{"id":168,"date":"2019-05-06T03:47:00","date_gmt":"2019-05-06T01:47:00","guid":{"rendered":"http:\/\/mateo.mavromatis.org\/?p=168"},"modified":"2021-11-19T03:54:31","modified_gmt":"2021-11-19T02:54:31","slug":"le-paradigme-du-mouvement-triangulaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/2019\/05\/06\/le-paradigme-du-mouvement-triangulaire\/","title":{"rendered":"Le paradigme du mouvement triangulaire"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"799\" src=\"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/Chardin_la_razza_1725-26_ca._04-1024x799-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-170\" srcset=\"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/Chardin_la_razza_1725-26_ca._04-1024x799-1.jpg 1024w, https:\/\/mateo.mavromatis.org\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/Chardin_la_razza_1725-26_ca._04-1024x799-1-300x234.jpg 300w, https:\/\/mateo.mavromatis.org\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/Chardin_la_razza_1725-26_ca._04-1024x799-1-768x599.jpg 768w, https:\/\/mateo.mavromatis.org\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/Chardin_la_razza_1725-26_ca._04-1024x799-1-508x396.jpg 508w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<h2>Introduction<\/h2>\n<p>Mon initiation \u00e0 la peinture s\u2019est faite progressivement et au rythme de voyages. En 2014, apr\u00e8s mon baccalaur\u00e9at, je visite Istanbul avec ma tante plasticienne qui m\u2019initie \u00e0 l\u2019art contemporain. C\u2019est un coup de foudre d\u00e9cisif pour le jeune homme \u00e0 la formation scientifique que je suis. J\u2019aime dans l\u2019art contemporain l\u2019inventivit\u00e9 des installations, le saisissement face \u00e0 l\u2019immensit\u00e9 qui m\u2019aspire au tournant d\u2019un des labyrinthes infinis que sont les mus\u00e9es. Walter Benjamin parle de ce moment de la rencontre, il intime de conserver \u00ab la contemplation du beau en tant que myst\u00e8re.\u00bb<sup id=\"fnref1:1\"><a href=\"#fn:1\" class=\"footnote-ref\">1<\/a><\/sup> . On peut reprocher \u00e0 ces plasticiens de ne plus avoir la technicit\u00e9 des maitres de la peinture, de faire un art sensationnaliste. C\u2019est pourtant face \u00e0 ces toiles, \u00e0 ces sculptures, que j\u2019ai v\u00e9cu mes exp\u00e9riences de spectateur les plus physiques. Je me suis senti d\u00e9poss\u00e9d\u00e9 face \u00e0 Autumn Rythm (Number 30) de Jackson Pollock et appartenir \u00e0 un tout dans La Isla d\u2019Eduardo Basualdo. \u00c0 ce moment, pour moi, la peinture classique est trop inerte et ne m\u2019arr\u00eate pas. Il faut attendre 2017 et un voyage \u00e0 New York pour que je m\u2019\u00e9veille \u00e0 un d\u00e9sir de peinture. J\u2019\u00e9cris alors une lettre faisant part de mes d\u00e9sirs \u00e0 une ancienne professeur qui me r\u00e9pond en ces mots : \u00ab Il y a les secrets de certains tableaux (je te recommande le film de Peter Greenaway sur Rembrandt), il y a des sensations \u00e9prouv\u00e9es devant la taille d&#8217;une toile (y compris des petites, je pense \u00e0 la modestie des toiles de Chardin) ou la couleur (j&#8217;ai eu une \u00e9motion jusqu&#8217;aux larmes quand j&#8217;ai vu les Nympheas de Monet et ses derniers tableaux o\u00f9 les formes se confondent annon\u00e7ant une modernit\u00e9 \u00e0 la Pollock, alors que Monet devient simplement aveugle.). Il y a les r\u00e9cits historiques poignants de Goya&#8230;enfin c&#8217;est comme la litt\u00e9rature, une source d&#8217;\u00e9merveillement infinie. \u00bb. C\u2019est la premi\u00e8re fois que j\u2019entends parler de Chardin, je tape son nom sur google. \u00c7a n\u2019est pas tout de suite Chardin et ses toiles qui ont retenu mon attention, mais