{"id":190,"date":"2019-10-25T04:10:00","date_gmt":"2019-10-25T02:10:00","guid":{"rendered":"http:\/\/mateo.mavromatis.org\/?p=190"},"modified":"2021-11-21T17:01:13","modified_gmt":"2021-11-21T16:01:13","slug":"tout-est-dit-critique-de-tirez-par-les-cheveux-critique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/2019\/10\/25\/tout-est-dit-critique-de-tirez-par-les-cheveux-critique\/","title":{"rendered":"Tout est dit ! \u2013 Critique de Tirez par les cheveux #critique"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/191025.jpeg\" alt=\"\" \/><\/p>\n\n<p>Ce vendredi se jouait dans le petit th\u00e9\u00e2tre du petit matin Tirez par les cheveux, un spectacle de la compagnie La Biche Volante mis en sc\u00e8ne par Marie Gaidioz. Mont\u00e9 dans le cadre du festival Le Dire des femmes \u2013 men\u00e9 de front par Nicole Yanni, ce spectacle explose les conventions avec m\u00e9thode et folie.<br>Trois femmes sur un plateau, trois tabourets, deux chaises sur le c\u00f4t\u00e9. Sur l\u2019une des chaises \u00e0 cours, les cheveux mouill\u00e9s, la com\u00e9dienne Justine Haye lit un magazine, elle est entour\u00e9e de ses capes noires que l\u2019on ne trouve que dans les salons de coiffure. Posture, attention, elle est dans son r\u00f4le. Sur l\u2019un des tabourets Marie Gaidioz, affubl\u00e9e d\u2019une perruque blonde platine \u00e0 l\u2019allure on ne peut plus fausse, regarde un miroir invisible, ne r\u00e9siste pas \u00e0 l\u2019envie de se tourner vers les spectateurs, comme d\u00e9j\u00e0 un entre deux. Enfin tout \u00e0 jardin, Nina Josse, sans costume, sans magazine, s\u2019adresse \u00e0 la salle directement : elle est elle. Et d\u00e9j\u00e0, avant m\u00eame le premier mot, l\u2019affirmation que ce spectacle va tout se permettre, tout exploser des conventions, th\u00e9\u00e2trales comme sociales.<br>Face au miroir invisible de ce salon de coiffure s\u2019entrem\u00ealent \u00e0 la premi\u00e8re personne les t\u00e9moignes \u00e9crit par les trois actrices. Et peut \u00eatre voient-elles dans le miroir ce que nous ne pouvons pas voir d\u2019elles : l\u2019image qui leur est renvoy\u00e9 quotidiennement, l\u2019image qu\u2019elles se renvoient \u00e0 elles m\u00eame, celle que peut \u00eatre et sans m\u00eame s\u2019en rendre compte le spectateur s\u2019est d\u00e9j\u00e0 fait d\u2019elles. Tout consisterai alors pour le spectacle \u00e0 faire voir enfin cette image, la faire apparaitre pour pouvoir la briser. Et c\u2019est en miroir qu\u2019il est con\u00e7u, ce spectacle, avec en H\u00e9mistiche une d\u00e9formation Carrollienne au son de Final Countdown. Durant toute une premi\u00e8re partie on entend les t\u00e9moignages de ces trois femmes qui nous sont livr\u00e9s \u00e0 grand renfort de m\u00e9taphores po\u00e9tiques et d\u2019humour, comme peut \u00eatre ce serait le cas dans un lieu social. Puis tout ce renverse, la salle devient le plateau, les tabourets changent de direction, les actrices se l\u00e8vent alors qu\u2019elles \u00e9taient assises : on passe de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du miroir.<br>Autre style de jeu, autre th\u00e9\u00e2tre et l\u2019impossibilit\u00e9 donc pour le spectateur de s\u2019assoir sur ses acquis, de pr\u00e9voir quoi que ce soit, il est maintenu \u00e0 vif. Alors, devant lui, chaque actrice se r\u00e9v\u00e8le et \u00e0 mesure que ces moments de jeu gagnent en pr\u00e9cision et en intensit\u00e9, les femmes apparaissent fortes de leur contradictions, de leur diversit\u00e9, de leur sinc\u00e9rit\u00e9. Alors, lui sont re-dit les m\u00eames histoires, les m\u00eames mots que pr\u00e9c\u00e9demment. Et alors il les comprend, lentement, mais avec une force d\u00e9cupl\u00e9e du faite qu\u2019il savait : tout lui avait \u00e9tait dit mais il n\u2019avait pas compris. Tout \u00e9tait l\u00e0 et il avait rit comme on rit d\u2019une mauvaise blague machiste. Avec cette vision d\u00e9form\u00e9e du r\u00e9el lui apparait enfin la r\u00e9alit\u00e9 des fait. C\u2019est peut \u00eatre \u00e7a en fin de compte le th\u00e9\u00e2tre, un miroir grossissant qui r\u00e9v\u00e8le les non dit de nos soci\u00e9t\u00e9s sans jamais se d\u00e9tacher d\u2019une po\u00e9sie acidul\u00e9e.<br>Tout finit par une course, une fuite peut \u00eatre mais vaines puisque sur place. Mais quoi de plus fou qu\u2019une course sans but, une course qui fait apparaitre les ventres, d\u00e9coiffe les cheveux, froisse les habits, fait tomber la perruque, fait transpirer et couler le maquillage. Toutes trois sont tellement diff\u00e9rentes, \u00e0 aucun moment le spectacle ne permet de g\u00e9n\u00e9raliser \u00ab\u00a0les femmes\u00a0\u00bb, qu\u2019on a voulu nous pr\u00e9senter comme autant de Simone indiff\u00e9renci\u00e9es mais qui brillent \u00e0 ce moment par l\u2019unit\u00e9 de leur lutte infinie. Assumant leur diff\u00e9rence, elles courent dans la m\u00eame direction. \u00c0 d\u00e9faut de pouvoir courir avec elles, le spectateur emporte avec lui la m\u00e9moire de ce geste. Tout est dit, il suffit de bien vouloir entendre.<br>Enfin\u2026 ce soir l\u00e0. Parce qu\u2019encore faut-il laisser la place \u00e0 l\u2019expression. Rien de tout cela n\u2019aurait \u00e9t\u00e9 fait si depuis 15 ans le petit th\u00e9\u00e2tre du petit matin n\u2019ouvrait ses porte aux dires des femmes, au jeunes compagnies, \u00e0 la folie radicale d\u2019une r\u00e9volution th\u00e9\u00e2trale et humaine.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce vendredi se jouait dans le petit th\u00e9\u00e2tre du petit matin Tirez par les cheveux, un spectacle de la compagnie La Biche Volante mis en sc\u00e8ne par Marie Gaidioz. 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