{"id":223,"date":"2021-04-09T04:46:00","date_gmt":"2021-04-09T02:46:00","guid":{"rendered":"http:\/\/mateo.mavromatis.org\/?p=223"},"modified":"2022-10-30T08:05:04","modified_gmt":"2022-10-30T07:05:04","slug":"2-1-portrait-dun-acteur-de-la-voix","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/2021\/04\/09\/2-1-portrait-dun-acteur-de-la-voix\/","title":{"rendered":"2.1. Portrait d\u2019un acteur de la voix."},"content":{"rendered":"\n<p><em>Cet article est un extrait de mon m\u00e9moire de Master : &quot;L\u2019acteur de la Voix, de la vibration au mouvement&quot;.<\/em> <\/p>\n<p>Document PDF : <a href=\"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/MEMOIRE_MAVROMATIS_Lacteur-de-la-Voix-de-la-vibration-au-mouvement..pdf\" title=\"MEMOIRE_MAVROMATIS_L\u2019acteur de la Voix, de la vibration au mouvement.\">MEMOIRE_MAVROMATIS<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p>Apr\u00e8s avoir dessin\u00e9 cette cartographie de voix, nous nous proposons d\u2019en choisir quatre. Quatre voix qui formeront un corpus et qui seraient comme des guides dans notre \u00e9tude. Volontairement ces voix ont \u00e9t\u00e9  \u00e9cart\u00e9es pr\u00e9c\u00e9demment puisqu\u2019il nous reviendra dans un troisi\u00e8me temps de trouver les mots et les notions qui sauront faire concept de ces exemples. Ces quatre voix s\u2019embo\u00eetent et se compl\u00e8tent. Elles n\u2019ont pas vocation \u00e0 couvrir, comme pr\u00e9c\u00e9demment, un vaste paysage de technique, de texture ou de formation diff\u00e9rente. Au contraire, mises en r\u00e9sonance les unes avec les autres elles indique une certaine direction, une certaine radicalit\u00e9. Il nous faut assumer une attirance pour le moment inexplicable, mais sensiblement tr\u00e8s forte pour ces voix qui ont respir\u00e9 le m\u00eame air, qui se d\u00e9tachent des autres, qui \u2013 d\u2019une certaine mani\u00e8re \u2013 nous inqui\u00e8tent. Nommons-les : <\/p>\n<ul><li>La voix de Yann Boudaud dans <em>R\u00eave et Folie<\/em> mise en sc\u00e8ne par Claude R\u00e9gy d\u2019apr\u00e8s le po\u00e8me de Georg Trakl traduit par Jean-Marc Petit et Jean-Claude Schneider. Cette pi\u00e8ce, la derni\u00e8re de son metteur en sc\u00e8ne, a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e en septembre 2016 au Th\u00e9\u00e2tre Nanterre-Amandiers pour le Festival d'Automne \u00e0 Paris et a tourn\u00e9 dans une dizaine de villes de France, \u00e0 Berlin et au Japon avant de revenir pour son ultime derni\u00e8re au Festival d\u2019Automne de 2018. Notons le travail \u00e0 la sc\u00e9nographie de Sallahdyn Khatir, au son de Philippe Cachia et \u00e0 la lumi\u00e8re de Pierre Gaillardot et Alexandre Barry<sup id=\"fnref1:71\"><a href=\"#fn:71\" class=\"footnote-ref\">1<\/a><\/sup>.<\/li>\n<li>La voix de Val\u00e9rie Dr\u00e9ville dans <em>M\u00e9d\u00e9e-Mat\u00e9riau<\/em> mise en sc\u00e8ne par Anatoli Vassiliev d\u2019apr\u00e8s le texte dramatique d\u2019Heiner Muller traduit par Jean Jourdheuil et Heinz Schwarzinger. La reprise de ce spectacle en 2017 est en faite une recr\u00e9ation<sup id=\"fnref1:72\"><a href=\"#fn:72\" class=\"footnote-ref\">2<\/a><\/sup> : un entrainement a \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9 par Val\u00e9rie Dr\u00e9ville avec Maria Zaykova pour le travail vocal, et Ilya Kozin pour le travail corporel. Le spectacle est jou\u00e9 onze fois au TNS et cinq fois au Th\u00e9\u00e2tre des Bouffes du Nord \u00e0 Paris<sup id=\"fnref1:73\"><a href=\"#fn:73\" class=\"footnote-ref\">3<\/a><\/sup>. Notons le travail \u00e0 la Sc\u00e9nographie de Vladimir Kovalchuk, au costume de Vadim Andre\u00efev, \u00e0 la lumi\u00e8re de Ivan Danitchev, au son de Andre\u00ef Zatchessov, \u00e0 la vid\u00e9o de Alexandre Chapochnikov, \u00e0 la cr\u00e9ation des maquillages de Marina Lo\u00efeska\u00efa, \u00e0 l\u2019assistanat \u00e0 la mise en sc\u00e8ne de Sergue\u00ef Vladimirov et aux accessoires de Tatiana Michlanova<sup id=\"fnref1:74\"><a href=\"#fn:74\" class=\"footnote-ref\">4<\/a><\/sup>. <\/li>\n<li>La voix de Jean-Quentin Ch\u00e2telain dans <em>Une saison en Enfer<\/em> le po\u00e8me d\u2019Arthur Rimbaud, mis en sc\u00e8ne par Ulysse di Gregorio. Le spectacle est cr\u00e9\u00e9 en 2017 au Th\u00e9\u00e2tre du Lucernaire \u00e0 Paris. Il est jou\u00e9 dans une poign\u00e9e de petits th\u00e9\u00e2tres de France avant un arr\u00eat au Festival off d\u2019Avignon en 2018. Depuis le spectacle n\u2019a jou\u00e9 que trois soirs au Th\u00e9\u00e2tre libert\u00e9 de Toulon. On note la sc\u00e9nographie de Benjamin Gabri\u00e9, les costumes de Salvador Mateu Andujar et la lumi\u00e8re de Thierry Cap\u00e9ran<sup id=\"fnref1:75\"><a href=\"#fn:75\" class=\"footnote-ref\">5<\/a><\/sup>.<\/li>\n<li>La voix de Serge Merlin dans sa lecture d\u2019<em>Extinction<\/em> de Thomas Bernhard (traduit par Gilberte Lambrichs et adapt\u00e9 par Jean Torrent) mise en voix par Alain Fran\u00e7on et Blandine Masson. Cette lecture a \u00e9t\u00e9 travaill\u00e9e pour un enregistrement France Culture et s\u2019est ensuite export\u00e9e pour une vingtaine de dates \u00e0 travers la France et \u00e0 Montr\u00e9al en 2011. Pour ce spectacle nous travaillerons donc uniquement avec un enregistrement audio<sup id=\"fnref1:76\"><a href=\"#fn:76\" class=\"footnote-ref\">6<\/a><\/sup>.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Tentons d\u2019\u00e9clairer les liens concrets ou plus abstraits qui unissent ces quatre acteurs et actrices, et, \u00e0 travers eux, l\u2019usage qu\u2019ils font de leur voix.<br>\nAvant tout ce sont des acteurs qui se sont crois\u00e9s, qui ont eu l\u2019occasion de travailler ensemble. Bien s\u00fbr, trois d\u2019entre eux ont eu un long compagnonnage avec Claude R\u00e9gy sur lequel nous reviendrons longuement<sup id=\"fnref1:77\"><a href=\"#fn:77\" class=\"footnote-ref\">7<\/a><\/sup>. Ce n\u2019est pas tout : Yves Chaudou\u00ebt r\u00e9unit Val\u00e9rie Dr\u00e9ville et Yann Boudaud dans une r\u00e9sidence \u00e0 la M\u00e9nagerie de verre pour son projet <em>Il Loggiato<\/em> en 2020 et dans un court m\u00e9trage <em>La Joueuse<\/em> en 2018. Jean-Quentin Ch\u00e2telain et Serge Merlin ont jou\u00e9 ensemble dans <em>Fin de Partie<\/em> mise en sc\u00e8ne par Alain Fran\u00e7on<sup id=\"fnref1:78\"><a href=\"#fn:78\" class=\"footnote-ref\">8<\/a><\/sup>. Val\u00e9rie Dr\u00e9ville choisira Serge Merlin dans sa distribution de la lecture de <em>La Divine Com\u00e9die<\/em> jou\u00e9e en Avignon en 2008. Cette ann\u00e9e-l\u00e0, l\u2019actrice est artiste associ\u00e9e au Festival et elle r\u00e9unit autour d\u2019elle cinq acteurs qu\u2019elle a choisi pour \u00ab\u00a0leur sonorit\u00e9\u00a0\u00bb : Micha\u00ebl Lonsdale, Serge Maggiani, Serge Merlin, Redjep Mitrovitsa et Dominique Valadi\u00e9<sup id=\"fnref1:79\"><a href=\"#fn:79\" class=\"footnote-ref\">9<\/a><\/sup>. Au-del\u00e0 de ces liens de travail, ces quatre acteurs se rejoignent surtout dans une conception du jeu et du m\u00e9tier d\u2019acteur. Yannick Butel associe la parole de Val\u00e9rie Dr\u00e9ville et la voix de Serge Merlin dans un documentaire qui les r\u00e9unit sous le m\u00eame titre artaudien d\u2019<em>Acteur de Cristal<\/em><sup id=\"fnref1:80\"><a href=\"#fn:80\" class=\"footnote-ref\">10<\/a><\/sup>. Les voix des quatre acteurs de notre corpus r\u00e9sonnent des m\u00eames volont\u00e9s et il nous faut expliciter plus en d\u00e9tail quelle profonde filiation les unit pour, en quelque sorte, dresser le portrait robot de ces porteurs de voix qui nous attirent. Dans ce chapitre nous ne parlerons pas seulement de leur voix comme d\u2019un son, mais surtout comme le moteur d\u2019une pratique exigeante et qui les d\u00e9finit comme acteur cr\u00e9ateur.<br>\nComme le lecteur l'aura per\u00e7u, nous convoquerons \u00e0 nouveau Artaud pour poursuivre. Nous parlions de la philosophie de la voix chez Artaud comme lib\u00e9ratrice des possibles pour les g\u00e9n\u00e9rations de com\u00e9dien qui ont suivi. Voyons, pour commencer comment ces \u00e9crits ont trouv\u00e9 des points d\u2019ancrage, des r\u00e9sonances chez ses voix qui nous int\u00e9ressent \u00e0 travers une personnalit\u00e9 souterraine du monde du spectacle. Tania Balachova a travaill\u00e9 avec Artaud et a confront\u00e9 sa pens\u00e9e \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 sc\u00e9nique. Dans un entretien accord\u00e9 \u00e0 Bernard Dort, elle met en perspective les possibilit\u00e9s pratiques des th\u00e9ories d\u2019Artaud et ses limites. Si elle commence par dire qu\u2019elle l\u2019a \u00ab\u00a0vu diriger Genica Athanasiou dont il a tir\u00e9 des accents inoubliables, merveilleux\u00bb<sup id=\"fnref1:81\"><a href=\"#fn:81\" class=\"footnote-ref\">11<\/a><\/sup>, elle jure aussi que \u00ab\u00a0c\u2019est une chim\u00e8re [\u2026] qu\u2019il est aussi impossible d\u2019apprendre les six et sept souffles d\u2019Artaud en lisant ces six pages qu\u2019il serait possible de faire une op\u00e9ration du c\u0153ur en ayant lu un manuel\u00a0\u00bb<sup id=\"fnref1:82\"><a href=\"#fn:82\" class=\"footnote-ref\">12<\/a><\/sup>. C\u2019est donc \u00e0 une v\u00e9ritable praticienne que nous avons a faire, \u00e0 une actrice comme ce m\u00e9moire aime \u00e0 les d\u00e9finir c'est-\u00e0-dire \u00e0 quelqu\u2019un qui, sur le plateau, teste, exp\u00e9rimente, apprend pour remettre en question, pour r\u00e9volutionner une pratique. Tania Balachova aura \u00e9t\u00e9 actrice tout au long de sa vie et professeur de th\u00e9\u00e2tre d\u00e8s 1945. C\u2019est elle qui participera \u00e0 la formation, entre autre, de V\u00e9ronique Deschamps la m\u00e8re de Val\u00e9rie Dr\u00e9ville, Michael Lonsdale et Laurent Terzieff dont nous avons d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9, Antoine Vitez et Claude R\u00e9gy<sup id=\"fnref1:83\"><a href=\"#fn:83\" class=\"footnote-ref\">13<\/a><\/sup>. Nous pourrions nous contenter de donner \u00e0 Tania Balachova ce simple r\u00f4le de professeur de th\u00e9\u00e2tre comme liant entre plusieurs personnalit\u00e9s de notre corpus. Osons aller plus loin et pr\u00e9tendons que Tania Balachova, \u00e0 travers la multiplicit\u00e9 de ses exp\u00e9riences, condense avant l\u2019heure cette figure du com\u00e9dien que nous souhaitons esquisser \u00e0 travers notre travail.<\/p>\n<p><b>    a) Acteurs de l\u2019incertain, le d\u00e9sapprentissage. <\/b><\/p>\n<p>Au sujet de sa relation de travail avec Artaud, Tania Balachova dit : \u00ab\u00a0Il m\u2019a d\u00e9sorient\u00e9e, m\u2019a horripil\u00e9e, m\u2019a d\u00e9rout\u00e9e, il m\u2019a fait perdre pied pendant toutes les r\u00e9p\u00e9titions je n\u2019ai pu me servir d\u2019aucune de mes acquisitions, d\u2019aucun de mes trucs d\u2019actrice, or on n\u2019y \u00e9chappe pas aux trucs d\u2019actrice. Je flottais dans l\u2019inconnu. Aucune acquisition pr\u00e9alable ne pouvait me servir dans le travail que j\u2019avais \u00e0 faire avec lui, j\u2019\u00e9tais totalement d\u00e9sarm\u00e9e, d\u00e9sar\u00e7onn\u00e9e.\u00bb<sup id=\"fnref1:84\"><a href=\"#fn:84\" class=\"footnote-ref\">14<\/a><\/sup> ou \u00ab\u00a0J\u2019avais appris mon m\u00e9tier, j\u2019ai d\u00fb tout d\u00e9sapprendre.\u00a0\u00bb<sup id=\"fnref2:84\"><a href=\"#fn:84\" class=\"footnote-ref\">14<\/a><\/sup> ou encore \u00ab\u00a0Il m\u2019a d\u00e9sappris tout ce que j\u2019avais appris de mauvais au conservatoire\u00bb<sup id=\"fnref1:86\"><a href=\"#fn:86\" class=\"footnote-ref\">15<\/a><\/sup>. On retrouve ces mots dans la bouche de Val\u00e9rie Dr\u00e9ville lorsqu\u2019elle tente de d\u00e9finir son travail au contact de Claude R\u00e9gy. Elle n\u2019en parle que comme une n\u00e9gation d\u2019autre chose, un non-th\u00e9\u00e2tre :<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0C\u2019est quelqu\u2019un qui travaille beaucoup sur la n\u00e9gation, beaucoup sur le contre, R\u00e9gy il est contre et c\u2019est un moteur chez lui. Il est contre tout : il est contre le th\u00e9\u00e2tre, il est contre les acteurs, il est contre la d\u00e9clamation, il est contre les d\u00e9cors, il est contre, il est contre, il est contre. \u00c7a, c\u2019est une formidable \u00e9nergie. Mais il faut \u00eatre solide en face parce qu\u2019il est contre vous aussi et c\u2019est tout le temps \u00ab\u00a0non\u00a0\u00bb. C\u2019est un travail de l\u2019induction, c'est-\u00e0-dire qu\u2019au lieu d\u2019ajouter on enl\u00e8ve, c\u2019est comme si on enlevait des peaux mortes, on enl\u00e8ve, on enl\u00e8ve, on enl\u00e8ve, on enl\u00e8ve tout l\u2019oignon jusqu\u2019\u00e0 trouver la petite graine qu\u2019il y a au milieu, l\u2019essence, le presque rien. C\u2019est pas facile, c\u2019est pas agr\u00e9able au d\u00e9but parce qu\u2019on est priv\u00e9 de soi-m\u00eame, priv\u00e9 de ses outils, de sa connaissance, de son d\u00e9sir de bien faire, de plein de choses, priv\u00e9es de lumi\u00e8re, priv\u00e9es de parler normalement, priv\u00e9es de marcher normalement, priv\u00e9 de tout. Mais on se rend compte qu\u2019il ouvre un espace autre. C\u2019est pas un espace mental, c\u2019est pas un espace physique, c\u2019est un m\u00e9taespace, c\u2019est un non-lieu o\u00f9 on se rend compte qu\u2019on peut vivre, qu\u2019on peut travailler, ou m\u00eame on peut \u00eatre libre malgr\u00e9 toutes ces interdictions et ces garde-fous, ces barri\u00e8res. Et alors l\u00e0 c\u2019est merveilleux. [\u2026] \u00c0 chaque fois c\u2019\u00e9tait un nettoyage, table rase, on recommence, c\u2019\u00e9tait bien.