politique et l\u2019importance de l\u2019actualit\u00e9 dans le travail de Muller, Vassiliev r\u00e9pond : \u00ab\u00a0Absolument [\u2026] Mais je ne voulais pas m\u2019appuyer sur cette interpr\u00e9tation moderne, qui viendrait de la vie actuelle, parce que tout de suite on plonge dans un drame psychologique contemporain\u00a0\u00bb. Et pourtant Muller est l\u00e0 et brouille encore plus, pour le spectateur, l\u2019espace temporel dans lequel il doit se placer. Peut-\u00eatre parce que la volont\u00e9 de communion de M\u00e9d\u00e9e-Mat\u00e9riau se trouve ailleurs que dans les grandes salles qui accueillent un public venu entendre parler de lui. Plut\u00f4t un lieu o\u00f9 se r\u00e9uniraient un petit nombre d\u2019acteurs, pour que quelque chose advienne, pour participer \u00e0 un rite.<br \/>\n\u00ab\u00a0Le rituel suppose la pr\u00e9cision absolue de la pr\u00e9sence physique\u00a0\u00bb<sup id=\"fnref1:4\"><a href=\"#fn:4\" class=\"footnote-ref\">4<\/a><\/sup> dit Vassiliev \u00e0 Dreville dans Face \u00e0 M\u00e9d\u00e9e, un journal de r\u00e9p\u00e9tition sign\u00e9 par l\u2019actrice et publi\u00e9 en 2018. Tout est pr\u00e9cision : des mouvements ex\u00e9cut\u00e9s avec minutie au travail sur chaque syllabe, l\u2019intonation, la musique, appos\u00e9e sur chacun des 1500 mots de Muller, les temps, les rythmes, mais aussi la pr\u00e9ciosit\u00e9 du nombre de repr\u00e9sentations, le petit nombre de spectateurs. La performance de Dreville est impressionnante par sa force, la puissance de sa voix, la folie tranquille de ses gestes, la fureur qui traverse son regard \u00e9carquill\u00e9, ses pupilles rondes. La pr\u00e9sence dont parle Vassiliev n\u2019est ni la pr\u00e9sence de Valerie Dreville, qui perd toute la douceur et la tendresse qui est la sienne, non plus la pr\u00e9sence de M\u00e9d\u00e9e, comme emp\u00each\u00e9e d\u2019\u00eatre compl\u00e8tement physiquement l\u00e0 \u2013 les gestes ne sont pas ceux d\u2019une poss\u00e9d\u00e9e, mais ceux d\u2019une pr\u00eatresse qui convoque \u2014 la pr\u00e9sence est celle de ce corps de femme, de ces mouvements qui irradient par leur volont\u00e9 implacable.<br \/>\nLe rite est le contraire du th\u00e9\u00e2tre passif de regardeur, le rite n\u2019admet que des acteurs, c\u2019est-\u00e0-dire des gens actifs et participatifs. Dans ce spectacle, le public est travers\u00e9 par la langue de M\u00e9d\u00e9e, s\u2019il ne fait pas l\u2019effort d\u2019apprendre cette langue, s\u2019il refuse de s\u2019ouvrir, de la laisser vibrer et r\u00e9sonner en lui, s\u2019il ne prend pas part au rite, alors le spectateur reste une heure \u00e0 regarder une femme crier des onomatop\u00e9es incompr\u00e9hensibles. Au contraire, s\u2019il accepte de participer, s\u2019il ne vient pas pour voir, pour se faire raconter une histoire, s\u2019il accepte de ne plus se demander d\u2019o\u00f9 vient M\u00e9d\u00e9e, son \u00e9poque, sa situation, s\u2019il accepte m\u00eame que peut-\u00eatre M\u00e9d\u00e9e n\u2019est pas plus en Valerie Dreville qu\u2019en chacun, qu\u2019elle n\u2019est peut-\u00eatre qu\u2019une figure convoqu\u00e9e pour l\u2019occasion et pr\u00e9sente au centre de la salle, dans cette voix, s\u2019il accepte, d\u2019\u00eatre l\u00e0, pr\u00e9sent et disponible, alors peut-\u00eatre le rituel pourra advenir. <\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le th\u00e9\u00e2tre facile est objectivement bourgeois, le th\u00e9\u00e2tre difficile est r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 une \u00e9lite. Seul le th\u00e9\u00e2tre tr\u00e8s difficile est d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb, \u00e9crit Pasolini dans sa recherche d\u2019un rite culturel. M\u00e9d\u00e9e-Mat\u00e9riau est un spectacle