tous ses admirateurs : Boudin,  Soutien et Matisse, Diderot, Proust, les fr\u00e8res Goncourt, Van Gogh, Malraux\u2026 Je trouve alors un sujet d\u2019obsession, l\u2019intuition qu\u2019il y a chez Chardin un myst\u00e8re que chacun s\u2019attelle \u00e0 d\u00e9crire sans vraiment le comprendre. Je d\u00e9cide d\u2019inscrire mon nom dans cette flatteuse liste et me lance dans une exploration de l\u2019univers Chardin dont le centre cosmique est cette raie : fascinante, in\u00e9dite et tellement \u00e9vocatrice d\u2019images. L\u2019opportunit\u00e9 de concevoir une mn\u00e9mosyne de La Raie<sup id=\"fnref1:2\"><a href=\"#fn:2\" class=\"footnote-ref\">2<\/a><\/sup>, c\u2019est pour moi l\u2019opportunit\u00e9 de cartographier 2 ans de recherches et de r\u00e9flexion. <\/p>\n<p>La Raie est une toile de 146 cm par 114 cm. Accroch\u00e9e au mur par une lourde chaine m\u00e9tallique, une raie blanche regarde le ciel, ses entrailles sont fendues, on voit sa chaire rouge. Sur une table sont pos\u00e9s toutes sortes d\u2019aliments et d\u2019ustensiles. Bouteille bouchonn\u00e9e, huitre, chat bien vivant, po\u00eale, poireau et couteau semblent s\u2019entrem\u00ealer sans sens mais il appara\u00eet rapidement qu\u2019iil n\u2019en est rien. Tout tend vers la raie : le corps du chat, qui pourtant regarde dans la direction oppo\u00acs\u00e9e, les brochets qui semblent en \u00eatre une excroissance \u00e9caill\u00e9e, la casserole qui est d\u2019une taille si modeste que jamais la majest\u00e9 triangulaire ne pourrait y entrer sans \u00eatre au pr\u00e9alablement d\u00e9bit\u00e9e en carr\u00e9s.  Le tableau est divis\u00e9 verticalement en deux parties : le vivant \u00e0 gauche (chat, hu\u00eetres) et l&#8217;inanim\u00e9 \u00e0 droite (pichet, marmite et autres ustensiles), la raie fait la transition entre ces deux parties. Le chat h\u00e9riss\u00e9, les reflets sur les ustensiles, la raie sanguinolante sont autant de \u00ab flashs \u00bb qui attirent l&#8217;\u0153il et donnent du rythme au tableau.<\/p>\n<p>Il y a une contradiction fascinante entre la modestie des tableaux de Chardin, des mod\u00e8les qu\u2019il peint et l\u2019empreinte absolument d\u00e9cisive qu\u2019il a eu sur la peinture. Il \u00e9tait admir\u00e9 de son vivant et depuis sa mort. Chardin arrive dans une p\u00e9riode tr\u00e8s particuli\u00e8re, un tournant dans l\u2019histoire des esth\u00e9tiques. La renaissance \u00e0 red\u00e9couvert et s\u2019est appropri\u00e9e Aristote et, avec lui, tous les concepts th\u00e9oris\u00e9s entre autres dans la Poetique. On pense l\u2019\u00e9motion du spectateur jusqu\u2019\u00e0 l\u2019extr\u00eame catharsis. Proche de la rectitude de Platon, on th\u00e9orise une math\u00e9matique des arts (le nombre d&#8217;or, les volumes pythagoriciens, les diagonales, les lignes de fuites). Ces outils scientifiques de cr\u00e9ation de l\u2019art permettent de poser des bases, des certitudes. Dans le tableau de Chardin, on peut voir certaines de ces lignes de construction : la pr\u00e9dominance du triangle (le chat, la raie, la cruche) mais aussi un quadrillage qui d\u00e9coupe pr\u00e9cis\u00e9ment le tableau (si on coupe en largeur 4 cases A-D et en longueur 3 cases 1-3, chaque \u00e9l\u00e9ment \u2013 mis \u00e0 part la raie trop grande \u2013 rentre dans une case : le chat en A2, le poireau en A3, le poisson en B3, la bouteille en C2&#8230; Cette g\u00e9om\u00e9trie cr\u00e9e certainement une harmonie du tableau. Comme chez les grecs, l\u2019artiste a des connaissances, des comp\u00e9tences, et l\u2019oeuvre qu\u2019il cr\u00e9e se doit d\u2019\u00eatre harmonieuse. Chardin est l\u2019artiste consciencieux par excellence, il a cette r\u00e9putation de passer