\u00bb<sup id=\"fnref1:87\"><a href=\"#fn:87\" class=\"footnote-ref\">16<\/a><\/sup><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans les deux cas l\u2019actrice est mise face \u00e0 l\u2019inconnu, elle doit d\u00e9sapprendre pour \u00eatre au plus proche d\u2019elle-m\u00eame. Tania Balachova rencontre Antonin Artaud au cours de Charles Dulin dans les ann\u00e9es 1920 alors qu\u2019elle a d\u00e9j\u00e0 appris le th\u00e9\u00e2tre au conservatoire de Bruxelles o\u00f9 elle fait la rencontre de Raymond Rouleau. Val\u00e9rie Dr\u00e9ville a \u00e9t\u00e9 \u00e9l\u00e8ve de Claude R\u00e9gy au Conservatoire national, mais elle avait d\u00e9j\u00e0 l\u2019exp\u00e9rience d\u2019Antoine Vitez avec qui elle avait pass\u00e9 trois ans d\u2019apprentissage au th\u00e9\u00e2tre et \u00e0 l\u2019\u00e9cole de Chaillot. Elles ont appris avant de d\u00e9sapprendre, mais restaient mall\u00e9ables lors de la rencontre. Jean-Quentin Ch\u00e2telain lui se plait \u00e0 dire qu\u2019il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 form\u00e9 lorsqu\u2019il a rencontr\u00e9 Claude R\u00e9gy \u2013 qu\u2019il ne rechigne pas \u00e0 appeler \u00ab\u00a0son ma\u00eetre\u00a0\u00bb. Pour lui vingt-neuf ans c\u2019\u00e9tait le bon \u00e2ge, plus t\u00f4t il aurait peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 \u00e9cras\u00e9 par le metteur en sc\u00e8ne, qui l\u2019aurait conditionn\u00e9<sup id=\"fnref1:88\"><a href=\"#fn:88\" class=\"footnote-ref\">17<\/a><\/sup>. Il n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 assez \u00ab\u00a0solide\u00a0\u00bb pour reprendre le mot de Dr\u00e9ville. Jean-Quentin Ch\u00e2telain s\u2019est form\u00e9 en Suisse puis surtout au Th\u00e9\u00e2tre National de Strasbourg alors sous la direction de Jean Pierre Vincent. Yann Boudaud lui, pr\u00e9sente une troisi\u00e8me situation, Claude R\u00e9gy le rep\u00e8re en 1996, \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un stage organis\u00e9 au Th\u00e9\u00e2tre de Vidy et ce d\u00e8s sa sortie de l\u2019\u00e9cole nationale de Rennes. Ce sont donc trois acteurs qui certes ont travaill\u00e9 avec Claude R\u00e9gy, mais dont le rapport au d\u00e9sapprentissage de la technique du metteur en sc\u00e8ne change. Maladroitement, disons que trois voix diff\u00e9rentes apparaissent selon qu\u2019elles proviennent d\u2019un acteur qui confronte sa voix et sa diction aux techniques du metteur en sc\u00e8ne, \u00e0 une actrice qui adapte sa pratique \u00e0 ce metteur en sc\u00e8ne, ou \u00e0 un acteur en tr\u00e8s grande partie model\u00e9 par cette technique.<br>\nLe d\u00e9sapprentissage c\u2019est aussi la remise en question, lutter contre ces \u00ab\u00a0trucs d\u2019acteur ou d\u2019actrice\u00a0\u00bb. \u00catre dans ce qu\u2019Antoine Vitez nommait \u00ab\u00a0l\u2019exercice perp\u00e9tuel\u00a0\u00bb. Serge Merlin lui, a refus\u00e9 tout enseignement, toutes formations, tout modelage. Bien s\u00fbr il avait un savoir-faire, mais plus proche de celui de l\u2019artisan, de celui qui apprend en faisant, en pratiquant. Serge Merlin avait une discipline du texte et une incertitude de l\u2019instant. On peut \u00e9voquer le d\u00e9tail pas si anecdotique de la \u00ab\u00a0t\u00e9tine\u00a0\u00bb qui lui \u00e9tait  indispensable sur sc\u00e8ne. Une oreillette dans laquelle sa femme lui donnait les mots du texte. Serge Merlin a travaill\u00e9, il connait tout de ce qui est dit et de ce qui n\u2019est pas dit des pi\u00e8ces qu\u2019il joue et pourtant au moment de la repr\u00e9sentation il ne sait pas ce qui va se passer dans les secondes qui viennent. Il se maintient dans un \u00e9tat de d\u00e9sapprentissage, de d\u00e9nuement de l\u2019instant. En cela, sa pratique se rapproche de celle de Dr\u00e9ville et Vassilliev dans <em>M\u00e9d\u00e9e-Mat\u00e9riau<\/em>. Dr\u00e9ville n\u2019a toujours r\u00e9p\u00e9t\u00e9 que le texte ou les mouvements, jamais les deux en m\u00eame temps pour garder dans le temps de la repr\u00e9sentation l\u2019incertitude de l\u2019exp\u00e9rience. Il est int\u00e9ressant de noter que l\u2019acteur qui fait le choix du d\u00e9sapprentissage se place dans le r\u00f4le de celui qui ne sait pas, de l\u2019enfant ou de l\u2019idiot, il prend la voix de l\u2019ignorant, t\u00e2tonne, cherche sur le moment : il se maintient dans un acte de cr\u00e9ation. <\/p>\n<p><b>    b) Acteur de la voix et du corps<\/b><\/p>\n<p>Au sujet du travail r\u00e9alis\u00e9 avec Artaud, Tania Balachova dit : \u00ab\u00a0Et bien je crois qu\u2019il a \u00e9veill\u00e9 en moi des forces que je ne me soup\u00e7onnais pas [\u2026]\u00a0Apprendre \u00e0 crier avec ma voix et avec mon corps\u00a0\u00bb<sup id=\"fnref1:89\"><a href=\"#fn:89\" class=\"footnote-ref\">18<\/a><\/sup> ou \u00ab\u00a0il m\u2019a appris le cri, quelque chose de beaucoup plus proche de l\u2019\u00e9tat des noirs en transe. Je faisais du th\u00e9\u00e2tre plus raisonnable dans la violence jusqu\u2019au jour o\u00f9 je l\u2019ai rencontr\u00e9, la dissonance du cri si je peux dire [\u2026] Le cri comme expression plus que corporelle, le corps suit dans le cri.\u00bb<sup id=\"fnref1:90\"><a href=\"#fn:90\" class=\"footnote-ref\">19<\/a><\/sup> L\u00e0, on entend plus volontiers Dr\u00e9ville parler du travail avec Vassiliev. Dans son journal de r\u00e9p\u00e9titions <em>Face \u00e0 M\u00e9d\u00e9e<\/em>, elle rapporte le training physique n\u00e9cessaire pour trouver\u00a0l\u2019intonation affirmative propre au travail de <em>M\u00e9d\u00e9e-Mat\u00e9riau<\/em>. Vassiliev d\u00e8s l\u2019avant-propos rappelle que \u00ab\u00a0on ne peut pas passer \u00e0 la\u00a0technique verbale si le corps et l\u2019\u00e9nergie ne sont pas pr\u00eats \u00bb<sup id=\"fnref1:91\"><a href=\"#fn:91\" class=\"footnote-ref\">20<\/a><\/sup>. Et Ilya Kozin, ma\u00eetre d\u2019arts martiaux et acteur dans le groupe de Vassiliev \u00e0 Moscou, dit \u00e0 Val\u00e9rie Dr\u00e9ville d\u00e8s le d\u00e9but de ce training physique : \u00ab\u00a0On cherche le calme sur l'inspiration. La d\u00e9tente sur l'expiration. L'inspiration se fait avec tout le corps. L'expiration: \u00e0 partir du centre, quelques centim\u00e8tres sous le nombril. Tout le corps cela signifie : \u00e0 travers la peau.\u00bb<sup id=\"fnref1:92\"><a href=\"#fn:92\" class=\"footnote-ref\">21<\/a><\/sup> Dans ce spectacle, elle est assise tout du long et cela n\u00e9cessite une pr\u00e9sence physique d\u2019autant plus importante. Mais le statut du corps dans le cri, dans son r\u00f4le de machine, d\u2019organe physique, est remis en question. Dr\u00e9ville est nue sur sc\u00e8ne et on voit son corps trembler par \u00e0-coup, la chaire de ses seins, ses bras, son cou. On pourrait penser que ce sont ses mouvements, cette machine physique, qui produit le son, mais peut-\u00eatre est-ce simplement les contrecoups du cri. Dans <em>Face \u00e0 M\u00e9d\u00e9e<\/em>, Val\u00e9rie Dr\u00e9ville \u00e9crit : \u00ab\u00a0Vous vous apercevez que vous n\u2019avez pas besoin de forcer, d'avoir recours \u00e0 vos muscles pour donner de la force, la force est remplac\u00e9e par la vitesse. Le son s'envole tout seul, sans vous, et par induction, c\u2019est lui qui fait travailler vos muscles et non l\u2019inverse.\u00a0\u00bb<sup id=\"fnref1:93\"><a href=\"#fn:93\" class=\"footnote-ref\">22<\/a><\/sup> \u00ab\u00a0Le corps suit dans le cri\u00a0\u00bb disait Balachova. Cela va \u00e0 rebours de notre conception classique du rapport voix\/corps, de celui de Ferdinand de Saussure qui dit que le corps fabrique le son. Le son, la n\u00e9cessit\u00e9 de produire un son particulier modifie le corps et la perception que le spectateur en a. On pense au visage de Yann Boudaud dans <em>R\u00eave et Folie<\/em>, tordu par les sons qu\u2019il avait \u00e0 prononcer. Cela le marquait d\u2019un profond et permanent rictus. La paupi\u00e8re toujours close, on pourrait croire \u00e0 un masque. C\u2019est un effet voulu par Claude R\u00e9gy qui l\u2019accentue par un travail des lumi\u00e8res<sup id=\"fnref1:94\"><a href=\"#fn:94\" class=\"footnote-ref\">23<\/a><\/sup>. Le son traverse le corps, le secoue et l\u2019acteur doit se laisser faire. Le cri, la voix meuvent le corps, elles le racontent. M\u00eame quand il lit <em>Extinction<\/em> Serge Merlin garde une bonne distance avec le micro, comme si la force physique de son souffle \u00e9tait trop violente, risquait de heurter l\u2019appareil.<br>\nTania Balachova devenue professeur insiste beaucoup sur la technique, sur des exercices physiques tr\u00e8s concrets, d\u2019articulation, de respiration. \u00ab\u00a0Il faut faire un travail technique [\u2026] il faut faire des gammes\u00a0\u00bb<sup id=\"fnref1:95\"><a href=\"#fn:95\" class=\"footnote-ref\">24<\/a><\/sup>. Pour Antoine Vitez les exercices qu\u2019elle propose permettent de lutter contre \u00ab\u00a0la tyrannie du sens\u00a0\u00bb<sup id=\"fnref1:96\"><a href=\"#fn:96\" class=\"footnote-ref\">25<\/a><\/sup>. C\u2019est quelque chose qui nous s\u00e9duit dans le cadre de ce travail. Cela prenait la forme d\u2019un jeu dans le sens le plus enfantin du terme. C'est-\u00e0-dire dans un premier temps avec des r\u00e8gles faussement psychologiques qui cachaient avant tout un entrainement du corps par le son. En plus de permettre de d\u00e9tacher le son du sens, ces exercices semblaient permettre de d\u00e9tacher le corps du sens et le corps de son.<br>\nLes acteurs de notre corpus ont une corporalit\u00e9 en dissonance avec leurs voix. Que ce soit la stature forte et terrienne, presque bovine de Jean-Quentin Ch\u00e2telain qui nourrit une voix lointaine et na\u00efve, ou au contraire la carcasse tremblante et creus\u00e9e de Serge Merlin qui donne sa force \u00e0 une voix nerveuse et sans concession. C\u2019est certainement ce contraste qui a int\u00e9ress\u00e9 Alain Fran\u00e7on dans sa mise en sc\u00e8ne de <em>Fin de Partie<\/em> r\u00e9unissant les deux hommes. Ch\u00e2telain jouait Clov et Merlin Hamm.<br>\nDans les spectacles de notre corpus, l\u2019amplitude de mouvement pour chaque acteur est minimale : Val\u00e9rie Dr\u00e9ville et Serge Merlin sont assis, Yann Boudaud et Jean-Quentin Ch\u00e2telain campent debout au centre du plateau. Pourtant la pr\u00e9sence physique de chaque acteur et la force qu\u2019ils donnent \u00e0 chacun de leurs infimes mouvements rend leur performance corporelle d\u2019autant plus impressionnante qu\u2019elle est condens\u00e9e. En fin de compte la voix est li\u00e9e au corps et on n\u2019entend pas les dissocier, mais cette relation est s\u00fbrement plus complexe qu\u2019elle n\u2019y parait et si, pour l\u2019acteur, le son vient autant de son corps que d\u2019un ailleurs plus int\u00e9rieur alors le corps est sans doute un moyen d\u2019acc\u00e9der \u00e0 cette int\u00e9riorit\u00e9 d\u2019o\u00f9 puiser la voix. <\/p>\n<p><b>    c) La voix des r\u00eaves.<\/b><\/p>\n<p>Tania Balachova dit qu\u2019Artaud lui a appris qu\u2019au-del\u00e0 de toute technicit\u00e9 il y avait autre chose de plus myst\u00e9rieux, mais d\u2019absolument n\u00e9cessaire au travail de l\u2019acteur : \u00ab Il est certain qu\u2019il faut un jour ou l\u2019autre apprendre que la passion, la psychologie et la technique ne suffisent pas, qu\u2019il y a des choses souterraines qui doivent servir aux acteurs et ces choses souterraines [Artaud] me les a apprises\u2026 enfin il ne me les a pas apprises, on ne peut pas les apprendre, mais il m\u2019a fait comprendre qu\u2019il fallait laisser venir [\u2026] faire surgir, pour moi le metteur en sc\u00e8ne c\u2019est une sorte de sourcier, qui fait affleurer les choses qu\u2019on a en soi, c\u2019est pas un professeur, c\u2019est pas un dictateur.\u00a0\u00bb<sup id=\"fnref1:97\"><a href=\"#fn:97\" class=\"footnote-ref\">26<\/a><\/sup> Cette recherche des \u00ab\u00a0choses souterraines\u00a0\u00bb c\u2019est finalement ce qui a fait la sp\u00e9cificit\u00e9 de Tania Balachova. \u00c7a a nourri sa vision du com\u00e9dien et l\u2019a convaincue qu\u2019il fallait \u00ab\u00a0Laisser na\u00eetre les choses chez l\u2019acteur avant de lui demander la r\u00e9alisation\u00a0\u00bb<sup id=\"fnref1:98\"><a href=\"#fn:98\" class=\"footnote-ref\">27<\/a><\/sup>. \u00ab\u00a0Leur apprendre \u00e0 ne pas montrer ce qu\u2019ils veulent faire, mais \u00e0 se laisser faire par l\u2019imagination. Je pense qu\u2019il y a un stade o\u00f9 il faut r\u00eaver le r\u00f4le et pas l\u2019ex\u00e9cuter. Et il faut se tromper, il faut d\u00e9border, enrichir le r\u00f4le de tas de choses compl\u00e8tement inutile.\u00bb<sup id=\"fnref1:99\"><a href=\"#fn:99\" class=\"footnote-ref\">28<\/a><\/sup> Ici encore on voit tr\u00e8s distinctement les premi\u00e8res pierres de ce que sera le travail de R\u00e9gy. Ces choses souterraines Claude R\u00e9gy les a cherch\u00e9es dans le rapport \u00e0 l\u2019inconnu du texte dans son non-dit. Il nourrit ses acteurs<sup id=\"fnref1:100\"><a href=\"#fn:100\" class=\"footnote-ref\">29<\/a><\/sup>, les gave avec toutes ses connaissances, tout son imaginaire, puis les invite au r\u00eave. Jean-Quentin Ch\u00e2telain t\u00e9moigne de ce travail: \u00ab\u00a0Ce qu\u2019il nous apprend dans l\u2019extraction, dans l\u2019ex\u00e9g\u00e8se d\u2019un texte\u2026 avec <em>Ode Martime<\/em> c\u2019\u00e9tait fabuleux parce que lui il a tout lu autour de Pessoa, il met des ann\u00e9es avant d\u2019aborder ce truc. Il a du y r\u00e9fl\u00e9chir, en r\u00eaver beaucoup, r\u00eaver beaucoup, il nous dit il faut beaucoup r\u00eaver, et tout l\u2019apport qu\u2019il nous donne de son imaginaire, on a besoin de rien faire avec Claude, on est sur le plateau et c\u2019est lui qui nous parle.\u00bb<sup id=\"fnref1:101\"><a href=\"#fn:101\" class=\"footnote-ref\">30<\/a><\/sup> Val\u00e9rie Dr\u00e9ville parle de sa rencontre avec le metteur en sc\u00e8ne au conservatoire o\u00f9 ses m\u00e9thodes d\u00e9tonnaient : \u00ab\u00a0il nous disait \"\u00e9coutez\u00a0arr\u00eatez, arr\u00eatez de jouer sans arr\u00eat comme \u00e7a, \u00e7a suffit, mettez \u00e7a au vestiaire et juste r\u00eavez \u00e0 ce que vous dites et c\u2019est tout\" Et c\u2019est la r\u00e9cr\u00e9e, c\u2019\u00e9tait un tel soulagement\u00a0! \u00bb<sup id=\"fnref1:102\"><a href=\"#fn:102\" class=\"footnote-ref\">31<\/a><\/sup>. Ce gout de l\u2019enrichissement du r\u00f4le par \u00ab\u00a0un tas de choses compl\u00e8tement inutiles\u00a0\u00bb Val\u00e9rie Dr\u00e9ville l\u2019a gard\u00e9 lors de la premi\u00e8re cr\u00e9ation du r\u00f4le de M\u00e9d\u00e9e. Pour elle tr\u00e8s clairement M\u00e9d\u00e9e n\u2019est pas un personnage, c\u2019est une figure. Elle a voulu documenter cette figure culturellement, historiquement. \u00ab\u00a0Je m\u2019\u00e9tais beaucoup nourri d\u2019influences comme celle de Pasolini, d\u2019Apollonius de Rhodes, de tout le mythe. J\u2019avais beaucoup d\u2019images dans la t\u00eate et Vassiliev avait laiss\u00e9 faire \u00e7a\u00a0\u00bb<sup id=\"fnref1:103\"><a href=\"#fn:103\" class=\"footnote-ref\">32<\/a><\/sup>. C\u2019\u00e9tait un travail pour elle-m\u00eame, peut-\u00eatre pour nimber M\u00e9d\u00e9e d\u2019une aura particuli\u00e8re. Pour la seconde cr\u00e9ation, bien qu\u2019elle la d\u00e9crive comme plus aust\u00e8re, plus de technique pure, elle raconte tout de m\u00eame qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 nourrie par une photographie. <\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab Dans le training verbal, tout \u00e0 coup Vassiliev s\u2019est souvenu qu\u2019on avait oubli\u00e9 un \u00e9l\u00e9ment important c\u2019\u00e9tait le sourire int\u00e9rieur. Il a dit : \u00ab\u00a0Ah ! On a oubli\u00e9 le sourire int\u00e9rieur !