tr\u00e8s difficile parce qu\u2019il refuse de donner quoi que ce soit \u00e0 ses spectateurs. Il n\u2019y a rien \u00e0 savoir, aucune connaissance n\u2019est n\u00e9cessaire pour aborder le spectacle, au contraire, il faut \u00eatre libre et apprendre en direct une nouvelle langue. Pasolini, tout comme Vassiliev, semble croire \u00e0 un rite qui passerait par un th\u00e9\u00e2tre de la parole. \u00c0 lire les mots du po\u00e8te, il semble faire la meilleure critique possible de ce spectacle : \u00ab\u00a0Celui qui a l\u2019habitude de se scandaliser des innovations formelles et des probl\u00e8mes nouveaux a eu tort d\u2019entrer dans ce lieu\u202f: en effet nous n\u2019entendons pas le scandaliser.<sup id=\"fnref1:5\"><a href=\"#fn:5\" class=\"footnote-ref\">5<\/a><\/sup> Pardonnez les lumi\u00e8res qui s\u2019allument et s\u2019\u00e9teignent et l\u2019utilisation d\u2019instruments m\u00e9caniques\u202f: il s\u2019agit du minimum indispensable \u00e0 la forme ext\u00e9rieure du rite<sup id=\"fnref2:5\"><a href=\"#fn:5\" class=\"footnote-ref\">5<\/a><\/sup>.\u00a0Les scandales ont lieu hors d\u2019ici\u202f: ici, nous accomplissons un rite th\u00e9\u00e2tral<sup id=\"fnref3:5\"><a href=\"#fn:5\" class=\"footnote-ref\">5<\/a><\/sup>. Le th\u00e9\u00e2tre est de toutes fa\u00e7ons, en tout cas, en tout temps et en tout lieu un RITE. S\u00e9miologiquement, le th\u00e9\u00e2tre est un syst\u00e8me de signes, lesquels signes, non symboliques, mais iconiques, vivants sont les m\u00eames que ceux de la r\u00e9alit\u00e9<sup id=\"fnref1:6\"><a href=\"#fn:6\" class=\"footnote-ref\">6<\/a><\/sup>. Pauvret\u00e9\u202f!<sup id=\"fnref4:5\"><a href=\"#fn:5\" class=\"footnote-ref\">5<\/a><\/sup> L\u2019espace th\u00e9\u00e2tral est dans nos t\u00eates. Vous pouvez souvent fermer les yeux\u202f: la voix et les oreilles font en effet partie du corps.<sup id=\"fnref5:5\"><a href=\"#fn:5\" class=\"footnote-ref\">5<\/a><\/sup> L\u2019absence d\u2019action sc\u00e9nique implique naturellement la disparition presque totale de mise en sc\u00e8ne \u2013 lumi\u00e8re, sc\u00e9nographie, costumes, etc. \u2013, tout sera r\u00e9duit \u00e0 l\u2019indispensable<sup id=\"fnref2:6\"><a href=\"#fn:6\" class=\"footnote-ref\">6<\/a><\/sup>.<em> Il ne faut pas <\/em>craindre la sacralit\u00e9 et les sentiments, dont le la\u00efcisme de la soci\u00e9t\u00e9 de consommation a priv\u00e9 les hommes en les transformant en automates laids et stupides, adorateurs de f\u00e9tiches.<sup id=\"fnref1:7\"><a href=\"#fn:7\" class=\"footnote-ref\">7<\/a><\/sup> Le th\u00e9\u00e2tre est une forme de lutte contre la culture de masse. Le th\u00e9\u00e2tre n\u2019est pas un m\u00e9dium de masse.<sup id=\"fnref6:5\"><a href=\"#fn:5\" class=\"footnote-ref\">5<\/a><\/sup> M\u00eame s\u2019il le voulait il ne pourrait pas l\u2019\u00eatre.<sup id=\"fnref7:5\"><a href=\"#fn:5\" class=\"footnote-ref\">5<\/a><\/sup> Nous ne sommes pas nombreux parce que nous sommes tous des hommes en chair et en os.<sup id=\"fnref8:5\"><a href=\"#fn:5\" class=\"footnote-ref\">5<\/a><\/sup> D\u00e8s que la culture est rite, elle cesse d\u2019ob\u00e9ir aux seules normes de la raison et redevient aussi passion et myst\u00e8re.<sup id=\"fnref9:5\"><a href=\"#fn:5\" class=\"footnote-ref\">5<\/a><\/sup>\u00a0\u00bb<br \/>\nEt conclure par ces mots : \u00ab\u00a0co\u00fbte que co\u00fbte\u202f: rigueur.