obsessionnellement plusieurs ann\u00e9es sur chacune de ses toiles. Les lignes de son tableau nous permettent de th\u00e9oriser, d\u2019apporter une interpr\u00e9tation, de le d\u00e9construire. Mais \u00ab Est beau ce qui pla\u00eet universellement sans concept \u00bb<sup id=\"fnref1:3\"><a href=\"#fn:3\" class=\"footnote-ref\">3<\/a><\/sup>  oppose Kant \u00e0 la m\u00eame p\u00e9riode. L\u2019universalit\u00e9 de la beaut\u00e9 pose la question d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9e par Platon de l\u2019irrepr\u00e9sentabilit\u00e9 de l\u2019al\u00e9thique. Peut-\u00eatre face \u00e0 un coucher de soleil chacun s\u2019est-il intimement dit un jour que \u00ab c\u2019\u00e9tait beau \u00bb. Mais y a-t-il seulement une beaut\u00e9 universelle dans l\u2019art\u2009? Il est vrai que Chardin a tout de suite \u00e9t\u00e9 reconnu par ses pairs, intronis\u00e9 tr\u00e8s jeune \u00e0 l\u2019acad\u00e9mie royale, La Raie est expos\u00e9e au Louvre depuis sa cr\u00e9ation. Cela ne suffit pas \u00e0 le rendre universel mais suffit certainement \u00e0 s\u2019interroger sur ce qui fascine autant. L\u2019enseignement d\u2019Aby Warburg prend alors tout son sens, il nous incite \u00e0 consid\u00e9rer le tableau non plus comme un ensemble de lignes math\u00e9matiques cr\u00e9atrices de sens, mais comme un ensemble de sympt\u00f4mes \u00e9vocateurs. Ce sont tous ces sympt\u00f4mes que nous allons d\u00e9tailler dans la mn\u00e9mosyne.<\/p>\n<h2>Commentaire de la mn\u00e9mosyne<\/h2>\n<p>La mn\u00e9mosyne s\u2019est construite dans le sens des aiguilles d\u2019une montre, mais petit \u00e0 petit des liens se sont cr\u00e9\u00e9s entre toutes ses composantes. La lecture est donc plus souple, cependant on distingue trois branches principales comme trois id\u00e9es fondatrices : le triangle, la vanit\u00e9 et l\u2019art culinaire. Ce commentaire retrace le chemin progressif qui a amen\u00e9 \u00e0 cette Mn\u00e9mosyne.<br \/>\nComme nous l\u2019avons pr\u00e9cis\u00e9 en introduction, Chardin con\u00e7oit ses peintures \u00e0 une p\u00e9riode de tournant esth\u00e9tique majeur : le passage d\u2019une math\u00e9matique des arts \u00e0 une cr\u00e9ation par  le sensible, le symbole. J\u2019ai imagin\u00e9 ma mn\u00e9mosyne comme le trac\u00e9 de ce changement, je propose donc de partir d\u2019une forme g\u00e9om\u00e9trique : le triangle. C\u2019est une figure scientifiquement fascinante qui a donn\u00e9 naissance \u00e0 sa propre discipline, la trigonom\u00e9trie. Triangle d\u2019or, sinus et cosinus, triangle \u00e9quilat\u00e9ral, isoc\u00e8le, rectangle, de Kepler ou de H\u00e9ron, centre de gravit\u00e9, orthocentre centre du cercle d&#8217;Euler ou de Spieker, m\u00e9diatrice droite de Brocard, d\u2019Euler, de Lemoine, de Newton, de Simson, de Steiner. Ce n\u2019est qu\u2019un infime exemple du myst\u00e8re infini qui entoure le triangle. Un \u00e9quilibre, une force tranquille. Le triangle est \u00e9galement le symbole de la stabilit\u00e9, c&#8217;est le profil spontan\u00e9 que prend un tas de sable ou de gravier. Il est \u00e0 la base des constructions traditionnelles (hutte, tipi, wigwam\u2026) et a \u00e9t\u00e9 largement adopt\u00e9 par les architectes : c&#8217;est le profil des pyramides \u00e9gyptiennes, mais aussi celui des toitures, des fl\u00e8ches de cath\u00e9drale\u2026 Outre cette stabilit\u00e9 verticale, on peut aussi remarquer qu&#8217;un tabouret \u00e0 trois pieds n&#8217;est jamais bancal : le triangle repr\u00e9sente aussi la stabilit\u00e9 horizontale. En fait, trois points sont toujours sur un m\u00eame plan (on peut mettre une plaque parfaitement plane en contact avec les trois pieds). Le triangle symbolise aussi la trinit\u00e9 