\u00a0\u00bb Alors que c\u2019\u00e9tait presque l\u2019essentiel. Et j\u2019ai cherch\u00e9 sur internet des trucs sur le sourire int\u00e9rieur (parce que je fais souvent beaucoup de recherches comme \u00e7a) et je suis tomb\u00e9e sur une photo d\u2019une petite fille qui souriait, qui riait et j\u2019ai vu ce truc et je me suis dit :\u00a0\u00ab\u00a0Bon sang, mais c\u2019est bien s\u00fbr !\u00a0\u00bb Et tout s\u2019est ouvert. J\u2019ai fait toutes les repr\u00e9sentations de ce spectacle, je la regardais avant de monter en sc\u00e8ne, j\u2019avais mon t\u00e9l\u00e9phone, je l\u2019avais captur\u00e9e, je regardais : \u00ab\u00a0c\u2019est \u00e7a ! C\u2019est \u00e7a\u00a0\u00bb. Je rentrais avec et \u00e0 chaque fois que je sentais une difficult\u00e9 je me ressouvenais du truc et <em>pfiouuuu<\/em>\u2026\u00bb<sup id=\"fnref1:104\"><a href=\"#fn:104\" class=\"footnote-ref\">33<\/a><\/sup><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans cette recherche de la nourriture int\u00e9rieure, on retrouve la marque de Stanislavski. \u00ab\u00a0Stanislavski et Artaud ce sont les deux p\u00f4les les plus oppos\u00e9s et les plus importants pour moi \u00bb<sup id=\"fnref1:105\"><a href=\"#fn:105\" class=\"footnote-ref\">34<\/a><\/sup> dit Tania Blachova. Bien s\u00fbr comme Anatoli Vassiliev<sup id=\"fnref1:106\"><a href=\"#fn:106\" class=\"footnote-ref\">35<\/a><\/sup> ou d\u2019une autre mani\u00e8re Jerzy Grotowski, Tania Balachova n\u2019est pas \u00e9l\u00e8ve de Stanislavski elle en est l\u2019h\u00e9riti\u00e8re, elle l\u2019interroge, confronte ses recherches sur le th\u00e9\u00e2tre \u00e0 sa propre exp\u00e9rience. Laurent Terzieff souligne ce stanislavskisme sans dogmatisme<sup id=\"fnref1:107\"><a href=\"#fn:107\" class=\"footnote-ref\">36<\/a><\/sup>. Balachova confronte une th\u00e9orie du jeu \u00e0 une pratique au plateau, plus encore, elle confronte le travail russe \u00e0 un jeu fran\u00e7ais. \u00c0 travers l\u2019actrice Val\u00e9rie Dr\u00e9ville, on peut aussi se demander \u00e0 quel point le th\u00e9\u00e2tre fran\u00e7ais, sa tradition, son public ont influenc\u00e9 les choix d\u2019Anatoli Vassiliev sur <em>M\u00e9d\u00e9e-Mat\u00e9riau<\/em>. Ce spectacle ne ressemble \u00e0 aucun des autres qu\u2019il a mont\u00e9 en Russie, il ne ressemble pas non plus d\u2019une autre mani\u00e8re au spectacle qu\u2019il a mis en sc\u00e8ne pour la com\u00e9die fran\u00e7aise. C\u2019est un spectacle hybride, transculturel. Pour Antoine Vitez c\u2019\u00e9tait une hybridit\u00e9 semblable qui a amen\u00e9 Tania Balachova \u00e0 la modernit\u00e9 : <\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Je crois que j'ai \u00e9t\u00e9 chez Balachova pouss\u00e9 par l'id\u00e9e de la modernit\u00e9. Nous avions l'impression - Garrel et moi - qu'il y avait l\u00e0 de la modernit\u00e9. Quelle modernit\u00e9 ? La modernit\u00e9. Pour nous, les cours traditionnels \u00e9taient tout \u00e0 fait inimaginables. Et les cours du Vieux-Colombier \u00e9taient bons, mais finalement dans le genre traditionnel. Ce n'est pas un hasard si la modernit\u00e9 plus grande \u00e9tait incarn\u00e9e par des gens d'origine \u00e9trang\u00e8re. Je pense que je ne me trompais pas. L'influence de Balachova a \u00e9t\u00e9 immense et Balachova a influenc\u00e9 et influence toujours le th\u00e9\u00e2tre. Elle a apport\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre un regard nouveau sur l'acteur. Strictement inspir\u00e9 par Stanislavski. Je pense que Balachova avait g\u00e9nialement compris l'enseignement de Stanislavski, et son propre enseignement \u00e9tait strictement stanislavskien. Je me rappelle ses cours. J'ai l'impression d'avoir vraiment v\u00e9cu l'enseignement de Stanislavski tel que, depuis, j'ai pu le lire. Il y a peu de diff\u00e9rences entre l'enseignement de Stanislavski et ce que disait et faisait Balachova, qui elle-m\u00eame ne l'avait pas connu, mais qui \u00e9tait nourrie de cette culture.\u00a0\u00bb<sup id=\"fnref1:108\"><a href=\"#fn:108\" class=\"footnote-ref\">37<\/a><\/sup><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Val\u00e9rie Dr\u00e9ville souligne la connaissance de Stanislavski chez Antoine Vitez qui se r\u00e9v\u00e8le \u00e0 elle lors de sa rencontre avec Anatoli Vassiliev : \u00ab\u00a0J\u2019ai d\u00e9couvert quelque chose que j\u2019avais pressenti, pas rencontr\u00e9 frontalement, chez Vitez parce que c\u2019\u00e9tait quelqu\u2019un qui connaissait tr\u00e8s bien l\u2019\u00e9cole russe, Stanislavski, l\u2019histoire de la Russie, l\u2019histoire du th\u00e9\u00e2tre en Russie, etc. \u00c7a passait \u00e0 travers son enseignement, mais d\u2019une fa\u00e7on assez libre, pas rigoureuse mais d\u2019un fait expr\u00e8s\u00a0\u00bb<sup id=\"fnref1:109\"><a href=\"#fn:109\" class=\"footnote-ref\">38<\/a><\/sup>. L\u2019exp\u00e9rience de Stanislavski par Dr\u00e9ville est tr\u00e8s int\u00e9ressante parce qu\u2019elle brise le pr\u00e9con\u00e7u qui entoure ce th\u00e9oricien du jeu. Elle le retrouve dans la pratique de Vitez et de Vassiliev, mais aussi d\u2019Ostermeier et de Lupa, chaque fois d\u2019une mani\u00e8re diff\u00e9rente et chaque fois pour un objectif diff\u00e9rent<sup id=\"fnref1:110\"><a href=\"#fn:110\" class=\"footnote-ref\">39<\/a><\/sup>. La th\u00e9orie voyage, se confronte sans cesse \u00e0 l\u2019ailleurs, se transforme, rencontre d\u2019autres pratiques. L\u2019illustration la plus claire de ce processus nous est offerte par Jerzy Grotowski qui en 1969, 3 ans apr\u00e8s sa cr\u00e9ation du <em>Prince Constant<\/em>, part au Nigeria, en Ha\u00efti, en Am\u00e9rique centrale, en Inde pour son projet de \u00ab Th\u00e9\u00e2tre des Sources \u00bb. La pens\u00e9e de Stanislavski, interpr\u00e9t\u00e9 par Grotowski est confront\u00e9e \u00e0 un th\u00e9\u00e2tre rituel. D\u2019une certaine mani\u00e8re des acteurs ou actrices comme Val\u00e9rie Dr\u00e9ville condensent en leurs seins cette confrontation. Ce choc entre l\u2019origine, l\u2019appris et l\u2019ailleurs est un combustible pour l\u2019acteur. La confrontation entre ce qu\u2019il est \u2013 en temps que personne qui a un pass\u00e9 et un h\u00e9ritage \u2013, ce qu\u2019il sait du m\u00e9tier \u2013 sa connaissance de la sc\u00e8ne, son intuition, son exp\u00e9rience \u2013 et ce que le metteur en sc\u00e8ne ou l\u2019auteur (ou autre) lui am\u00e8ne de nouveau, d\u2019inconnu. Il n\u2019y a, \u00e0 premi\u00e8re vue, aucun lien entre l\u2019\u00e9criture de Thomas Bernhard et celle de Samuel Beckett, mais Serge Merlin y trouve une m\u00eame nourriture po\u00e9tique en quantit\u00e9 suffisante pour qu\u2019ils aillent les confronter \u00e0 la sc\u00e8ne. Il n\u2019y a pas plus de lien entre Claude R\u00e9gy et Anatoli Vassiliev, mais Val\u00e9rie Dr\u00e9ville trouve chez eux la m\u00eame exigence, le m\u00eame devoir de th\u00e9\u00e2tre. L\u2019acteur est le lieu de l\u2019hybridation tout comme le th\u00e9\u00e2tre. Hybrider le th\u00e9\u00e2tre le place dans un non-lieu, inidentifiable, dans un ailleurs, dans cette espace du r\u00eave. Et dans cet espace l\u2019acteur peut r\u00eaver.<br>\nQuelle est la voix d\u2019un r\u00eaveur ? On raconte que dans <em>Int\u00e9rieur<\/em> de Maeterlinck, une mise en sc\u00e8ne de Claude R\u00e9gy travaill\u00e9e avec des acteurs japonais, un enfant \u00e9tait couch\u00e9 sur sc\u00e8ne, qu\u2019il s\u2019endormait et restait l\u00e0 jusqu\u2019\u00e0 la fin du spectacle o\u00f9 il fallait le r\u00e9veiller pour montrer au monde qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas mort. La ligne entre ces deux \u00e9tats est finalement si fine que la confusion est vite faite. Le spectateur qui s\u2019endort au th\u00e9\u00e2tre, \u00e0 d\u00e9faut de respecter les conventions, conna\u00eet cette sensation d\u2019entre-deux. Plong\u00e9 dans un \u00e9tat de mi-veille, il ne lui reste comme ancrage au pr\u00e9sent que l\u2019ou\u00efe qui l\u2019emm\u00e8ne d\u00e9j\u00e0 sur un terrain autre. Dans cette br\u00e8che, entre la conscience passive et l\u2019endormissement \u00e9teint, s\u2019ouvre un monde, trop vite quitt\u00e9, comme un paysage \u00e0 la fen\u00eatre d\u2019un wagon. Il y aurait pourtant tant de choses \u00e0 en dire : la repr\u00e9sentation ne se passe pas sur sc\u00e8ne, au lointain, mais \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de soi. Ce monde est tout entier compos\u00e9 de son, de rythme. Les voix qui r\u00e9sonnent ici n\u2019appartiennent plus \u00e0 personne, ni acteur ni personnage : elles s\u2019entrem\u00ealent, se r\u00e9p\u00e8tent, se superposent. Elles ne veulent plus rien dire. Pourtant, si le train ralentit, assez pour laiss\u00e9 le temps au spectateur de prendre conscience de ce paysage \u00e0 la fen\u00eatre, peut-\u00eatre lui apportera-t-il un \u00e9clairage limpide sur ce qui est r\u00e9ellement en train de se jouer dans ce th\u00e9\u00e2tre. Le spectateur pourra alors \u00eatre tent\u00e9 de retrouver ailleurs cette sensation de monde vocal. Il se mettra alors en qu\u00eate de ces voix qui incitent au r\u00eave, ces voix de r\u00eaveurs\u2026 Est-ce que Jean-Quentin Ch\u00e2telain r\u00eave <em>Une saison en enfer<\/em>, les yeux ferm\u00e9s au milieu de la sc\u00e8ne, le corps dodelinant lentement de l\u2019avant vers l\u2019arri\u00e8re comme pour s\u2019autobercer ? S\u2019il est le r\u00eaveur, on ne voit pas ce qu\u2019il r\u00eave, les images qui l\u2019habitent. On est spectateur d\u2019un spectacle auquel nous n\u2019avons pas acc\u00e8s. Seule la voix t\u00e9moigne de ce qu\u2019il se passe \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019acteur, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9. Si le r\u00eave est doux la voix l\u2019est aussi, s\u2019il est inqui\u00e9tant la voix devient nerveuse, si c\u2019est un cauchemar la voix gronde, se fait suppliante ou effray\u00e9e. Petit \u00e0 petit la voix fait voyager le spectateur, l\u2019emporte avec elle, le convie au d\u00e9crochage, \u00e0 la perte du sens. Et Yann Boudaud ? Peut-\u00eatre n\u2019est-il m\u00eame plus le r\u00eaveur, plut\u00f4t un personnage de r\u00eave. Lui aussi les yeux ferm\u00e9s, t\u00e2tant du bout de ses doigts les limites du cauchemardesque <em>R\u00eave et Folie<\/em>. N\u2019a-t-il pas dans la voix, \u00e0 force de r\u00eaverie, \u00e0 force de fr\u00e9quentation de ce monde, ce qu\u2019aucun \u00e9veill\u00e9 n\u2019a jamais entendu ? La voix des r\u00eaves.  <\/p>\n<p><b>    d) Conflicutalit\u00e9 cr\u00e9atrice<\/b><\/p>\n<p>Au sujet de son travail avec les com\u00e9diens, Tania Balachova r\u00e9v\u00e8le qu\u2019elle proc\u00e8de de deux mani\u00e8res : \u00ab\u00a0Par la confiance, par les stimulants \u00e0 l\u2019imagination et ensuite, et ce n\u2019est pas voulu chez moi, par la col\u00e8re. Il arrive un moment o\u00f9 l\u2019\u00e9l\u00e8ve me met en col\u00e8re, dans une col\u00e8re rouge-noir et tr\u00e8s violente, qui fait que l\u2019\u00e9l\u00e8ve se met \u00e0 pleurer, j\u2019ai honte, mais je continue, et, apr\u00e8s avoir pleur\u00e9, tout \u00e0 coup l\u2019\u00e9l\u00e8ve s\u2019abandonne et se livre, et nous nous r\u00e9concilions. Et tout \u00e7a n\u2019est pas concert\u00e9, tout \u00e7a vient parce que je sens que l\u2019\u00e9l\u00e8ve est sur le bord d\u2019appara\u00eetre et \u00e7a m\u2019exasp\u00e8re.\u00a0\u00bb<sup id=\"fnref1:111\"><a href=\"#fn:111\" class=\"footnote-ref\">40<\/a><\/sup> Elle confie aussi au sujet de sa relation avec le metteur en sc\u00e8ne :  \u00ab\u00a0Le vrai sens s\u2019obtiendra par la bagarre entre le metteur en sc\u00e8ne et moi, je ne peux pas travailler avec un metteur en sc\u00e8ne mou, j\u2019ai besoin d\u2019un metteur en sc\u00e8ne qui veuille, que moi je veuille autre chose et finalement de cette esp\u00e8ce de combat, de cette partie de tennis, na\u00eetra la vraie partie.\u00a0\u00bb<sup id=\"fnref1:112\"><a href=\"#fn:112\" class=\"footnote-ref\">41<\/a><\/sup><br>\nLa notion de combat entre le directeur d\u2019acteur et le com\u00e9dien semble donc au centre du travail de cr\u00e9ation pour Tania Balachova. Le t\u00e9moignage des acteurs de Claude R\u00e9gy corrobore cette hypoth\u00e8se. Si la  relation entre Jean-Quentin Ch\u00e2telain et R\u00e9gy est ouvertement conflictuelle<sup id=\"fnref1:113\"><a href=\"#fn:113\" class=\"footnote-ref\">42<\/a><\/sup>, celle entre le metteur en sc\u00e8ne et Yann Boudaud pourrait \u00eatre plus int\u00e9ressante encore si motrice de l\u2019acteur dans son rapport au jeu et au plateau. Entre l\u2019op\u00e9ra <em>Carnet d\u2019un disparu<\/em> en 2001 et <em>La Barque le soir<\/em> en 2012, onze ans se sont \u00e9coul\u00e9s durant lesquels Yann Boudaud a quitt\u00e9 le monde du th\u00e9\u00e2tre pour prendre du recul par rapport \u00e0 son travail avec le metteur en sc\u00e8ne avant de revenir vers lui<sup id=\"fnref1:114\"><a href=\"#fn:114\" class=\"footnote-ref\">43<\/a><\/sup>. La relation entre Yann Boudaud et Claude R\u00e9gy plus encore qu\u2019aucune autre cristallise cette tension entre l\u2019acteur et le metteur en sc\u00e8ne. Boudaud est et restera aux yeux et aux oreilles du monde th\u00e9\u00e2tral le dernier acteur de R\u00e9gy, son plus fid\u00e8le porte-voix et son com\u00e9dien le plus disciplin\u00e9<sup id=\"fnref1:115\"><a href=\"#fn:115\" class=\"footnote-ref\">44<\/a><\/sup>. Lorsqu\u2019on l\u2019entend ensuite dans d\u2019autres pi\u00e8ces, on ne peut s\u2019emp\u00eacher de reconna\u00eetre certains accents dans son jeu. Des accents qui sont ceux de Yann Boudaud pas de Claude R\u00e9gy, mais que le travail au contact de ce metteur en sc\u00e8ne a si bien mis en valeur qu\u2019il les a donn\u00e9s \u00e0 entendre \u00e0 tous. Une fois que l\u2019on a entendu la richesse de cette voix on ne peut plus la d\u00e9sentendre.