\u00a0\u00bb<sup id=\"fnref10:5\"><a href=\"#fn:5\" class=\"footnote-ref\">5<\/a><\/sup><\/p>\n<div class=\"footnotes\">\n<hr \/>\n<ol>\n<li id=\"fn:1\">\n<p>Euripide, M\u00e9d\u00e9e, trad. F. BIBEL  &#160;<a href=\"#fnref1:1\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">&#8617;<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:2\">\n<p>St\u00e9phanie Lupo \u00ab\u00a0Anatoli Vassiliev, la recherche d&#8217;un th\u00e9\u00e2tre spirituel\u00a0\u00bb in La Revue russe, n\u00b0100, Gennevillier, 29, p.115-124 &#160;<a href=\"#fnref1:2\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">&#8617;<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:3\">\n<p>Val\u00e9rie Dr\u00e9ville, Face \u00e0 M\u00e9d\u00e9e, Journal de r\u00e9p\u00e9tition, Coll. \u00ab\u00a0Le temps du th\u00e9\u00e2tre\u00a0\u00bb, Paris, Actes Sud, 2000, pp.11. &#160;<a href=\"#fnref1:3\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">&#8617;<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:4\">\n<p>Val\u00e9rie Dr\u00e9ville, Face \u00e0 M\u00e9d\u00e9e, Journal de r\u00e9p\u00e9tition, Coll. \u00ab\u00a0Le temps du th\u00e9\u00e2tre\u00a0\u00bb, Paris, Actes Sud, 2000, pp.76-77. &#160;<a href=\"#fnref1:4\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">&#8617;<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:5\">\n<p>Adresses directes au public de Pier Paolo Pasolini pendant les r\u00e9p\u00e9titions d\u2019Orgie au Th\u00e9\u00e2tre municipal de Turin en 1968. &#160;<a href=\"#fnref1:5\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">&#8617;<\/a> <a href=\"#fnref2:5\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">&#8617;<\/a> <a href=\"#fnref3:5\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">&#8617;<\/a> <a href=\"#fnref4:5\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">&#8617;<\/a> <a href=\"#fnref5:5\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">&#8617;<\/a> <a href=\"#fnref6:5\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">&#8617;<\/a> <a href=\"#fnref7:5\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">&#8617;<\/a> <a href=\"#fnref8:5\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">&#8617;<\/a> <a href=\"#fnref9:5\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">&#8617;<\/a> <a href=\"#fnref10:5\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">&#8617;<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:6\">\n<p>Manifeste pour un nouveau th\u00e9\u00e2tre &#160;<a href=\"#fnref1:6\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">&#8617;<\/a> <a href=\"#fnref2:6\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">&#8617;<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:7\">\n<p>Lettres luth\u00e9riennes : Petit trait\u00e9 p\u00e9dagogique de Pier Paolo Pasolini &#160;<a href=\"#fnref1:7\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">&#8617;<\/a><\/p>\n<\/li>\n<\/ol>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>M\u00e9d\u00e9e-Mat\u00e9riau, de Heiner M\u00fcler, mis en sc\u00e8ne par Anatoli Vassiliev avec Valerie Dreville. Repris en 2017, 15 ans apr\u00e8s une premi\u00e8re cr\u00e9ation en Avignon. Un \u00e9v\u00e9nement th\u00e9\u00e2tral rare et pr\u00e9cieux, le spectacle n\u2019est rejou\u00e9 qu\u2019une vingtaine de fois entre Strasbourg et Paris. M\u00e9d\u00e9e, Muller, Vassilev, Dr\u00e9ville : Mat\u00e9riaux M\u00e9d\u00e9e avant tout une trag\u00e9die, antique, \u00e9crite [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":163,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/162"}],"collection":[{"href":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=162"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/162\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":364,"href":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/162\/revisions\/364"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/163"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=162"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=162"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=162"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}