dans la religion du christianisme, c\u2019est une des repr\u00e9sentations de Dieu. On le repr\u00e9sente g\u00e9n\u00e9ralement avec un oeil au centre, c\u2019est l\u2019\u0152il de la Providence, que l\u2019on retrouve par exemple veillant au-dessus de la D\u00e9claration des droits de l\u2019Homme et du Citoyen<sup id=\"fnref1:4\"><a href=\"#fn:4\" class=\"footnote-ref\">4<\/a><\/sup>. Ce pourrait ainsi \u00eatre la signification de cette raie, une raie bienveillante. \u00ab Heureusement une t\u00eate de serpent c\u2019est triangulaire (comme Dieu son viel ennemi) \u00bb \u00e9crit Herv\u00e9 Bazin dans Vip\u00e8re au point<sup id=\"fnref1:5\"><a href=\"#fn:5\" class=\"footnote-ref\">5<\/a><\/sup>. Il propose d\u2019associer le triangle au serpent, c\u2019est \u00e0 dire au Diable qui viendra chercher et tenter \u00c8ve. Vient alors en t\u00eate une sculpture repr\u00e9sentant cette sc\u00e8ne : \u00c8ve et le Serpent d\u2019Auguste Rodin<sup id=\"fnref1:6\"><a href=\"#fn:6\" class=\"footnote-ref\">6<\/a><\/sup>. \u00c8ve y est vue de dos, debout, le corps appuy\u00e9 contre l\u2019arbre de la connaissance. Sa t\u00eate, aux cheveux flottants, est cach\u00e9e sous son bras gauche relev\u00e9 et son bras droit entoure l\u2019arbre d\u2019o\u00f9 jaillit la t\u00eate du reptile tentateur. Le reste du long corps sinueux du serpent s\u2019enroule sur le sol, tandis que le pied droit d\u2019\u00c8ve s\u2019appuie sur le reptile. La Raie n\u2019est pas vraiment le serpent \u2013 m\u00eame s\u2019il y a quelque chose de la viscosit\u00e9 chez les deux esp\u00e8ces \u2013 mais on retrouve le mouvement du serpent dans les traits du tableau, dans les pans saignant de la raie, dans la queue du chat, dans le drap\u00e9 du tissu. Surtout le serpent et la tentation nous permettent de faire un pont vers un autre triangle, fendu comme l\u2019est la raie : le sexe f\u00e9minin. Choisir l\u2019Origine du monde de Courbet<sup id=\"fnref1:7\"><a href=\"#fn:7\" class=\"footnote-ref\">7<\/a><\/sup>  dans la mn\u00e9mosine, c\u2019est choisir l\u2019exact oppos\u00e9 des symboles voil\u00e9s de Chardin. Le plus pornographique des tableaux classiques pr\u00e9sente le bas ventre offert d\u2019une femme, comme le d\u00e9crivait Baudelaire dans son po\u00e8me Les Promesses d&#8217;un visage : \u00ab Et sous un ventre uni, doux comme du velours, \/ Bistr\u00e9 comme la peau d&#8217;un bonze \/ Une riche toison qui, vraiment, est la soeur \/ De cette \u00e9norme chevelure, \/ Souple et fris\u00e9e, et qui t&#8217;\u00e9gale en \u00e9paisseur, \/ Nuit sans \u00e9toiles, Nuit obscure!\u00bb<sup id=\"fnref1:8\"><a href=\"#fn:8\" class=\"footnote-ref\">8<\/a><\/sup>. Notons que cette Raie \u00e0 une poche d\u2019oeufs et c\u2019est donc bien une femelle qui s\u2019ouvre devant nous. Consid\u00e9rant les codes sexuels de ce tableau, d\u2019autres \u00e9l\u00e9ments jaillissent : les huitres, et un trou form\u00e9 par les draps, un chat effray\u00e9 par l\u2019excroissance \u00e9cailleuse form\u00e9e par un poisson, toute sorte de manches et ustensiles de cuisine qui se dressent.<br \/>\nMais cette Raie n\u2019est pas simplement une vaniteuse qui se pavane grande ouverte et se d\u00e9voile au spectateur, c\u2019est aussi une vanit\u00e9, c\u2019est \u00e0 dire en art, une all\u00e9gorie de la mort, du passage du temps, de la vacuit\u00e9 des passions et activit\u00e9s humaines. \u00c0 mieux concid\u00e9rer son regard vide et son sourire \u00e9tir\u00e9, le visage de la Raie \u00e9voque une t\u00eate de mort, un cr\u00e2ne comme dans les grandes vanit\u00e9s du XVIIe si\u00e8cle. En 2007, Damian Hirst pr\u00e9sente For the Love of God<sup id=\"fnref1:9\"><a