<br>\nAu-del\u00e0 d\u2019un travail de r\u00e9p\u00e9titions qui nous est d\u00e9crit comme intens\u00e9ment laborieux<sup id=\"fnref1:116\"><a href=\"#fn:116\" class=\"footnote-ref\">45<\/a><\/sup> il y a, dans l\u2019id\u00e9e m\u00eame du th\u00e9\u00e2tre de R\u00e9gy, une incapacit\u00e9 \u00e0 s\u2019accomplir pour le com\u00e9dien. Claude R\u00e9gy pr\u00eate \u00e0 ses spectacles une responsabilit\u00e9 immense qui d\u00e9passe de loin le cadre du travail th\u00e9\u00e2tral et il charge les acteurs de cette responsabilit\u00e9<sup id=\"fnref1:117\"><a href=\"#fn:117\" class=\"footnote-ref\">46<\/a><\/sup>. Avec sa mort approchant, la dimension testamentaire du travail de R\u00e9gy incombait aussi \u00e0 Yann Boudaud<sup id=\"fnref1:118\"><a href=\"#fn:118\" class=\"footnote-ref\">47<\/a><\/sup> alors m\u00eame que ce travail rel\u00e8ve de l\u2019incertain, de l\u2019inconnu, de l\u2019impossible. Tous les acteurs qui ont travaill\u00e9 avec lui t\u00e9moignent d\u2019une non-maitrise de la qualit\u00e9 de la repr\u00e9sentation : certain soir R\u00e9gy estimait que c\u2019\u00e9tait r\u00e9ussi, d\u2019autre soir non sans qu\u2019ils ne sachent vraiment dire pourquoi. R\u00e9gy place ses com\u00e9diens dans une situation impossible, son th\u00e9\u00e2tre est un objectif plus qu\u2019une r\u00e9alisation, c\u2019est une frustration pour ceux qui le travaillent<sup id=\"fnref1:119\"><a href=\"#fn:119\" class=\"footnote-ref\">48<\/a><\/sup>. Le public certainement ne verra rien, seuls quelques connaisseurs avis\u00e9s sauront d\u00e9celer que ce soir-l\u00e0 tout n\u2019\u00e9tait pas au point. Un acteur ne monte pas sur sc\u00e8ne tout en sachant qu\u2019il \u00e9chouera \u00e0 tous les coups sauf \u00e0 \u00eatre express\u00e9ment soutenu, qu\u2019il soit rassur\u00e9, que la responsabilit\u00e9 soit commune, port\u00e9e par l\u2019acteur et par R\u00e9gy, pr\u00e9sent \u00e0 toutes les repr\u00e9sentations. Yann Boudaud est l\u2019acteur \u00e0 qui R\u00e9gy a fait d\u00e9faut, que R\u00e9gy n\u2019a pas pu accompagner jusqu\u2019au bout. <\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Dans le travail avec Claude, c\u2019est capital de savoir \u00e7a : savoir que rien n\u2019a \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9, rien et si on a l\u2019impression \u00e0 un moment d\u2019avoir trouv\u00e9 quelque chose, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9 d\u00e9j\u00e0 fini. Ce qui arrive, c\u2019est la prochaine exploration. Y compris dans la r\u00e9ussite et dans le sentiment d\u2019avoir r\u00e9ussi quelque chose, il y a toujours ce besoin de vigilance permanent : c\u2019est r\u00e9el, mais je ne peux pas me reposer dessus, absolument pas. Je peux avoir du plaisir \u00e0 entendre quelqu'un me dire que ce travail l\u2019a boulevers\u00e9, mais je ne peux en aucun cas le croire. Quand plusieurs repr\u00e9sentations successives correspondent \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 ce qu\u2019on recherche, du moins d\u2019apr\u00e8s nous, \u00e7a commence \u00e0 \u00eatre flippant. C\u2019est \u00e9trange de penser comme \u00e7a, pourquoi \u00e7a ne continuerait pas \u00e0 \u00eatre \u00e0 peu pr\u00e8s ce qu\u2019on recherche apr\u00e8s tout. Il y a presque un affolement \u00e0 un moment donn\u00e9, se dire que bon, l\u00e0 pour l\u2019instant, dans nos \u00e9changes et nos discussions on tombe \u00e0 peu pr\u00e8s d\u2019accord.\u00a0\u00bb<sup id=\"fnref1:120\"><a href=\"#fn:120\" class=\"footnote-ref\">49<\/a><\/sup><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>S\u2019ils sont d\u2019accord alors c\u2019est que quelque chose ne va pas. On pourrait \u00eatre tent\u00e9 de parler de Claude R\u00e9gy comme d\u2019un metteur en sc\u00e8ne \u00ab\u00a0dictatorial\u00a0\u00bb, mais ce serait n\u00e9gliger chez lui la volont\u00e9 de s\u2019entourer d\u2019acteurs insoumis. Si Yann Boudaud est disciplin\u00e9, il l\u2019est bien plus vis-\u00e0-vis du travail que du metteur en sc\u00e8ne.Il parle de son travail, de ses propositions et en parall\u00e8le du travail et des propositions de R\u00e9gy comme deux visions diff\u00e9rentes, mais qui sont amen\u00e9es \u00e0 se rencontrer : <\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Depuis un an et demi \u2013 deux ans je sens que son \u00e9nergie d\u00e9cline, qu\u2019il y a quelque chose qui s\u2019all\u00e8ge peut-\u00eatre dans son rapport au travail, dans son rapport \u00e0 sa propre volont\u00e9 de maintenir un cadre aussi puissant. Le cadre est toujours l\u00e0, mais la volont\u00e9 a tendance \u00e0 commencer \u00e0 s\u2019\u00e9vaporer. \u00c7a a un impact sur le travail : c\u2019est comme s\u2019il autorisait de plus en plus une forme de fluidit\u00e9 dans la mani\u00e8re de jouer, comme s\u2019il me laissait vraiment faire le travail maintenant. Il m\u2019a toujours laiss\u00e9 faire le travail, mais maintenant \u00e7a prend une autre coloration.\u00a0\u00bb<sup id=\"fnref1:121\"><a href=\"#fn:121\" class=\"footnote-ref\">50<\/a><\/sup><br>\n\u00ab Aujourd\u2019hui ce n\u2019est pas que je suis moins respectueux du cadre, c\u2019est autre chose qui se passe, cela ne se pose plus en ces termes. Mais globalement je me sens infiniment plus libre que quand j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 travailler avec lui. C\u2019est parce que j\u2019ai \u00e9volu\u00e9, je pense, et lui aussi.\u00a0[\u2026]\u00a0Sur ce spectacle de La Barque le soir, tout ce travail sur le prolongement des sensations \u00e0 travers le mouvement vient de moi. Claude ne me l\u2019a jamais demand\u00e9, c\u2019est moi qui lui ai propos\u00e9 pour une raison tr\u00e8s simple. Quand on a commenc\u00e9 \u00e0 travailler dans ce d\u00e9cor il m\u2019a dit \u00e9coute, j\u2019aimerais vraiment que tu sois \u00e0 cette place centrale. Moi, je n\u2019aime pas cette place centrale, c\u2019est trop expos\u00e9, j\u2019aurais plut\u00f4t tendance \u00e0 aller sur les c\u00f4t\u00e9s. J\u2019ai trouv\u00e9 ce moyen, de bouger. Ce n\u2019\u00e9tait pas une mani\u00e8re de contourner, il n\u2019y avait aucune provocation, mais c\u2019\u00e9tait plut\u00f4t : comment faire avec cette demande de Claude. S\u2019il me demandait \u00e7a, c\u2019est que pour lui \u00e7a avait quelque chose de fort, qu\u2019il voyait quelque chose que je ne voyais pas. Il disait, cette place centrale, elle fonctionne parfaitement. Je sais que c\u2019est quelqu'un d\u2019intuitif, je ne pouvais pas refuser sous pr\u00e9texte que \u00e7a ne me plaisait pas. J\u2019ai donc accept\u00e9 \u00e7a, mais par contre j\u2019ai trouv\u00e9 autre chose. J\u2019ai trouv\u00e9 ma mani\u00e8re d\u2019occuper cette place, ma mani\u00e8re \u00e0 moi d\u2019\u00eatre l\u00e0, en bougeant, en faisant ma vie avec cette place. C\u2019\u00e9tait une rencontre entre Claude et moi \u00e0 ce niveau-l\u00e0, qui a eu lieu alors qu\u2019on \u00e9tait pas forc\u00e9ment d\u2019accord. On retrouve cette histoire de conflit, de quelque chose qui se passe. Pour moi, la libert\u00e9 je l\u2019ai trouv\u00e9 \u00e0 cet endroit par exemple.\u00a0\u00bb<sup id=\"fnref1:122\"><a href=\"#fn:122\" class=\"footnote-ref\">51<\/a><\/sup><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Yann Boudaud n\u2019emploie pas le mot \u00ab\u00a0ma\u00eetre\u00a0\u00bb au sujet de Claude R\u00e9gy, comme Val\u00e9rie Dr\u00e9ville ou Jean-Quentin Ch\u00e2telain sont tr\u00e8s souvent amen\u00e9s \u00e0 le faire, alors m\u00eame qu\u2019il est peut-\u00eatre le plus \u00e0 m\u00eame d\u2019employer ce terme. Trop \u00e0 m\u00eame peut-\u00eatre, il est celui qui doit s\u2019affirmer comme acteur \u00e0 part enti\u00e8re, comme cr\u00e9ateur. Souvent on l\u2019entend m\u00eame \u00e9viter d\u2019affirmer l\u2019\u00e9vidence : quand Sabine Quiriconi commente  \u00ab\u00a0Ta vie de com\u00e9dien est extr\u00eamement li\u00e9e au parcours de R\u00e9gy.\u00a0\u00bb,  il r\u00e9pond \u00ab\u00a0Mon parcours est fait de ces ruptures, de ces besoins d\u2019arr\u00eater, de reprendre, de vivre, de voir les choses d\u2019une autre fa\u00e7on, je crois que c\u2019est \u00e7a qui caract\u00e9rise un peu mon parcours.\u00a0\u00bb<sup id=\"fnref1:123\"><a href=\"#fn:123\" class=\"footnote-ref\">52<\/a><\/sup> Alors qu\u2019objectivement sa vie de com\u00e9dien jusqu\u2019en 2016 \u00e9tait plus qu\u2019extr\u00eamement li\u00e9e \u00e0 Claude R\u00e9gy. Il est l\u2019acteur qui parle aussi de la mani\u00e8re la plus cart\u00e9sienne du travail avec R\u00e9gy, il n\u2019est plus question de myst\u00e8re, d\u2019inconnu, de transe, mais d\u2019exercice physique, de lecture du texte \u00e0 la table, d\u2019indication sur le rythme, de raccord lumi\u00e8re. L\u2019exp\u00e9rience que fait Boudaud du travail de R\u00e9gy est tr\u00e8s diff\u00e9rente de celle de Ch\u00e2telain. Le rendu final semble sur la m\u00eame ligne, comme creusant un m\u00eame sillon, mais certainement R\u00e9gy n\u2019a pas la m\u00eame relation de travail avec les deux acteurs. On pourrait accuser Yann Boudaud de faire preuve de laxisme \u00e0 travers cette prise de recul vis-\u00e0-vis du travail de Claude R\u00e9gy \u2013 et peut-\u00eatre \u00e0 travers lui d\u2019une certaine asc\u00e8se. Il serait plus int\u00e9ressant de le voir comme une r\u00e9appropriation de l\u2019oeuvre par l\u2019acteur qui s\u2019engouffre dans toutes les br\u00e8ches laiss\u00e9es vides par l\u2019absence grandissante du metteur en sc\u00e8ne. De la conflictualit\u00e9 na\u00eet la cr\u00e9ativit\u00e9, <em>R\u00eave et Folie<\/em> est peut-\u00eatre le lieu d\u2019un conflit entre l\u2019inestimable h\u00e9ritage Regien de Yann Boudaud et son envie d\u2019\u00e9mancipation. Entre sa n\u00e9cessit\u00e9 de travailler avec la seule personne qui pouvait lui offrir un travail aussi exigeant tout en souhaitant \u00eatre ailleurs, sortir du mythe R\u00e9gy, ne plus \u00eatre\u00a0<em>acteur de<\/em>, mais tout simplement acteur. Plus qu\u2019un conflit avec R\u00e9gy c\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre un conflit int\u00e9rieur qui a anim\u00e9 Yann Boudaud dans la cr\u00e9ation de ce spectacle.<br>\nAu-del\u00e0 de l\u2019exigence extr\u00eame des r\u00e9p\u00e9titions, la relation entre Anatoli Vassiliev et Val\u00e9rie Dr\u00e9ville semble, sur le temps du travail, tr\u00e8s strictement professionnelle. Dans <em>Face \u00e0 M\u00e9d\u00e9e<\/em>, Val\u00e9rie Dr\u00e9ville raconte l\u2019anecdote des anniversaires : <\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0J'ai le trac. \u201cOn fait une pause, et on f\u00eate ton anniversaire !\u201d Depuis que nous nous connaissons, pas une seule fois Vassiliev n\u2019a manqu\u00e9 de m'envoyer un mot pour mon anniversaire. Les Russes ne manquent aucune occasion de f\u00eater un \u00e9v\u00e9nement. Natacha a amen\u00e9 un bouquet de fleurs, du champagne.<br>\nEncore un flash-back, je me rappelle cette r\u00e9p\u00e9tition du dix mars 1991, au Th\u00e9\u00e2tre R\u00e9camier, \u00e0 Paris, o\u00f9 nous r\u00e9p\u00e9tions Bal masqu\u00e9. Je ne sais comment il avait su que c'\u00e9tait le jour de mon anniversaire, et comme aujourd\u2019hui, vingt-six ans plus tard, on arr\u00eate tout et on fait la f\u00eate. Dans ces moments-l\u00e0, il change compl\u00e8tement, il devient dr\u00f4le, joueur, d\u00e9tendu. On passe un beau moment, on finit bien avant l'heure et je rentre chez moi heureuse, pleine de ce moment de chaleur, de tendresse.<br>\nDurant le travail, nos relations ne sont pas bas\u00e9es sur les affects. Mais en un instant, lorsque nous passons d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 l\u2019autre, je le retrouve comme quelqu'un de proche, d\u2019intime.\u00a0\u00bb<sup id=\"fnref1:124\"><a href=\"#fn:124\" class=\"footnote-ref\">53<\/a><\/sup><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On pense aussi \u00e0 la lettre qu\u2019il lui fait parvenir pour savoir si elle est pr\u00eate \u00e0 reprendre ce travail physiquement et mentalement qui n\u2019\u00e9tait tendre ni pour la femme ni pour la com\u00e9dienne. Alors que Val\u00e9rie Dr\u00e9ville est en difficult\u00e9 dans le travail, Vassiliev fait na\u00eetre le conflit au sein de l\u2019actrice, il lui demande de choisir entre lui et sa pratique exigeante et les autres metteurs en sc\u00e8ne avec qui Val\u00e9rie Dr\u00e9ville a travaill\u00e9 et qu\u2019il juge plus laxistes : \u00ab\u00a0 Tu es en conflit avec deux m\u00e9thodes de travail oppos\u00e9es, celle que tu as pratiqu\u00e9e pendant onze ans, et maintenant, une nouvelle technique\u00a0\u00bb.<sup id=\"fnref1:125\"><a href=\"#fn:125\" class=\"footnote-ref\">54<\/a><\/sup> Certainement sait-il que c\u2019est un terrain sensible chez l\u2019actrice. Elle doit trancher, \u00eatre plus radicale, choisir la radicalit\u00e9. Comme Tania Balachova le pressentait, \u00e0 travers la confrontation le metteur en sc\u00e8ne cherche \u00e0 provoquer l\u2019acteur, \u00e0 le pousser \u00e0 donner plus, \u00e0 donner tout, \u00e0 se battre lui aussi. De cette remarque sur la conflictualit\u00e9 entre les m\u00e9thodes de travail, Anatoli Vassiliev fait dire \u00e0 Val\u00e9rie Dr\u00e9ville : \u00ab\u00a0Oui, je crois que j'ai confiance dans le travail, en vous, en moi, et puis, je l'aime ce travail, il n\u2019y a pas de raison que je perde confiance.\u00a0\u00bb. \u00c0 un autre moment du travail, elle raconte une confrontation directe entre elle et le metteur en sc\u00e8ne, cette confrontation l\u2019am\u00e8ne \u00e0 une \u00ab d\u00e9sinvolture\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 un l\u00e2cher-prise que l\u2019actrice Val\u00e9rie Dr\u00e9ville recherche beaucoup  : <\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Vassiliev interrompt la r\u00e9p\u00e9tition : C\u2019est la crise. Il explose. Il dit que c'est impossible de faire comme \u00e7a, il prend \u00e0 t\u00e9moin Ilya, tous ses collaborateurs. Je me sens humili\u00e9e et abandonn\u00e9e, mais cette fois, je n\u2019ai plus envie de pleurer et de me lamenter sur mon sort. C\u2019est plut\u00f4t une col\u00e8re froide. Je lui dis, en russe : \u201cJ'ai besoin d\u2019aide.\u201d Je r\u00e9p\u00e8te \u00e7a en boucle, je n\u2019ai rien d\u2019autre \u00e0 dire. Je me l\u00e8ve enfin de ce tr\u00f4ne de torture et je vais dans ma loge. Vassiliev me rejoint, je ne peux plus contenir ma col\u00e8re. Nous nous affrontons, pour la premi\u00e8re fois depuis que nous nous connaissons, depuis plus de vingt ans. Nous trouvons un accord : nous allons reprendre la r\u00e9p\u00e9tition, et recommencer le filage. Je retourne en sc\u00e8ne avec cette col\u00e8re froide et une certaine d\u00e9sinvolture, maintenant tout m'est \u00e9gal et je n'ai plus rien \u00e0 perdre.\u00a0\u00bb<sup id=\"fnref1:126\"><a href=\"#fn:126\" class=\"footnote-ref\">55<\/a><\/sup><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Finalement Vassiliev r\u00e9sume bien cela : \u00ab\u00a0Nous avons des int\u00e9r\u00eats diff\u00e9rents : toi tu dois veiller \u00e0 ta libert\u00e9 d\u2019actrice, et moi je dois mettre des limites, chacun son r\u00f4le. Toi, tu dois enregistrer ce cadre, mais aussi, l'oublier, le travail de toute fa\u00e7on va laisser son empreinte, et tu dois l\u2019oublier parce que ta nature va le faire un peu diff\u00e9remment, mais de fa\u00e7on tout aussi juste.\u00a0\u00bb<sup id=\"fnref1:127\"><a href=\"#fn:127\" class=\"footnote-ref\">56<\/a><\/sup> Le cadre est obligatoire pour arriver \u00e0 un travail ambitieux, mais si l\u2019acteur est trop soumis au cadre alors il va se faire \u00e9craser par celui-ci. Le metteur en sc\u00e8ne tout en mettant en place le cadre doit veiller \u00e0 ce que l\u2019acteur se r\u00e9volte, lutte contre celui-ci : pour qu\u2019il reste en vie.<br>\nPour Serge Merlin le conflit est ailleurs, peut \u00eatre plut\u00f4t dans son rapport \u00e0 la sc\u00e8ne. Quand on lui demande si le plateau de th\u00e9\u00e2tre est le lieu du bonheur Merlin r\u00e9agit vivement par la n\u00e9gative : \u00ab\u00a0Ah non ! Ah non ! Ah non ! C\u2019est tout sauf un bonheur\u2026 Seulement c\u2019est tout \u00e7a puisque c\u2019est tout le reste, mais c\u2019est d\u2019abord tout le reste, c\u2019est un dire un endroit d\u2019horreur quoi, d\u2019horreur pure.\u00bb<sup id=\"fnref1:128\"><a href=\"#fn:128\" class=\"footnote-ref\">57<\/a><\/sup>. Et si on lui demande s\u2019il est l\u00e0 pour lui, il r\u00e9pond de la m\u00eame fa\u00e7on \u00ab Non ! Ah non je ne serais jamais l\u00e0 pour moi. Ah \u00e7a, pour moi, c\u2019est pas l\u00e0 que je viendrais ! Oh, mais non, alors l\u00e0, le th\u00e9\u00e2tre, mais quelle horreur ! \u00bb<sup id=\"fnref1:129\"><a href=\"#fn:129\" class=\"footnote-ref\">58<\/a><\/sup> Et pourtant il y a une attractivit\u00e9 qui le pousse irr\u00e9m\u00e9diablement sur le plateau. Yannick Butel choisit d\u2019ouvrir son documentaire <em>Acteur de cristal<\/em> par les mots de Dr\u00e9ville sur la peur : \u00ab\u00a0On a toujours peur quand on commence. Apr\u00e8s aussi, mais elle change.\u00a0\u00bb<sup id=\"fnref1:130\"><a href=\"#fn:130\" class=\"footnote-ref\">59<\/a><\/sup> L\u2019actrice parle de son trac dans <em>Face \u00e0 M\u00e9d\u00e9e<\/em> : \u00ab\u00a0J'ai le trac : ce trac me ram\u00e8ne aussi au pass\u00e9. C'\u00e9tait un trac au-del\u00e0 du raisonnable, \u00e0 la mesure de l\u2019entreprise : impossible.\u00a0\u00bb<sup id=\"fnref1:131\"><a href=\"#fn:131\" class=\"footnote-ref\">60<\/a><\/sup>. \u00ab\u00a0\u00c0 chaque fois la m\u00eame sensation : un saut dans le vide.\u00a0\u00bb<sup id=\"fnref1:132\"><a href=\"#fn:132\" class=\"footnote-ref\">61<\/a><\/sup>. Jean-Quentin Ch\u00e2telain lui aussi compare \u00e7a \u00e0 l\u2019adr\u00e9naline d\u2019un saut en parachute<sup id=\"fnref1:133\"><a href=\"#fn:133\" class=\"footnote-ref\">62<\/a><\/sup>. L\u2019acteur a peur de la sc\u00e8ne et pourtant il y retourne toujours. Nous \u00e9crivions plus haut, au sujet des acteurs de R\u00e9gy, qu\u2019il semblait irr\u00e9aliste qu\u2019un acteur monte en sc\u00e8ne tout en sachant que le travail qui lui \u00e9tait demand\u00e9 \u00e9tait impossible, que sans un metteur en sc\u00e8ne de la trempe de Claude R\u00e9gy il n\u2019irait pas. Que ce soit par la provocation ou par la col\u00e8re de l\u2019acteur peut-\u00eatre que le metteur en sc\u00e8ne au travers de cette conflictualit\u00e9 se substitue en partie \u00e0 la peur du plateau. L\u2019acteur qui aime et hait son metteur sc\u00e8ne r\u00e9duit peut-\u00eatre d\u2019autant l\u2019amour-haine que tout com\u00e9dien aura pour le plateau de th\u00e9\u00e2tre. <\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Je parle \u00e0 Ilya de la peur. Ilya me dit que lui aussi a peur.<br>\nUn jour il demande \u00e0 Vassiliev : \u00ab\u00a0Je vous connais depuis quinze ans, et lorsque vous apparaissez mon coeur commence \u00e0 battre plus fort. Pourquoi ?\u00a0\u00bb Vassiliev a r\u00e9pondu : \u00ab\u00a0Et alors ? Tu crois que je n\u2019avais pas peur, moi, quand je rencontrais mon ma\u00eetre ?\u00a0<br>\nIlya a une th\u00e9orie \u00e0 ce sujet : le ma\u00eetre apporte un danger.<br>\n\u2014 \"Tu passes toutes les r\u00e9p\u00e9titions avec ce danger en face de toi, tu t\u2019ouvres \u00e0 ce danger, et quand arrive la premi\u00e8re, tu n'as plus rien \u00e0 craindre, le pire est derri\u00e8re toi ! \u00bb<sup id=\"fnref1:134\"><a href=\"#fn:134\" class=\"footnote-ref\">63<\/a><\/sup><\/p>\n<\/blockquote>\n<p><b>    e) L\u2019acteur savant<\/b><\/p>\n<p>Tania Balachova a trouv\u00e9 du sens dans sa recherche d\u2019actrice en enseignant \u00ab\u00a0\u00e7a se nourrit des m\u00eames mati\u00e8res c\u00e9r\u00e9brales, les cours et le jeu.\u00a0\u00bb<sup id=\"fnref1:135\"><a href=\"#fn:135\" class=\"footnote-ref\">64<\/a><\/sup> \u00ab\u00a0Les \u00e9l\u00e8ves m\u2019apportent plus que je ne leur apporte : c\u2019est que quand je travaille avec les \u00e9l\u00e8ves, je joue.\u00bb<sup id=\"fnref1:136\"><a href=\"#fn:136\" class=\"footnote-ref\">65<\/a><\/sup> Mais si on lui demande ce qui lui a le plus apport\u00e9, elle r\u00e9pond sans h\u00e9siter \u00ab\u00a0Jouer ! Ni mettre en sc\u00e8ne ni enseigner mais jouer.\u00bb<sup id=\"fnref1:137\"><a href=\"#fn:137\" class=\"footnote-ref\">66<\/a><\/sup> Au sujet d\u2019un th\u00e9\u00e2tre d\u2019exp\u00e9rimentation Val\u00e9rie Dr\u00e9ville fait le m\u00eame constat :<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0C\u2019est tr\u00e8s important dans notre m\u00e9tier la recherche parce qu\u2019on a de moins en moins l\u2019occasion de pouvoir le faire parce que les r\u00e9alit\u00e9s de production prennent le pas et au bout d\u2019un moment on ne peut plus s\u2018interroger sur notre r\u00f4le d\u2019acteur\u00a0parce qu\u2019on doit produire. [\u2026] Il faut trouver une mani\u00e8re de r\u00e9sister contre cette dictature du r\u00e9sultat parce que c\u2019est nocif pour le travail, pour le processus. Alors c\u2019est pas \u00e9vident : o\u00f9 trouver cet espace ? Moi je le trouve maintenant comme intervenante dans les \u00e9coles, dans la transmission, mais pas que. Il me faut me trouver dans cet espace en tant que com\u00e9dienne. \u00bb.<sup id=\"fnref1:138\"><a href=\"#fn:138\" class=\"footnote-ref\">67<\/a><\/sup><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Quelle place donner \u00e0 Tania Balachova dans l\u2019histoire du th\u00e9\u00e2tre fran\u00e7ais ? Pour le moment elle n\u2019existe que par le t\u00e9moignage qu\u2019en donnent ses anciens \u00e9l\u00e8ves. Pour le moment l\u2019histoire retient surtout le nom de grands metteurs en sc\u00e8ne ou de grands th\u00e9oriciens. Pourquoi ne retiendrons-nous pas le nom de Tania Balachova ? Est-ce \u00e0 cause du manque d\u2019\u00e9crits renseignant sa pratique ou bien \u00e0 cause du peu de cr\u00e9dibilit\u00e9 d\u2019une th\u00e9orie du jeu de l\u2019acteur bas\u00e9e en grande partie sur le r\u00eave ? Est-ce parce qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait finalement qu\u2019une professeure de th\u00e9\u00e2tre parisienne comme il y en a tant d\u2019autres et qui a juste eu la chance de voir d\u00e9filer sur ses planches quelques acteurs plus tard reconnus ? Peut-\u00eatre finalement n\u2019est-ce qu\u2019\u00e0 cause du fait qu\u2019elle ait \u00e9t\u00e9 avant tout une com\u00e9dienne et que notre modernit\u00e9 pr\u00eate plus de cr\u00e9dits aux \u00e9crits qu\u2019\u00e0 ceux qui donnent de leur voix. Nous avons pris le pari, le temps de ces quelques pages, d\u2019imaginer qu\u2019une actrice, dans sa pratique du m\u00e9tier, apprend et nourri un savoir, une connaissance profonde du th\u00e9\u00e2tre. Que dans un cours de th\u00e9\u00e2tre, une professeure peut avoir une pratique radicale, moderne et dont le savoir va r\u00e9sonner longtemps dans le monde th\u00e9\u00e2tral. Que, peut-\u00eatre, modestement, cette actrice, Tania Balachova, a, \u00e0 l\u2019\u00e9coute du plateau, commenc\u00e9 le croquis de ce que sera l\u2019acteur qui nous int\u00e9resse ici : l\u2019acteur de la Voix.<br>\nOn pourrait voir Val\u00e9rie Dr\u00e9ville comme simple t\u00e9moin du travail de Lupa, d\u2019Ostermeier, de Castelluci, de R\u00e9gy, de Vassiliev, de Vitez, de Fran\u00e7on ou la consid\u00e9rer comme une actrice somme qui s\u2019est construite de l\u2019incompatibilit\u00e9 des pratiques de tous ces metteurs en sc\u00e8ne. Qui a nourri une th\u00e9orie de l\u2019Acteur qui fait certainement d\u2019elle l\u2019une des personnalit\u00e9s les plus savantes du th\u00e9\u00e2tre contemporain. On ne s\u2019\u00e9loigne pas de notre propos sur la voix : Val\u00e9rie Dr\u00e9ville n\u2019utilisera jamais les mots de ceux qui savent pour d\u00e9finir son travail. <em>Face \u00e0 M\u00e9d\u00e9e<\/em> ou <em>Acteur de cristal<\/em> sont des documents rarissimes et pr\u00e9cieux ou l\u2019actrice nous parle directement avec nos mots. Autrement, pour apprendre d\u2019elle, il nous faut emprunter des chemins de traverse. De la m\u00eame mani\u00e8re, il nous est tr\u00e8s difficile de parler de Serge Merlin dans l\u2019exercice qui est le n\u00f4tre, c'est-\u00e0-dire dans la description des acteurs, de leurs profils, de leurs pratiques plut\u00f4t que dans la r\u00e9ception de leur jeu. Serge Merlin m\u00eame en entretien, m\u00eame hors sc\u00e8ne reste ailleurs, il n\u2019est pas vraiment l\u00e0. Peut-\u00eatre en apprendrons-nous plus sur eux et sur ce qu'ils ont \u00e0 nous dire du th\u00e9\u00e2tre \u00e0 l\u2019\u00e9coute de leurs outils, de leur art, de leur voix.<br>\nEnfin rajoutons que les acteurs de notre corpus ont fait des choix, des choix professionnels et artistiques, des choix ambitieux. Le choix de Val\u00e9rie Dr\u00e9ville de travailler et retravailler avec Vassilev. Le choix de Jean-Quentain Ch\u00e2telain de travailler et retravailler la forme monologique par quinze fois<sup id=\"fnref1:139\"><a href=\"#fn:139\" class=\"footnote-ref\">68<\/a><\/sup>. Le choix pour Yann Boudaud de travailler et retravailler le th\u00e9\u00e2tre de R\u00e9gy. Enfin le choix de Serge Merlin de travailler et retravailler certains auteurs, Samuel Beckett et Thomas Bernhard. Il ne nous faudrait pas r\u00e9duire les relations de fid\u00e9lit\u00e9 qui lient chacun de ces acteurs \u00e0 des metteurs en sc\u00e8ne, des auteurs, des formes \u00e0 une sorte de d\u00e9pendance ou de confort. Consid\u00e9rons au contraire que ce sont des relations d\u2019approfondissement du travail toujours plus intenses, toujours plus profondes, toujours plus pr\u00e9cises. Dans <em>Face \u00e0 M\u00e9d\u00e9e<\/em> Dr\u00e9ville l\u2019\u00e9crit encore comme un rappel : \u00ab\u00a0Je ne suis pas dans une troupe, je ne suis l\u2019actrice exclusive de personne, et c\u2019est une condition de ma libert\u00e9 que j\u2019assume. Je choisis, tant que possible, avec qui travailler.\u00a0\u00bb<sup id=\"fnref1:140\"><a href=\"#fn:140\" class=\"footnote-ref\">69<\/a><\/sup><\/p>\n<div class=\"footnotes\">\n<hr><ol><li id=\"fn:71\">\n<p>R\u00eave et Folie de Georg Trakl, m.e.s. Claude R\u00e9gy, Th\u00e9\u00e2tre Nanterre-Amandiere, Festival d\u2019Automne, Paris, 2016.<br>\nTexte :  Georg Trakl, \u00ab\u00a0R\u00eave et Folie\u00a0\u00bb in<em> Cr\u00e9puscule et d\u00e9clin suivi de S\u00e9bastien en r\u00eave et autres po\u00e8mes<\/em> (tard. Marc Petit et Jean-Claude Schneider), Paris, Gallimard, 1990. \u00a0<a href=\"#fnref1:71\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:72\">\n<p>Ce spectacle a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 pour la premi\u00e8re fois en 2002, c\u2019\u00e9tait un \u00ab\u00a0spectacle d\u2019\u00e9cole\u00a0\u00bb, une d\u00e9monstration du travail effectu\u00e9 par Val\u00e9rie Dr\u00e9ville \u00e0 l\u2019\u00e9cole d\u2019art dramatique de Moscou d\u2019Anatoli Vassiliev. Cette r\u00e9sidence permise gr\u00e2ce \u00e0 une bourse de la Villa M\u00e9dicis hors les murs a amen\u00e9 \u00e0 ce spectacle dont la premi\u00e8re en France a eu lieu au Festival d\u2019Avignon. Le spectacle est jou\u00e9 \u00e9pisodiquement jusqu\u2019en 2005. Il renait en 2017 de la volont\u00e9 de Val\u00e9rie Dr\u00e9ville, devenue artiste associ\u00e9e du Th\u00e9\u00e2tre National de Strasbourg. \u00a0<a href=\"#fnref1:72\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:73\">\n<p>Anatoli Vassiliev dans l\u2019Avant propos de <em>Face \u00e0 M\u00e9d\u00e9e<\/em> commente ce nombre de repr\u00e9sentations :<br>\n\u00ab\u00a0Au total, vingt repr\u00e9sentations \u00e0 Strasbourg et \u00e0 Paris lors de la seconde cr\u00e9ation de ce spectacle, c\u2019est d\u00e9cid\u00e9ment beaucoup trop peu. Et pourtant, un tel chemin, en terme d\u2019efforts, de temps et de vie d\u00e9pens\u00e9es pour un r\u00e9sultat assez insignifiant du point de vue du nombre de repr\u00e9sentations\u2026 Est-ce que c\u2019est vraiment bien ?\u00a0\u00bb<br>\nVal\u00e9rie Dr\u00e9ville, <em>Face \u00e0 M\u00e9d\u00e9e: Journal de r\u00e9p\u00e9tition<\/em>, Paris, Le Th\u00e9\u00e2tre d'Actes Sud-Papiers, 2018 \u00a0<a href=\"#fnref1:73\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:74\">\n<p><em>M\u00e9d\u00e9e-Mat\u00e9riau<\/em> de Heiner Muller, m.e.s. Anatoli Vassiliev, Th\u00e9\u00e2tre National de Strasbourg, 2017.