href=\"#fn:9\" class=\"footnote-ref\">9<\/a><\/sup>. L&#8217;\u0153uvre est une r\u00e9plique d&#8217;un v\u00e9ritable cr\u00e2ne humain, la dentition n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9e, il s\u2019agit des dents authentiques du cr\u00e2ne. La r\u00e9plique est incrust\u00e9e sur toute sa surface de 8601 diamants. L\u2019\u0153uvre appartient \u00e0 la famille des <em>Memento mori<\/em>, type d\u2019art qui rappelle au spectateur sa propre mortalit\u00e9. All\u00e9gorie de la mort, mais aussi passage du temps. \u00ab Apparaissant sous un drap blanc, le fant\u00f4me d&#8217;un homme rend visite \u00e0 sa femme en deuil dans la maison de banlieue qu&#8217;ils partageaient encore r\u00e9cemment, pour y d\u00e9couvrir que dans ce nouvel \u00e9tat spectral, le temps n&#8217;a plus d&#8217;emprise sur lui. Condamn\u00e9 \u00e0 ne plus \u00eatre que simple spectateur de la vie qui fut la sienne, avec la femme qu&#8217;il aime, et qui toutes deux lui \u00e9chappent in\u00e9luctablement, le fant\u00f4me se laisse entra\u00eener dans un voyage \u00e0 travers le temps et la m\u00e9moire, en proie aux ineffables questionnements de l&#8217;existence et \u00e0 son incommensurabilit\u00e9. \u00bb C\u2019est le synopsis du film A Ghost story<sup id=\"fnref1:10\"><a href=\"#fn:10\" class=\"footnote-ref\">10<\/a><\/sup> qui prend le parti pris de pr\u00e9senter un fant\u00f4me drap\u00e9 d\u2019un voile blanc. On reconnait alors notre Raie drap\u00e9e elle aussi de blanc. Comme le fant\u00f4me du film elle hante le tableau, attend immobile. Reste la vacuit\u00e9 des passions humaines, et comment parler de cette Raie suspendue, les bras comme \u00e9cart\u00e9s, sans \u00e9voquer le crucifi\u00e9 qu\u2019est Jesus. Plus qu\u2019un rappelle de la dimension divine du tableau \u00e9voqu\u00e9 plus haut, d\u2019un \u00eatre offert comme l\u2019\u00e9tait la vaniteuse, cette figure appelle \u00e0 la pri\u00e8re, au pathos. Avec une fois encore une ambigu\u00eft\u00e9 puisqu\u2019on voit \u00e0 la fois J\u00e9sus suspendu et Marie drap\u00e9e de blanc priant les yeux lev\u00e9s vers le ciel. Pour illustrer cette vision dans la mn\u00e9mosine, le profane Immersion (Piss Christ) d\u2019Andres Serrano<sup id=\"fnref1:11\"><a href=\"#fn:11\" class=\"footnote-ref\">11<\/a><\/sup>. C\u2019est un geste choque qui est \u00e0 l\u2019origine de cette photographie : plonger un crucifix dans un verre d\u2019urine. \u00c9videment il y a eu une pol\u00e9mique, un exemplaire de la photo sous cadre a \u00e9t\u00e9 vandalis\u00e9 \u00e0 Avignon en 2011 par un groupe d\u2019extr\u00e9mistes religieux criant au blasph\u00e8me. Les couleurs du Piss Christ sont absolument fabuleuses. Serrano l\u2019a martel\u00e9, il est un artiste chr\u00e9tien! C\u2019est vrai, jamais le mythe du Christ n\u2019a \u00e9t\u00e9 aussi subtilement r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9. L\u2019art du Christ est d\u2019\u00eatre beau m\u00eame couvert de sang, un liquide corporel. Le Piss Christ est une repr\u00e9sentation du Christ dans la plus fid\u00e8le lign\u00e9e de Rubens, Manet et Mantegna.<br \/>\nLe sacrifice c\u2019est aussi celui des animaux , pratiqu\u00e9 de tout temps comme offrande aux Dieux. Ce sacrifice animal nous ram\u00e8ne \u00e0 la troisi\u00e8me branche de notre mn\u00e9mosyne \u00e0 savoir que cette nature morte repr\u00e9sente avant tout une cuisine et qu\u2019une grande partie des \u00e9l\u00e9ments qui la compose sont des animaux qui serviront de repas. Pour illustrer le sacrifice animal, Le Boeuf \u00e9corch\u00e9 de Rembranlt<sup id=\"fnref1:12\"><a href=\"#fn:12\" class=\"footnote-ref\">12<\/a><\/sup>. Il y a beaucoup de similitudes entre ce boeuf suspendu par la patte