<br>\nTexte : Heiner M\u00fcller, \u00ab\u00a0M\u00e9d\u00e9e-mat\u00e9riau\u00a0\u00bb in <em>Germania Mort \u00e0 Berlin et autres textes<\/em>, Paris, Les \u00e9ditions de minuits, 1985. \u00a0<a href=\"#fnref1:74\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:75\">\n<p><em>Une saison en enfer <\/em> de Arthur Rimbaud, m.e.s. Ulysse di Gregorio, Th\u00e9\u00e2tre du Lucernaire , 2017.<br>\nTexte : Arthur Rimbaud, Rimbaud : <em>Po\u00e9sies - Une saison en enfer<\/em> - Illuminations, Paris, Gallimard, 1999. \u00a0<a href=\"#fnref1:75\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:76\">\n<p><em>Extinction<\/em> de Thomas Berhard, m.e.s. Alain Fran\u00e7on et Blandine Masson, France Culture, 2011.<br>\nTexte : Thomas Bernhard (trad. Gilberte Lambrichs), <em>Extinction<\/em>, Paris, Gallimard, 1999. \u00a0<a href=\"#fnref1:76\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:77\">\n<p>Liste des collaborations entre Claude R\u00e9gy et les acteur de notre corpus :<br><strong> Yann Boudaud, Jean-Quentin Ch\u00e2telain et Val\u00e9rie Dr\u00e9ville ont jou\u00e9 ensemble sous la direction de Claude R\u00e9gy dans :<br><\/strong>\u2022 <em>Des couteaux dans les poules de David Harrower<\/em>, m.e.s. Claude R\u00e9gy, Nanterre-Amandiers, Paris, 2000.<br><strong>Yann Boudaud et Val\u00e9rie Dr\u00e9ville ont jou\u00e9 ensemble sous la direction de Claude R\u00e9gy dans :<br><\/strong>\u2022 <em>Quelqu\u2019un va venir<\/em> de Jon Fosse, m.e.s. Claude R\u00e9gy, Th\u00e9\u00e2tre Nanterre-Amandiers, Paris, 1999.<br>\n\u2022 <em>La mort de Tintagiles<\/em> de Maurice Maeterlinck, m.e.s. Claude R\u00e9gy, Th\u00e9\u00e2tre G\u00e9rard Philipe, Paris, 1997.<br><strong>Jean-Quentin Ch\u00e2telain et Val\u00e9rie Dr\u00e9ville ont jou\u00e9 sous la direction de Claude R\u00e9gy dans :<br><\/strong>\u2022 <em>La terrible voix de Satan<\/em> de Gregory Motton, m.e.s. Claude R\u00e9gy, Th\u00e9\u00e2tre G\u00e9rard Philipe, Festival d\u2019Automne, Paris, 1997.<br>\n\u2022 <em>Le Criminel<\/em> de Leslie Kaplan, m.e.s. Claude R\u00e9gy, Th\u00e9\u00e2tre de la Bastille, Festival d\u2019Automne, Paris, 1997.<br><strong>En plus de R\u00eave et Folie, Yann Boudaud a jou\u00e9 sous la direction de Claude R\u00e9gy dans : <\/strong><br>\n\u2022 <em>La Barque le soir<\/em> de Tarjei Vesaas, m.e.s. Claude R\u00e9gy, Ateliers Berthier, Festival d\u2019Automne, Paris, 2012.<br>\n\u2022 <em>Carnet d\u2019un Disparu<\/em> d'apr\u00e8s\u00a0un po\u00e8me anonyme, m.e.s. Claude R\u00e9gy, Kunsten FESTIVAL des Arts, Bruxelles, 2001.<br>\n\u2022 <em>Melancholia<\/em> d'apr\u00e8s\u00a0Jon Fosse, m.e.s. Claude R\u00e9gy, La Colline, Paris, 2001.<br>\n\u2022 <em>Holocauste<\/em> d'apr\u00e8s\u00a0Charles Reznikoff, m.e.s. Claude R\u00e9gy, La Colline, Paris, 1998.<br><strong>Jean-Quentin Ch\u00e2telain a jou\u00e9 sous la direction de Claude R\u00e9gy dans : <\/strong><br>\n\u2022 <em>Ode Maritime<\/em> de Fernando Pessoa, m.e.s. Claude R\u00e9gy, Th\u00e9\u00e2tre Vidy-Lausanne, Lausanne, 2009.<br>\n\u2022 <em>Homme sans but<\/em> d\u2019Arne Lygre, m.e.s. Claude R\u00e9gy, Ateliers Berthier, Festival d\u2019Automne, Paris, 2007.<br>\n\u2022 <em>Le Cerceau<\/em> de Victor Slavkine, m.e.s. Claude R\u00e9gy, Th\u00e9\u00e2tre Nanterre-Amandiers, Festival d\u2019Automne, Paris, 1990.<br><strong>Val\u00e9rie Dr\u00e9ville a jou\u00e9 sous la direction de Claude R\u00e9gy dans : <\/strong><br>\n\u2022 <em>Comme un chant de David<\/em> (trad. Henri Meschonnic), m.e.s. Claude R\u00e9gy, Th\u00e9\u00e2tre national de Bretagne, Rennes, 2005.<br>\n\u2022 <em>Variation sur la mort<\/em> de Jon Fosse, m.e.s. Claude R\u00e9gy, La Colline, Festival d\u2019Automne, Paris, 2003. \u00a0<a href=\"#fnref1:77\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:78\">\n<p><em>Fin de Partie <\/em> de Samuel Beckett, m.e.s. Alain Fran\u00e7on, Th\u00e9\u00e2tre de la Madeleine, 2011.\u00a0<a href=\"#fnref1:78\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:79\">\n<p>Programme de<em> La divine com\u00e9die<\/em> de Dante, 62e Festival d\u2019Avignon, Cour d\u2019honneur du palais des papes, 2008. + [URL : <a href=\"https:\/\/docplayer.fr\/35445124-La-divine-comedie-extraits.html\">https:\/\/docplayer.fr\/35445124-La-divine-comedie-extraits.html<\/a>] (consult\u00e9 en Juin 2020)\u00a0<a href=\"#fnref1:79\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:80\">\n<p>Yannick Butel, <em>Acteurs de cristal - Rencontre avec Val\u00e9rie Dr\u00e9ville<\/em>, Pays des Miroirs Productions, 2013.\u00a0<a href=\"#fnref1:80\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:81\">\n<p>Jean Pierre Chartier (real.), \u00ab\u00a0Le th\u00e9\u00e2tre d\u2019Artaud\u00a0\u00bb in <em>L'avenir est \u00e0 vous<\/em>, INA, 1965, 00:00:44 &amp; 00:03:10. + [URL : <a href=\"https:\/\/www.ina.fr\/video\/I13186781\">https:\/\/www.ina.fr\/video\/I13186781<\/a>] (consult\u00e9 en Juin 2020)\u00a0<a href=\"#fnref1:81\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:82\">\n<p>Ibid., 00:03:10.\u00a0<a href=\"#fnref1:82\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:83\">\n<p>Claude R\u00e9gy parle de l\u2019attachement qu\u2019il a \u00e0 Tania Balachova. La premi\u00e8re pi\u00e8ce qu\u2019il mettra en sc\u00e8ne <em>Dona Rosita<\/em> est de Frederico Garc\u00eda Lorca un po\u00e8te que Tania Balachova travailla et appr\u00e9cia. Lorsqu\u2019il aura \u00e0 mettre en sc\u00e8ne une pi\u00e8ce pour la Com\u00e9die fran\u00e7aise en 1990, Claude R\u00e9gy choisira <em>Huit-clos<\/em> de Jean-Paul Sartre, une pi\u00e8ce attach\u00e9e au nom de Tania Balachova : en 1944 c\u2019est elle qui fait la cr\u00e9ation du r\u00f4le d'In\u00e8s Serrano.<br>\n\u00ab Tania Balachova qui est une femme tout \u00e0 fait exceptionnelle, tous les gens qui sont pass\u00e9s par l\u00e0, je me rappelle de Zouk, je me rappelle de Vitez, Tatiana Moukhine, tous les gens qui sont pass\u00e9s par l\u00e0 ne peuvent pas l\u2019oublier, Balachova. C\u2019\u00e9tait un \u00eatre exceptionnel, d\u2019une g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 incroyable, d\u2019une intelligence et d\u2019une sensibilit\u00e9 qui ne faisait qu\u2019un et elle ne manipuler jamais les \u00eatres. C\u2019\u00e9tait un \u00e9change vivant extraordinaire. D\u2019ailleurs la vie est tr\u00e8s \u00e9trange parce que presque encore au cours j\u2019ai propos\u00e9 \u00e0 Balachova de jouer dans ma deuxi\u00e8me mise en sc\u00e8ne, c\u2019\u00e9tait une pi\u00e8ce de Pirandello qui s\u2019appelait <em>La vie que je t'ai donn\u00e9e<\/em> [\u2026] J\u2019ai aussi jou\u00e9 sous sa direction, je l\u2019ai dirig\u00e9. Ce sont des \u00e9changes \u00e0 tout niveau.\u00a0\u00bb in Laure Adler, <em>A voix nue 1\/5 avec Claude R\u00e9gy<\/em>, France Culture, 2006, 00:08:50. + [URL : <a href=\"https:\/\/www.franceculture.fr\/theatre\/claude-regy-je-sens-que-je-cherche-comme-une-bete-obscurement-quelque-chose\">https:\/\/www.franceculture.fr\/theatre\/claude-regy-je-sens-que-je-cherche-comme-une-bete-obscurement-quelque-chose<\/a>] (consult\u00e9 en Juin 2020) \u00a0<a href=\"#fnref1:83\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:84\">\n<p>Philippe Garbit, \u00ab\u00a0Impromptu de vacances - Tania Balachova (1\u00e8re diffusion : 21\/09\/1965\u00a0\u00bb in <em>Les nuits de France Culture<\/em>, France Culture, 2019, 00:35:30. + [URL : <a href=\"https:\/\/www.franceculture.fr\/emissions\/les-nuits-de-france-culture\/impromptu-de-vacances-tania-balachova-1ere-diffusion-21091965-0\">https:\/\/www.franceculture.fr\/emissions\/les-nuits-de-france-culture\/impromptu-de-vacances-tania-balachova-1ere-diffusion-21091965-0<\/a>] (consult\u00e9 en Juin 2020)\u00a0<a href=\"#fnref1:84\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a> <a href=\"#fnref2:84\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:86\">\n<p>Philippe Garbit, \u00ab Images et visages du th\u00e9\u00e2tre d'aujourd'hui - Entretien avec Tania Balachova 1\/2 (Date d'enregistrement : 04\/04\/1968)\u00a0\u00bb in <em>Les nuits de France Culture<\/em>, France Culture, 2015, 00:08:28. + [URL : <a href=\"https:\/\/www.franceculture.fr\/emissions\/les-nuits-de-france-culture\/images-et-visages-du-theatre-d-aujourd-hui-entretien-avec\">https:\/\/www.franceculture.fr\/emissions\/les-nuits-de-france-culture\/images-et-visages-du-theatre-d-aujourd-hui-entretien-avec<\/a>] (consult\u00e9 en Juin 2020)\u00a0<a href=\"#fnref1:86\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:87\">\n<p>Les rendez vous du conservatoire, <em>La recherche perp\u00e9tuelle et le d\u00e9passement des limites<\/em>, CNSAD, 2017,  00:51:55. + [URL :  <a href=\"https:\/\/academiecharlesdullin.fr\/conferences\/Val%C3%A9rie-Dr%C3%A9ville\/\">https:\/\/academiecharlesdullin.fr\/conferences\/Val\u00e9rie-Dr\u00e9ville\/<\/a>] \u00a0<a href=\"#fnref1:87\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:88\">\n<p>\u00ab\u00a0Claude R\u00e9gy \u00e7a a \u00e9t\u00e9 mon maitre heureusement pour moi je l\u2019ai d\u00e9couvert tardivement parce que j\u2019avais la capacit\u00e9 de r\u00e9sister. C\u2019est un envo\u00fbtement de travailler avec Claude. C\u2019est un sacerdoce. Mais il faut aussi savoir aller ailleurs. Parce que la force qu\u2019il nous apporte c\u2019est une exp\u00e9rience et il nous dit toujours vous ne me remercierez jamais\u2026\u00bb in Jo\u00eblle Gayot, \u00ab\u00a0Jean-Quentin Ch\u00e2telain en enfer\u00a0\u00bb in <em>Une saison au th\u00e9\u00e2tre<\/em>, France Culture, 2017, 00:22:25. + [URL : <a href=\"https:\/\/www.franceculture.fr\/emissions\/une-saison-au-theatre\/en-enfer-avec-jean-quentin-Ch%C3%A2telain\">https:\/\/www.franceculture.fr\/emissions\/une-saison-au-theatre\/en-enfer-avec-jean-quentin-Ch\u00e2telain<\/a>] (consult\u00e9 en Juin 2020)\u00a0<a href=\"#fnref1:88\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:89\">\n<p>Jean Pierre Chartier (real.), \u00ab\u00a0Le th\u00e9\u00e2tre d\u2019Artaud\u00a0\u00bb in <em>L'avenir est \u00e0 vous<\/em>, Op. Cit., 00:01:15.\u00a0<a href=\"#fnref1:89\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:90\">\n<p>Philippe Garbit, \u00ab\u00a0Impromptu de vacances - Tania Balachova\u00a0\u00bb, Op. Cit., 00:34:10.\u00a0<a href=\"#fnref1:90\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:91\">\n<p>Val\u00e9rie Dr\u00e9ville, <em>Face \u00e0 M\u00e9d\u00e9e: Journal de r\u00e9p\u00e9tition<\/em>, Arles, Le Th\u00e9\u00e2tre d'Actes Sud-Papiers, 2018, p. 12.\u00a0<a href=\"#fnref1:91\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:92\">\n<p>Ibid., p. 29.\u00a0<a href=\"#fnref1:92\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:93\">\n<p>Ibid., p. 31.\u00a0<a href=\"#fnref1:93\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:94\">\n<p>\u00ab\u00a0J\u2019ai l\u2019intuition que le visage de l\u2018acteur sera essentiel. Je voudrais que l\u2019on puisse voir la source de cette parole \u2013 et \u00e0 travers elle, voir l\u2019au-del\u00e0 de la parole, cet univers silencieux o\u00f9 les mots nous entra\u00eenent au-del\u00e0 d\u2018eux-m\u00eames... Je vais du coup continuer \u00e0 travailler avec les LED, qui ont le grand avantage de fonctionner sans que l\u2019on per\u00e7oive les appareils, sans que la source soit visible. Il n\u2019y a pas de faisceaux lumineux. On a l\u2018impression qu\u2019en m\u00eame temps qu\u2019il recr\u00e9e le texte, l\u2019acteur g\u00e9n\u00e8re la lumi\u00e8re, qu\u2019elle \u00e9mane de lui.\u00a0\u00bb in Entretiens avec Gilles Amalvi pour le Festival d\u02bcAutomne, Dossier de Presse du Th\u00e9\u00e2tre de Vidy, 2016, p. 9. + [URL : <a href=\"https:\/\/www.myra.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/dp-reve-et-folie.pdf\">https:\/\/www.myra.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/dp-reve-et-folie.pdf<\/a>] (consult\u00e9 en Juin 2020)\u00a0<a href=\"#fnref1:94\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:95\">\n<p>Philippe Garbit, \u00ab Images et visages du th\u00e9\u00e2tre d'aujourd'hui - Entretien avec Tania Balachova 2\/2\u00a0\u00bb in <em>Les nuits de France Culture<\/em>, France Culture, 2015, 00:08:15. + [URL : <a href=\"https:\/\/www.franceculture.fr\/emissions\/les-nuits-de-france-culture\/la-nuit-revee-de-catherine-arditi-images-et-visages-du-theatre\">https:\/\/www.franceculture.fr\/emissions\/les-nuits-de-france-culture\/la-nuit-revee-de-catherine-arditi-images-et-visages-du-theatre<\/a>] (consult\u00e9 en Juin 2020) \u00a0<a href=\"#fnref1:95\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:96\">\n<p>\u00ab\u00a0Elle nous a fait comprendre cela. Elle renversait la perspective. Pour prendre un exemple de la lutte de Balachova contre la tyrannie du sens, je citerai le travail qu'elle faisait faire sur le monologue de Ruy Blas : \u00ab Bon app\u00e9tit, messieurs, \u00f4 ministres int\u00e8gres \/ Conseillers vertueux \u00bb, etc. Elle le donnait \u00e0 jouer indiff\u00e9remment aux hommes et aux femmes, chose \u00e9galement scandaleuse : on voyait des filles dans le monologue de Ruy Blas, le sexe importait peu. Et le jeu consistait - primat de la notion de jeu sur la notion de sens - \u00e0 r\u00e9pondre instantan\u00e9ment aux injonctions lanc\u00e9es par Tania de sa place. On commen\u00e7ait : \u00ab Bon app\u00e9tit, messieurs... \u00bb, et puis Tania criait : \u00ab Amoureux. \u00bb \u00c0 ce moment, il fallait aussit\u00f4t jouer dans le ton amoureux la suite de texte, quel que f\u00fbt le sens des mots. Puis elle disait : \u00ab En col\u00e8re. \u00bb Ou : \u00ab \u00c9puis\u00e9. \u00bb Elle lan\u00e7ait les adjectifs. Et le jeu consistait \u00e0 \u00e9pouser instantan\u00e9ment le programme arbitraire fix\u00e9 par elle. Cet entra\u00eenement \u00e0 l'arbitraire assouplissait l'acteur. Je ne sais pas si elle avait \u00e9tabli une th\u00e9orie de ce qu'elle faisait, mais le r\u00e9sultat \u00e9tait consid\u00e9rable : elle parvenait \u00e0 d\u00e9gager l'acteur de tous les pr\u00e9jug\u00e9s, de tous les clich\u00e9s sur le sens du texte. On avait la preuve, ainsi, que le texte fonctionne toujours, quelle que soit la couleur sentimentale donn\u00e9e ici ou l\u00e0. Ce qui \u00e9merge alors, c'est une relecture compl\u00e8te de l'id\u00e9e de sens. En cela, Tania Balachova a jou\u00e9 un r\u00f4le immense. On reconna\u00eet les acteurs form\u00e9s par Balachova. Cela ne s'applique pas \u00e0 moi, mon jeu s'est constitu\u00e9 sur d'autres bases, plus tard.\u00a0\u00bb in \u00c9mile Copfermann, <em>Conversations avec Antoine Vitez<\/em>, Paris, P.O.L, 1999.<br>\nDans un entretien Tania Balachova pr\u00e9cise ses exercices, elle met l\u2019accent sur la dimension physique du r\u00f4le plus encore que sur la dimension psychologique :<br>\n\u00ab\u00a0Ouvrir les m\u00e2choires pour ne pas barrer le son et ne pas envoyer la voix vers l\u2019int\u00e9rieur mais simplement penser qu\u2019on parle vers l\u2019ext\u00e9rieur pour se faire entendre : c\u2019est beaucoup plus psychique que technique, la technique. [\u2026] Mais c\u2019est tout de m\u00eame de la technique parce qu\u2019il faut exercer les l\u00e8vres pour qu\u2019elles soient muscl\u00e9es, et que les m\u00e2choires s\u2019ouvrent [\u2026] Tous les timbres sont utilisables en somme pour un acteur au vu de l\u2019\u00e9ventail de r\u00f4le qu\u2019il est appel\u00e9 \u00e0 jouer. M\u00eame la voix perch\u00e9e, insupportable, peut \u00eatre utile pour certaines compositions. G\u00e9n\u00e9ralement j\u2019enseigne la technique par des jeux : je joue \u00e0 faire imaginer aux \u00e9l\u00e8ves qu\u2019ils doivent se faire entendre de l\u2019autre cot\u00e9 de la rivi\u00e8re, je leur demande d\u2019oublier le sens des mots, et de s\u2019amuser de faire des sons riches, de d\u00e9cupler certaines consonnes, de fa\u00e7on royale, tout \u00e7a ce sont des jeux mais le jour o\u00f9 il ont \u00e0 jouer Ruy Blas \u00e7a peut leur servir.\u00bb in Philippe Garbit, \u00ab\u00a0Impromptu de vacances - Tania Balachova\u00a0\u00bb, Op. Cit., 00:29:50. \u00a0<a href=\"#fnref1:96\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:97\">\n<p>Philippe Garbit, \u00ab\u00a0Impromptu de vacances - Tania Balachova\u00a0\u00bb, Op. Cit., 00:36:10.\u00a0<a href=\"#fnref1:97\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:98\">\n<p>Philippe Garbit, \u00ab Entretien avec Tania Balachova 1\/2\u00a0\u00bb, Op.Cit., 00:08:55.\u00a0<a href=\"#fnref1:98\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:99\">\n<p>Philippe Garbit, \u00ab Entretien avec Tania Balachova 2\/2\u00a0\u00bb, Op. Cit., 00:09:05.\u00a0<a href=\"#fnref1:99\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:100\">\n<p>\u00ab\u00a0Ce qu\u2019il faut essayer d\u2019insuffler aux acteurs, c\u2019est une nourriture \u00e0 la fois mentale et \u00e9motionnelle, qui leur permette d\u2019aller au-del\u00e0, comme je vais au-del\u00e0 par des tons surbas ou surforts, surcri\u00e9s.\u00bb<br>\nClaude R\u00e9gy, <em>\u00c9crits 1991-2011<\/em>, Besan\u00e7on, Les solitaires intempestifs, 2016, p. 83. \u00a0<a href=\"#fnref1:100\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:101\">\n<p>Jo\u00eblle Gayot, \u00ab\u00a0Jean-Quentin Ch\u00e2telain en enfer\u00a0\u00bb, Op. Cit., 00:23:00.<br>\nYann Boudaud partage la m\u00eame exp\u00e9rience :<br>\n\u00ab\u00a0Claude demande \u00e0 ses acteurs d\u2019\u00eatre dans un \u00e9tat de vigilance absolue, d\u2019observation int\u00e9rieure. Il passe beaucoup de temps \u00e0 nourrir les acteurs, \u00e0 leur donner des images, \u00e0 les soutenir, et en m\u00eame temps il demande aux acteurs de d\u00e9passer leur conditionnement d\u2019acteur.\u00a0\u00bb in Chlo\u00e9 Larmet, \u00abL\u2019importance du secret, Paroles crois\u00e9es sur la pratique du th\u00e9\u00e2tre avec Claude R\u00e9gy\u00a0\u00bb in <em>Th\u00e9\u00e2tre public. Claude R\u00e9gy, Regards crois\u00e9e<\/em>, n\u00b0234, Paris, 2019, p. 29.<br>\n\u00ab\u00a0La cr\u00e9ation s\u2019\u00e9tale sur trois mois : quinze jours \u00e0 la table et deux mois et demi sur le plateau. Il y a tout un travail de pr\u00e9paration avant les r\u00e9p\u00e9titions pendant lequel j\u2019\u00e9coute des musiques, je lis des textes, je vois des tableaux ou des films. Et ensuite avec Claude il y a un travail d\u2019enrichissement. On parle ensemble, on discute, on arr\u00eate, on reprend le travail. Le texte n\u2019est pas su quand on commence les r\u00e9p\u00e9titions, pour qu\u2019il n\u2019y ait pas de travail interpr\u00e9tatif pr\u00e9alable. On a le temps finalement que le texte rentre au fil des r\u00e9p\u00e9titions.\u00a0\u00bb in Chlo\u00e9 Larmet, \u00abParoles de Yann Boudaud\u00bb in <em>Exp\u00e9riences de voix<\/em>, Th\u00e8se de doctorat en Arts du spectacle Universit\u00e9 Jules Verne de Picardie, 2016, p. 437. \u00a0<a href=\"#fnref1:101\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:102\">\n<p>Les rendez vous du conservatoire,  <em>La recherche perp\u00e9tuelle et le d\u00e9passement des limites<\/em>, Op. Cit., 00:50:40.\u00a0<a href=\"#fnref1:102\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:103\">\n<p>Ibid.,  01:14:40. \u00a0<a href=\"#fnref1:103\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:104\">\n<p>Les rendez vous du conservatoire,  <em>La recherche perp\u00e9tuelle et le d\u00e9passement des limites<\/em>, Op. Cit., 01:27:55.<br>\nVal\u00e9rie Dr\u00e9ville parle souvent de \u00ab l\u00e9g\u00e8ret\u00e9\u00a0\u00bb et on retrouve dans ce terme ce que Vassiliev appelle \u00ab\u00a0le sourire int\u00e9rieur\u00a0\u00bb :<br>\n\u00ab\u00a0J\u2019aimerais bien parler de la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, j\u2019aimerais bien parler de \u00e7a. [\u2026] Parce que souvent quand on joue des drames ou de la trag\u00e9die on croit qu\u2019on doit souffrir, \u00eatre \u00e9mus, apporter de la douleur, etc. \u00bb in Yannick Butel, <em>Acteurs de cristal - Rencontre avec Val\u00e9rie Dr\u00e9ville<\/em>, Pays des Miroirs Productions, 2013, 00:26:40.<br>\nYann Boudaud parle aussi de cette l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 tr\u00e8s ch\u00e8re \u00e0 Val\u00e9rie Dr\u00e9ville au sujet de son travail avec Claude R\u00e9gy :<br>\n\u00ab\u00a0Je crois qu\u2019un des pi\u00e8ges du travail avec Claude c\u2019est de tomber dans quelque chose qui serait de l\u2019ordre de l\u2019expression de la douleur. Quelque chose de complaisant avec la douleur ou avec l\u2019image qu\u2019on se fait de la mort. Je pense que c\u2019est un \u00e9norme \u00e9cueil qu\u2019il cherche \u00e0 \u00e9viter. Donc oui, il m\u2019encourage vraiment \u00e0 aller vers cette l\u00e9g\u00e8ret\u00e9.\u00a0\u00bb in Chlo\u00e9 Larmet, \u00abParoles de Yann Boudaud\u00bb in <em>Exp\u00e9riences de voix<\/em>, Th\u00e8se de doctorat en Arts du spectacle Universit\u00e9 Jules Verne de Picardie, 2016, p. 464. \u00a0<a href=\"#fnref1:104\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:105\">\n<p>Philippe Garbit, \u00ab Entretien avec Tania Balachova 2\/2\u00a0\u00bb, Op. Cit., 00:07:40.\u00a0<a href=\"#fnref1:105\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:106\">\n<p>En 1968 Anatoli Vassiliev entre au Conservatoire d\u2019\u00e9tat d\u2019Art dramatique Lounatcharski de Moscou, il suit les cours de Maria Knebel. Celle-ci a travaill\u00e9 avec Stanislavski sur les \u00ab\u00a0actions physiques\u00a0\u00bb et la m\u00e9thode de \u00ab\u00a0l\u2019analyse-action\u00a0\u00bb. L\u2019Analyse-Action est d\u2019ailleurs un livre de Maria Knebel annot\u00e9 par Anatoli Vassiliev.<br>\nPour Yann Boudaud le travail technique de Claude R\u00e9gy s\u2019y apparente :<br>\n\u00ab\u00a0Depuis que j\u2019ai repris la collaboration avec Claude en 2012, je suis quand m\u00eame frapp\u00e9, aussi \u00e9trange cela puisse paraitre, de voir le nombre de points communs avec le travail de Stanislavski, en particulier tel qu\u2019il est d\u00e9crit par Maria Knebel dans L\u2019Analyse-action. Le d\u00e9ploiement de la vision int\u00e9rieure, le s\u00e9quen\u00e7age des actions, les pulsions d\u2019actions, le travail sur l\u2019origine du mouvement, l\u2019influence de la vision sur le corps: Claude ne parle pas de tout cela nomm\u00e9ment mais le r\u00e9sultat est extraordinairement proche.\u00a0\u00bb in Chlo\u00e9 Larmet, \u00abL\u2019importance du secret, Paroles crois\u00e9es sur la pratique du th\u00e9\u00e2tre avec Claude R\u00e9gy\u00a0\u00bb, Op. Cit. p. 29.  \u00a0<a href=\"#fnref1:106\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:107\">\n<p>\u00ab\u00a0C'\u00e9tait une recherche du jeu int\u00e9rieur : tout \u00e9tait bas\u00e9 sur le jeu int\u00e9rieur - \u00e9videmment tr\u00e8s d\u00e9riv\u00e9 de Stanislavski. Mais ce qu'il y a de formidable chez Tania, c'est qu'il n'y avait aucun dogmatisme dans son enseignement\u00a0\u00bb in Odile Quirot, <em>Grands entretiens, m\u00e9moire du th\u00e9\u00e2tre, Laurent Terzieff<\/em>, Part.3:Chap.31 : \u00ab\u00a0La le\u00e7on de Tania Balachova\u00a0\u00bb, Op.Cit., INA, 2010, 00:01:00.\u00a0<a href=\"#fnref1:107\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:108\">\n<p>\u00c9mile Copfermann, <em>Conversations avec Antoine Vitez<\/em>, Paris, P.O.L, 1999. \u00a0<a href=\"#fnref1:108\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:109\">\n<p>Les rendez vous du conservatoire,  <em>La recherche perp\u00e9tuelle et le d\u00e9passement des limites<\/em>, Op. Cit., 00:08:00.\u00a0<a href=\"#fnref1:109\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:110\">\n<p>\u00ab\u00a0J\u2019ai essay\u00e9 de rencontrer des metteurs en sc\u00e8ne avec qui je pourrais aborder de nouvelles questions, une autre fa\u00e7on de travailler. \u00c7a a \u00e9t\u00e9 le cas avec Krystian Lupa, et bien s\u00fbr j'y retrouvais une foule de points communs, \u00e0 commencer par le lexique, qui me relient \u00e0 l'\u00e9cole russe. Avec Thomas Ostermeier, diff\u00e9remment, j'ai aussi retrouv\u00e9 Stanislavki et Meyerhold.\u00a0\u00bb<br>\nVal\u00e9rie Dr\u00e9ville, <em>Face \u00e0 M\u00e9d\u00e9e: Journal de r\u00e9p\u00e9tition<\/em>, Arles, Le Th\u00e9\u00e2tre d'Actes Sud-Papiers, 2018, p. 26. \u00a0<a href=\"#fnref1:110\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:111\">\n<p>Philippe Garbit, \u00ab\u00a0Impromptu de vacances - Tania Balachova\u00a0\u00bb, Op. Cit., 00:16:15.\u00a0<a href=\"#fnref1:111\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:112\">\n<p>Ibid., 00:39:55.\u00a0<a href=\"#fnref1:112\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:113\">\n<p>Claude R\u00e9gy : \u00ab\u00a0Avec Jean-Quentin, on a toujours fait avec des difficult\u00e9s entre nous. C\u2019est officiel qu\u2019on a plut\u00f4t un rapport difficile. Et en m\u00eame temps il y a chez lui un go\u00fbt de revenir. Pendant une p\u00e9riode, il m\u2019a dit \u00ab il faut que je laisse passer au moins trois ans \u00e0 chaque fois parce que c\u2019est trop dur \u00bb. Entre L\u2019Homme sans but et Ode Maritime il n\u2019a pas mis de distance.\u00a0\u00bb<br>\nVincent Brayer, \u00ab\u00a0Entretien avec Claude R\u00e9gy\u00a0\u00bb in <em>Voyage dans les esth\u00e9tiques de Claude R\u00e9gy et Stanislas Nordey<\/em>, La Manufacture - Haute \u00c9cole des Arts de la Sc\u00e8ne, 2010, p. 91.<br>\nJean-Quentin Ch\u00e2telain : \u00ab\u00a0Il nous dit toujours vous ne me remercierez jamais parce que c\u2019est vrai qu\u2019on le d\u00e9teste quand on r\u00e9p\u00e8te avec lui parce qu\u2019il est tr\u00e8s dur et tr\u00e8s cruel avec nous. Mais c\u2019est parce qu\u2019il veut nous faire faire un grand voyage.\u00a0\u00bb in Jo\u00eblle Gayot, \u00ab\u00a0Jean-Quentin Ch\u00e2telain en enfer\u00a0\u00bb, Op. Cit., 00:22:45. \u00a0<a href=\"#fnref1:113\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:114\">\n<p>Entre 2001 et 2011, Yann Boudaud a jouer dans <em>Antoine et Cl\u00e9op\u00e2tre<\/em> mise en sc\u00e8ne par No\u00ebl Casale en 2006.\u00a0<a href=\"#fnref1:114\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:115\">\n<p>Claude R\u00e9gy : \u00ab\u00a0[Les acteurs Japonais] ont un comportement dans le travail que je ne retrouve pas avec des acteurs fran\u00e7ais, si extraordinaire soit-il, sauf peut \u00eatre chez Yann qui fait un travail qui me surprend tous\u00a0les soirs.\u00bb in Sabine Quiriconi (anim\u00e9 par), Rencontre avec Claude R\u00e9gy &amp; Alexandre Barry, Nanterre-Amandiers, 2016. 00:11:20 + [ URL : <a href=\"https:\/\/vimeo.com\/186821947\">https:\/\/vimeo.com\/186821947<\/a>] \u00a0<a href=\"#fnref1:115\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:116\">\n<p>\u00ab\u00a0Parfois [Claude R\u00e9gy] pousse tellement la chose \u00e0 son comble que ce qui le maintient en \u00e9veil pendant les r\u00e9p\u00e9titions, c\u2019est quand l\u2019acteur est \u00e0 la limite d\u2019on ne sait quoi, comme dans un pr\u00e9cipice et qu\u2019il se demande s\u2019il faut sauter ou non. C\u2019est une limite o\u00f9 l\u2019acteur se perd lui-m\u00eame, oublie m\u00eame son texte ou commence \u00e0 s\u2019effondrer en sanglots. [...] Tout d\u2019un coup l\u2019acteur se dit : \"mais c\u2019est l\u2019instant o\u00f9 on va crever.\" [...] C\u2019est pour ces raisons qu\u2019il est tr\u00e8s difficile d\u2019\u00eatre dans ses spectacles, mais c\u2019est aussi magnifique. [...] quelquefois, la lumi\u00e8re appara\u00eet, nous sommes lav\u00e9s, comme renaissant, avec une sorte d\u2019inqui\u00e9tude parce que la naissance est nouvelle. C\u2019est s\u00fbr qu\u2019il y a un travail sur la m\u00e9tamorphose, qu\u2019il demande aux acteurs de ne plus \u00eatre comme ils \u00e9taient avant.\u00a0\u00bb in Georges Banu, \u00abTravailler avec Claude R\u00e9gy\u00bb in <em>Claude R\u00e9gy, metteur en sc\u00e8ne d\u00e9raisonnable<\/em>, Alternatives th\u00e9\u00e2trales,1993,p. 10.\u00a0<a href=\"#fnref1:116\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:117\">\n<p>Yann Boudaud : \u00ab\u00a0J\u2019ai l\u2019impression que Claude me demande de descendre dans mon intimit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019injecter une part de mon autobiographie dans le travail, mais que cette intimit\u00e9 rejoint une sorte d\u2019intimit\u00e9 collective. J\u2019ai cette sensation dans le travail avec lui d\u2019\u00eatre au service de quelque chose de bien plus grand que l\u2019histoire qu\u2019il me propose \u00e0 travers le texte dont j\u2019ai la charge. Le texte de R\u00eave et folie parle de la recherche d\u2019une \u00e9l\u00e9vation : de la folie, de la mort et de la chute, mais aussi de la qu\u00eate de lumi\u00e8re.