arri\u00e8re et la Raie qui nous int\u00e9resse : la fascination et la r\u00e9pulsion face au corps ouvert, le sujet, le Memento Mori et la vanit\u00e9. Quelque part c\u2019est aussi le sujet des 32 bo\u00eetes de soupe Campbell peintes par Andy Warhol en 1962<sup id=\"fnref1:13\"><a href=\"#fn:13\" class=\"footnote-ref\">13<\/a><\/sup>. On pourrait attribuer \u00e0 Chardin la fameuse phrase de Warhol \u00ab un groupe de peintres est arriv\u00e9 \u00e0 la conclusion commune que les atours les plus communs et les plus vulgaires de la civilisation moderne peuvent devenir de l\u2019Art, une fois transpos\u00e9s sur une toile. \u00bb<sup id=\"fnref1:14\"><a href=\"#fn:14\" class=\"footnote-ref\">14<\/a><\/sup>. La vulgarit\u00e9 d\u2019un sujet qui sublime une sc\u00e8ne du quotidien. Enfin, et peut-\u00eatre aurions-nous d\u00fb commencer par l\u00e0, il y a la maitrise de Chardin dans l\u2019ex\u00e9cution de ses tableaux, dans la minutie de chaque d\u00e9tail comme ce chat tendu comme sur le point de sauter hors du tableau. Cette sensation, on l\u2019a retrouve dans un autre tableau tr\u00e8s connu : Le Li\u00e8vre de D\u00fcrer<sup id=\"fnref1:15\"><a href=\"#fn:15\" class=\"footnote-ref\">15<\/a><\/sup>. Ce qui fascine, c\u2019est l\u2019ultra r\u00e9alisme de ces deux toiles et la technique des deux peintres. \u00c0 dire vrai, ce n\u2019est pas la Raie qui m\u2019a d\u2019abord attir\u00e9 dans ma rencontre avec Chardin, mais son verre d&#8217;eau et sa cafeti\u00e8re<sup id=\"fnref1:16\"><a href=\"#fn:16\" class=\"footnote-ref\">16<\/a><\/sup> dont l\u2019eau \u00e9tait si incroyablement r\u00e9aliste qu\u2019elle en devenait liquide. Chardin est un obsessionnel, il a travaill\u00e9 toute sa vie avec une rigueur scientifique. La  boucle de notre Mn\u00e9mosyne est boucl\u00e9e. <\/p>\n<h2>Conclusion : Le paradigme du mouvement triangulaire<\/h2>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/Sans-titre-7.png\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p>Le tableau de Chardin est un instant de vie, une photographie, un suspendu. Le chat a le dos tendu au maximum, le couteau menace de tomber de la table, la raie est \u00e9trangement tenue. Comme si l\u2019intensit\u00e9 du tableau \u00e9tait arriv\u00e9e \u00e0 son apog\u00e9e, comme s\u2019il \u00e9tait sur \u00ab pause \u00bb et que, s\u2019il se remettait en marche, cette sublime sc\u00e8ne se transformerait en cauchemar, un entre deux, sur la pointe des pieds, sur une cr\u00eate, \u00e0 tout moment tout peu basculer. Une chute de l\u2019Eden, pass\u00e9 du paradis \u00e0 l\u2019enfer, de Dieu au Diable. C\u2019est aussi la tension musculaire, le pic  de tension art\u00e9rielle de l\u2019orgasme, le corps qui se tend et qui ne pourra laisser place qu\u2019\u00e0 une d\u00e9tente, un rel\u00e2chement. C\u2019est ce moment de passage de la vie \u00e0 la mort, du vivant \u00e0 l\u2019inanim\u00e9, comme c\u2019est le cas dans ce tableau. La Raie s\u2019\u00e9l\u00e8ve comme Jesus sur sa croix, mais il faudra d\u00e9crocher le corps. Et comme le Li\u00e8vre de D\u00fcrer pr\u00eat \u00e0 bondir, on s\u2019attend \u00e0 tout moment \u00e0 ce que quelqu\u2019un brise cet \u00e9quilibre si parfait.<br \/>\n<img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/Sans-titre-7-1.png\" alt=\"\" \/><br \/>\nKant pour revenir \u00e0 lui, place le spectateur au centre, c\u2019est lui qui a la Facult\u00e9 de juger. Chardin nous installe devant cette sc\u00e8ne avec l\u2019incapacit\u00e9 d\u2019agir, de faire quoique soit pour rattraper ce qui parait in\u00e9luctable. Peu importe les concepts, les toiles de Chardin plaisent, peut-\u00eatre alors, selon Kant, sont-elles belles. Quand il \u00e9crit : \u00ab Le beau est l&#8217;objet d&#8217;une satisfaction d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9e \u00bb, il entend qu\u2019un objet est beau uniquement s\u2019il est d\u00e9tach\u00e9 de tout plaisir utile, mat\u00e9riel. Alors pouvons-nous \u00e9prouver un plaisir sup\u00e9rieur, d\u2019un ordre purement \u00e9motionnel. Chardin peint des \u00ab sc\u00e8nes de genre \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire des sc\u00e8nes au caract\u00e8re anecdotique ou quotidien. En cela il va \u00e0 contre-courant des ma\u00eetres de son \u00e9poque \u2013 Boucher, Lancret, Pater \u2013 qui pr\u00e9f\u00e9raient de grands tableaux repr\u00e9sentant guerres, noblesse, religion, mythologie. Les tableaux de Chardin paraissent \u00e0 c\u00f4t\u00e9, ternes en couleurs, sans verni, assez statiques. Il fait de gros plans sur la banalit\u00e9. Il ne dit rien, ne d\u00e9montre rien. Une seconde plus tard, tout sera diff\u00e9rent. Tant que l\u2019art a une vertu sociale, de transmission des grands r\u00e9cits nationaux, alors il reste la certitude d\u2019une utilit\u00e9. Quand Chardin peint l\u2019inint\u00e9ressante quotidiennet\u00e9, alors son objet se permet de n\u2019\u00eatre que beau, de ne valoir que pour \u00e7a. Mais puisque ce beau se doit d\u2019\u00eatre universel et que, nous l\u2019avons vu, cette notion est fragile, nous avons d\u00e9j\u00e0 \u00e0 faire \u00e0 de l\u2019incertain. Il y a quelque chose de cathartique, quelque chose du Duende espagnol.<br \/>\nWarhol, lorsqu\u2019il repr\u00e9sente les soupes Campbell, montre quelque chose de la soci\u00e9t\u00e9, mais l\u2019engagement de Chardin est encore autre, il repr\u00e9sente la vie telle qu\u2019elle est. Ce couteau en bas \u00e0 droite, suspendu dans le vide, c\u2019est la mani\u00e8re qu\u2019ont les peintres de repr\u00e9senter la fragilit\u00e9 de la vie, son \u00e9quilibre. Tout peu basculer \u00e0 tout instant, tout est ainsi r\u00e9sum\u00e9. Toute \u00e9l\u00e9vation sera suivie d\u2019une chute, ce tableau est une pause, un moment de gr\u00e2ce : fascinant.<br \/>\nJe me suis beaucoup attard\u00e9 dans mon introduction sur mon attirance pour l\u2019art contemporain. Je parlais alors de sensationnalisme, de moment suspendu face \u00e0 l\u2019immensit\u00e9. En fait, on retrouve ce m\u00eame moment de gr\u00e2ce chez Chardin, mais avec une humilit\u00e9 et une simplicit\u00e9 qui peut expliquer l\u2019infinie passion qu\u2019ont d\u00e9velopp\u00e9 pour lui tous ceux qui, \u00e0 travers le temps, ont voulu t\u00e9moigner d\u2019une fragilit\u00e9, celle de ce monde, d\u2019un mouvement.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/Mnemosyne.pdf\" title=\"Mn\u00e9mosyne\">&#8212;&gt; Consluter la Mn\u00e9mosyne<\/a><\/p>\n<div class=\"footnotes\">\n<hr \/>\n<ol>\n<li id=\"fn:1\">\n<p>Walter Benjamin, \u0152uvres compl\u00e8tes 1, Trad. de l&#8217;allemand par Maurice de Gandillac, Rainer Rochlitz et Pierre Rusch, Folio Essais, 200, p. 195. &#160;<a href=\"#fnref1:1\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">&#8617;<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:2\">\n<p>Jean Sim\u00e9on Chardin, La Raie, 1728, Huile sur toile, 114 \u00d7 146 cm, Paris, Louvre&#160;<a href=\"#fnref1:2\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">&#8617;<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:3\">\n<p>Emmanuel Kant, Critique de la facult\u00e9 de juger, 181a, trad. multiple, Paris, Gallimard (Pl\u00e9\u00efade, tome 2), 1985, p978 &#160;<a href=\"#fnref1:3\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">&#8617;<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:4\">\n<p>Le Barbier, D\u00e9claration des droits de l&#8217;homme et du citoyen de 1789, vers 1791, huile sur toile, 71 x 56 cm, Paris, mus\u00e9e Carnavalet.  &#160;<a href=\"#fnref1:4\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">&#8617;<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:5\">\n<p>Herv\u00e9 Bazin, Vip\u00e8re au poing, Paris, Bernard Grasset, coll. \u00ab Pourpre \u00bb, 1948, 256 p.&#160;<a href=\"#fnref1:5\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">&#8617;<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:6\">\n<p>August Rodin, Eve et le Serpent, 1901, Marbre,H. 50 cm ; L. 33,4 cm, P. 22,6 cm, Paris, mus\u00e9e Rodin &#160;<a href=\"#fnref1:6\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">&#8617;<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:7\">\n<p>Gustave Courbet, L\u2019origine du monde, 1866, huile sur toile, 46 \u00d7 55 cm, Paris, mus\u00e9e D\u2019Orsay&#160;<a href=\"#fnref1:7\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">&#8617;<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:8\">\n<p>Baudelaire, Les fleures du mal, Les \u00c9paves , Les Promesses d&#8217;un Visage, 1866 (version ajourn\u00e9e)&#160;<a href=\"#fnref1:8\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">&#8617;<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:9\">\n<p>Damian Hirst, For the Love of God, 2007, Sculpture platine et diamant&#160;<a href=\"#fnref1:9\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">&#8617;<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:10\">\n<p>David Lowery, A Ghost Story, 2017, \u00c9tats-Unis&#160;<a href=\"#fnref1:10\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">&#8617;<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:11\">\n<p>Andres Serrano, Immersion (Piss Christ), 1987, Photographie, 152 \u00d7 102 cm&#160;<a href=\"#fnref1:11\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">&#8617;<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:12\">\n<p>Rembrandt, Le B\u0153uf \u00e9corch\u00e9, 1655, Huile sur bois, 94 \u00d7 69 cm, Paris, Louvres&#160;<a href=\"#fnref1:12\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">&#8617;<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:13\">\n<p>Andy Warhol, Campbell&#8217;s Soup Cans, 1962, acrylique et liquide peint en s\u00e9rigraphie sur toile, 510x410cm, New York, Moma &#160;<a href=\"#fnref1:13\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">&#8617;<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:14\">\n<p>David Bourdon, Warhol, Henry N. Abrams, Inc. Publishing, 1989, p. 110&#160;<a href=\"#fnref1:14\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">&#8617;<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:15\">\n<p>Albrecht D\u00fcrer, Le li\u00e8vre, 1502, Aquarelle et gouache sur papier, 25,1 \u00d7 22,6 cm, Vienne, Graphische Sammlung Albertina&#160;<a href=\"#fnref1:15\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">&#8617;<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:16\">\n<p>Jean Sim\u00e9on Chardin, Verre d\u2019eau et cafeti\u00e8re, 1760, Huile sur toile, 320 \u00d7 413 cm, Pittsburgh, Carnegie Museum of art&#160;<a href=\"#fnref1:16\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">&#8617;<\/a><\/p>\n<\/li>\n<\/ol>\n<\/div>\n\t\t<\/div>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction Mon initiation \u00e0 la peinture s\u2019est faite progressivement et au rythme de voyages. En 2014, apr\u00e8s mon baccalaur\u00e9at, je visite Istanbul avec ma tante plasticienne qui m\u2019initie \u00e0 l\u2019art contemporain. C\u2019est un coup de foudre d\u00e9cisif pour le jeune homme \u00e0 la formation scientifique que je suis. 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