<br>\nEt je crois que ces questions ne me concernent pas seulement moi, ce sont des questions fondamentales sur la vie, sur la mort. De quoi suis-je constitu\u00e9 ? Que signifie \u00eatre un individu ? Comment vit-on ensemble ? D\u2019o\u00f9 vient-on ? Quels sont nos conditionnements familiaux, sociaux, politique ? Qu\u2019est ce que la libert\u00e9 ? Claude demande aux acteurs et \u00e0 toute l\u2019\u00e9quipe technique d\u2019aller chercher au-del\u00e0 de leurs propres conditionnements. Je me souviens de s\u00e9ances de travail o\u00f9 il me bousculait, me mettait face \u00e0 mes propres contradictions de professionnel, pour aller au-del\u00e0. Et peut-\u00eatre que c\u2019est ce que tout le monde cherche quelque part. Claude nous met, en tant qu\u2019acteur, dans une position de responsabilit\u00e9.\u00a0\u00bb in Chlo\u00e9 Larmet, \u00abL\u2019importance du secret, Paroles crois\u00e9es sur la pratique du th\u00e9\u00e2tre avec Claude R\u00e9gy\u00a0\u00bb, Op. Cit. p. 31.  \u00a0<a href=\"#fnref1:117\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:118\">\n<p>\u00ab\u00a0Il y a quelque chose qui est en train de changer, \u00e7a semble \u00eatre ext\u00e9rieur au travail mais en fait \u00e7a ne l\u2019est pas, c\u2019est le fait que Claude parle de sa disparition prochaine, de mani\u00e8re assez simple. Je crois que \u00e7a contribue \u00e0 apporter quelque chose de suppl\u00e9mentaire \u00e0 la nature de ce travail.\u00a0\u00bb in Chlo\u00e9 Larmet, \u00ab Paroles de Yann Boudaud (Entretient avec Sabine Quiriconi) \u00bb in <em>Exp\u00e9riences de voix<\/em>, Th\u00e8se de doctorat en Arts du spectacle Universit\u00e9 Jules Verne de Picardie, 2016, p. 449.  \u00a0<a href=\"#fnref1:118\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:119\">\n<p>Yann Boudaud : \u00ab\u00a0C\u2019est un travail infaisable en fait. J\u2019ai toujours l\u2019impression d\u2019effleurer les sensations que j\u2019\u00e9prouve, mais c\u2019est un travail ultra volatile. J\u2019ai comme l\u2019impression qu\u2019on court apr\u00e8s cette volatilit\u00e9 permanente. C\u2019est comme si le travail avec Claude c\u2019\u00e9tait le parfum des choses et non pas la chose, parce que la chose sit\u00f4t dite, sit\u00f4t \u00e9prouv\u00e9e, ressentie elle s\u2019\u00e9chappe tout de suite.\u00a0\u00bb in Chlo\u00e9 Larmet, \u00abParoles de Yann Boudaud (Entretient avec Sabine Quiriconi)\u00bb in <em>Exp\u00e9riences de voix<\/em>, Op.Cit., p.435. \u00a0<a href=\"#fnref1:119\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:120\">\n<p>Chlo\u00e9 Larmet, \u00ab Paroles de Yann Boudaud (Entretien r\u00e9alis\u00e9 par Chlo\u00e9 Larmet) \u00bb in <em>Exp\u00e9riences de voix<\/em>, Op. Cit., p. 444.\u00a0<a href=\"#fnref1:120\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:121\">\n<p>Chlo\u00e9 Larmet, \u00ab Paroles de Yann Boudaud (Entretien r\u00e9alis\u00e9 par Sabine Quiriconi) \u00bb in <em>Exp\u00e9riences de voix<\/em>, Op. Cit., p. 449.\u00a0<a href=\"#fnref1:121\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:122\">\n<p>Ibid., p. 463.<br>\n\u00ab\u00a0Il y a le travail qu\u2019on fait avec Claude, et il y a le travail que je fais tout seul, en dehors de lui. Tout comme il y a des choses que je ne peux pas demander \u00e0 Claude et que je demande \u00e0 d\u2019autres personnes qui connaissent tr\u00e8s bien mon travail. Il y a des endroits o\u00f9 je ne peux pas demander de l\u2019aide \u00e0 Claude, il ne me la donnera pas, au contraire parfois il va m\u2019enfoncer. [\u2026] Claude dit qu\u2019il n\u2019y a pas de personnage et je le comprends. Il n\u2019y en a pas, c\u2019est un texte qui parle d\u2019un personnage. Mais \u00e7a ne m\u2019emp\u00eache pas d\u2019aller chercher ce personnage, d\u2019aller travailler aussi sur les \u00e9crits de Stanislavski sur la ligne des actions physiques. J\u2019ai l\u2019impression en lisant ces derniers \u00e9crits de Stanislavski de faire un travail similaire mais non r\u00e9v\u00e9l\u00e9, invisible. C\u2019est le processus que je vis, \u00e7a ne se verra pas et c\u2019est tr\u00e8s bien parce que l\u2019objet n\u2019est pas forc\u00e9ment de montrer mais de vivre. C\u2019est tr\u00e8s puissant ce qu\u2019il raconte Stanislavski, moi je tombe quand je lis \u00e7a. Il comprend un truc sur l\u2019origine du mouvement, c\u2019est puissant ! Je suis en contact avec toute cette mati\u00e8re. C\u2019est tr\u00e8s important pour moi de me d\u00e9gager de l\u2019univers qui appartient en propre \u00e0 Claude pour aller ramener des choses compl\u00e9mentaires, diff\u00e9rentes.\u00a0\u00bb in Chlo\u00e9 Larmet, \u00ab Paroles de Yann Boudaud (Entretien r\u00e9alis\u00e9 par Sabine Quiriconi) \u00bb in <em>Exp\u00e9riences de voix<\/em>, Op. Cit., p. 460. \u00a0<a href=\"#fnref1:122\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:123\">\n<p>Chlo\u00e9 Larmet, \u00abParoles de Yann Boudaud\u00bb in <em>Exp\u00e9riences de voix<\/em>, Th\u00e8se de doctorat en Arts du spectacle Universit\u00e9 Jules Verne de Picardie, 2016, p. 450. \u00a0<a href=\"#fnref1:123\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:124\">\n<p>Val\u00e9rie Dr\u00e9ville, <em>Face \u00e0 M\u00e9d\u00e9e: Journal de r\u00e9p\u00e9tition<\/em>, Paris, Le Th\u00e9\u00e2tre d'Actes Sud-Papiers, 2018, p. 53.\u00a0<a href=\"#fnref1:124\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:125\">\n<p>Ibid., p. 75.\u00a0<a href=\"#fnref1:125\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:126\">\n<p>Ibid., p. 108.<br>\nElle conclut page 109 : \u00ab\u00a0Ce jour aura \u00e9t\u00e9 d\u00e9cisif dans le processus du travail. J'avais besoin de prendre de la distance vis-\u00e0-vis de Vassiliev, de transformer les modalit\u00e9s d\u2019une relation ancienne, de prendre les r\u00eanes, de me faire confiance. Ce filage me montre que mes doutes n\u2019ont plus de raison d'\u00eatre, que je poss\u00e8de la ma\u00eetrise de ce travail, et que le plus important est sans doute la position int\u00e9rieure et la construction pr\u00e9alable. La col\u00e8re a expuls\u00e9 toute l'angoisse accumul\u00e9e depuis des semaines.\u00a0\u00bb \u00a0<a href=\"#fnref1:126\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:127\">\n<p>Val\u00e9rie Dr\u00e9ville, <em>Face \u00e0 M\u00e9d\u00e9e: Journal de r\u00e9p\u00e9tition<\/em>, Paris, Le Th\u00e9\u00e2tre d'Actes Sud-Papiers, 2018, p. 62.\u00a0<a href=\"#fnref1:127\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:128\">\n<p>Jo\u00eblle Gayot, \u00ab\u00a0Samuel Beckett \/ Serge Merlin \/ La derni\u00e8re bande\u00a0\u00bb in <em>Changement de d\u00e9cor<\/em>, France Culture, 2012, 00:02:50.\u00a0<a href=\"#fnref1:128\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:129\">\n<p>Laure Adler, \u00ab\u00a0Serge Merlin: \"Je suis mal-aim\u00e9\"\u00a0\u00bb in <em>Hors-Champs<\/em>, France Culture, 2016, 00:28:40. + [URL : <a href=\"https:\/\/www.franceculture.fr\/emissions\/hors-champs\/serge-merlin-je-suis-mal-aime\">https:\/\/www.franceculture.fr\/emissions\/hors-champs\/serge-merlin-je-suis-mal-aime<\/a>] (consult\u00e9 en Juin 2020) \u00a0<a href=\"#fnref1:129\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:130\">\n<p>Yannick Butel, <em>Acteurs de cristal - Rencontre avec Val\u00e9rie Dr\u00e9ville<\/em>, Pays des Miroirs Productions, 2013, 00:00:35.\u00a0<a href=\"#fnref1:130\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:131\">\n<p>Val\u00e9rie Dr\u00e9ville, <em>Face \u00e0 M\u00e9d\u00e9e: Journal de r\u00e9p\u00e9tition<\/em>, Paris, Le Th\u00e9\u00e2tre d'Actes Sud-Papiers, 2018, p. 72.\u00a0<a href=\"#fnref1:131\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:132\">\n<p>Ibid., p. 119.\u00a0<a href=\"#fnref1:132\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:133\">\n<p>Yannick Butel, <em>Jean-Quentin Ch\u00e2telain | Un Entretie<\/em>n, L\u2019insens\u00e9-Sc\u00e8nes, Juillet 2018, 00:02:40. \u00a0<a href=\"#fnref1:133\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:134\">\n<p>Val\u00e9rie Dr\u00e9ville,<em>Face \u00e0 M\u00e9d\u00e9e: Journal de r\u00e9p\u00e9tition<\/em>, Paris, Le Th\u00e9\u00e2tre d'Actes Sud-Papiers, 2018, p. 92.\u00a0<a href=\"#fnref1:134\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:135\">\n<p>Philippe Garbit, \u00ab Entretien avec Tania Balachova 2\/2\u00a0\u00bb, Op. Cit., 00:20:25.\u00a0<a href=\"#fnref1:135\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:136\">\n<p>Ibid., 00:16:55.\u00a0<a href=\"#fnref1:136\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:137\">\n<p>Ibid., 00:14:45\u00a0<a href=\"#fnref1:137\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:138\">\n<p>Les rendez-vous du conservatoire, <em>La recherche perp\u00e9tuelle et le d\u00e9passement des limites<\/em>, Op. Cit., 00:02:50.\u00a0<a href=\"#fnref1:138\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:139\">\n<p>Liste des monologues de Jean-Quentain Ch\u00e2telain :<br><strong>En plus de Une saison en enfer, Jean-Quentin Ch\u00e2telain joue seul en sc\u00e8ne dans :<br><\/strong>\u2022 Mars de Fritz Zorn, m.e.s. Darius Peyamiras, Centre Culturel Suisse, Paris, 1986.<br>\n\u2022 Ex\u00e9cuteur 14 de Adel Hakim, m.e.s. Adel Hakim, Th\u00e9\u00e2tre G\u00e9rard Philipe, Paris, 1991.<br>\nPremier amour de Samuel Beckett, m.e.s. Jean-Michel Meyer, Th\u00e9\u00e2tre de la Bastille, Paris, 1999.<br>\nKaddish pour l\u2019enfant qui ne na\u00eetra pas de Imre Kert\u00e9sz, m.e.s. Jo\u00ebl Jouanneau, Th\u00e9\u00e2tre Ouvert, Paris, 2004.<br>\n\u2022 Ode Maritime de Fernando Pessoa, m.e.s. Claude R\u00e9gy, Th\u00e9\u00e2tre Vidy-Lausanne, Lausanne, 2009.<br>\n\u2022 J\u2019ai pass\u00e9 ma vie \u00e0 chercher l\u2019ouvre-bo\u00eetes de M.D. Barth\u00e9l\u00e9my, m.e.s. Jean-Quentin Ch\u00e2telain, Th\u00e9\u00e2tre Vidy-Lausanne, 2011.<br>\n\u2022 Lettre au p\u00e8re de Franz Kafka, m.e.s. Jean-Yves Ruf, Th\u00e9\u00e2tre Vidy-Lausanne, Lausanne, 2012.<br>\n\u2022 Gros-C\u00e2lin d'apr\u00e8s\u00a0Romain Gary, m.e.s. B\u00e9rang\u00e8re Bonvoisin, Th\u00e9\u00e2tre de l'\u0152uvre, Paris, 2013.<br>\n\u2022 Bourlinguer d'apr\u00e8s\u00a0Blaise Cendrars, m.e.s. Darius Peyamiras, Le Poche-Gen\u00e8ve, Gen\u00e8ve, 2014.<br>\nC\u2019est la vie ! de Peter Turrini, m.e.s. Charlie Brozzoni, Bonlieu Sc\u00e8ne nationale, Annecy, 2015.<br>\nPour Louis de Fun\u00e8s de Val\u00e8re Novarina, m.e.s. Val\u00e8re Novarina, Bonlieu Sc\u00e8ne nationale, Annecy, 2016.<br>\n\u2022 Evgu\u00e9nie Sokolov d\u2019apr\u00e8s Serge Gainsbourg, m.e.s. Charlotte L\u00e9vy-Markovitch, Th\u00e9\u00e2tre du Petit Saint-Martin, Paris, 2020.<br>\n\u2022 Manuel d\u2019exil d\u2019apr\u00e8s Velibor \u010coli\u0107, m.e.s. Maya B\u00f6sch, Th\u00e9\u00e2tre Saint-Gervais, Gen\u00e8ve, 2020.<br>\n\u2022 Moby Dick Ou Les Enfants de Rachel d'apr\u00e8s\u00a0Herman Melville, m.e.s. Stuart Seide, (en cr\u00e9ation). \u00a0<a href=\"#fnref1:139\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:140\">\n<p>Val\u00e9rie Dr\u00e9ville, <em>Face \u00e0 M\u00e9d\u00e9e: Journal de r\u00e9p\u00e9tition<\/em>, Paris, Le Th\u00e9\u00e2tre d'Actes Sud-Papiers, 2018, p. 26.<br>\nSi une figure se d\u00e9tache de notre corpus, c\u2019est celle de Val\u00e9rie Dr\u00e9ville. Elle est de tous les combats, \u00e0 un lien de travail ou de filiation avec toutes les personnalit\u00e9s que nous \u00e9voquons dans notre travail. Elle peut, dans une r\u00e9ponse \u00e0 la question \u00ab\u00a0Antoine Vitez concevait le th\u00e9\u00e2tre comme le lieu de  \u2018\u2019l\u2019exercice perp\u00e9tuel\u2019\u2019. Revendiquez-vous cette approche de la sc\u00e8ne ?\u00a0\u00bb, faire une r\u00e9ponse citant Anatoli Vassiliev, Antoine Vitez, Tania Balachova et Claude R\u00e9gy tout en d\u00e9finissant les sp\u00e9cificit\u00e9s de chacun et en prenant position dans ce terrain qu\u2019elle dessine :<br>\n\u00ab\u00a0Oui, certainement... Il s\u2019est trouv\u00e9 que sa disparition a cr\u00e9\u00e9 le besoin de continuer dans sa direction. J\u2019\u00e9tais \u00e0 la Com\u00e9die Fran\u00e7aise, je sentais qu\u2019il y avait une pression tr\u00e8s forte pour que je devienne \u00ab professionnelle \u00bb mais je ne m\u2019en sentais pas les armes, j\u2019avais encore envie d\u2019apprendre. Il m\u2019a fallu aller chercher ailleurs, et j\u2019ai eu la chance de rencontrer Anatoli Vassiliev qui, d\u2019une certaine fa\u00e7on, poursuit une id\u00e9e similaire. M\u00eame si le travail est sensiblement diff\u00e9rent, j\u2019ai retrouv\u00e9 des \u00e9l\u00e9ments d\u2019enseignement d\u2019Antoine Vitez dans l\u2019histoire du th\u00e9\u00e2tre russe. Par exemple, cette fa\u00e7on de revendiquer de \u00ab pouvoir tout jouer \u00bb... j\u2019ai r\u00e9cemment entendu Vassiliev y faire r\u00e9f\u00e9rence en interview et, lui, avait h\u00e9rit\u00e9 cette approche du th\u00e9\u00e2tre de Tania Balachova, issue de l\u2019\u00e9cole de Stanislavki. C\u2019est un continuum tr\u00e8s fort, pour moi. Autre chose que je crois avoir apprise d\u2019Anatoli Vassiliev, c\u2019est que tout est objectivable. Jouer n\u2019est ni une histoire de temp\u00e9rament, de talent ou de gr\u00e2ce, c\u2019est une question de travail, de r\u00e9flexion sur ce qu\u2019est \u00eatre acteur. Il y a toujours une raison objective, par exemple, qui fait qu\u2019un acteur n\u2019est parfois pas dans l\u2019image \u00ab juste \u00bb. Il la trouve alors par \u00e9limination, par exc\u00e8s. On ne peut jamais savoir avant, on avance dans l\u2019obscurit\u00e9. Un com\u00e9dien existe lorsqu\u2019il sait ce qu\u2019il fait. M\u00eame s\u2019il n\u2019est pas encore \u00e0 l\u2019endroit juste, il y va, il y travaille et il n\u2019y a ni de quoi se d\u00e9sesp\u00e9rer, ni de quoi s\u2019enthousiasmer \u00e0 l\u2019exc\u00e8s. Il faut toujours apprendre, parce que rien n\u2019est jamais acquis. Quant \u00e0 Claude R\u00e9gy, c\u2019est tout \u00e0 fait diff\u00e9rent. Il a une telle conception du jeu, de ce qu\u2019est la sc\u00e8ne, qu\u2019il a \u00e9videmment \u00e9t\u00e9 fondamental, mais pas du tout dans le sens de cette connaissance du travail \u00e0 acqu\u00e9rir, de diff\u00e9rents styles \u00e0 parcourir, pas dans le sens de l\u2019exercice perp\u00e9tuel et de \u00ab faire th\u00e9\u00e2tre de tout\u00bb comme pouvait l\u2019inciter Vitez ou Vassiliev. R\u00e9gy apporte le \u00abd\u00e9faire\u00bb, la d\u00e9construction, le retour au vide. C\u2019est une forme de construction mais par la n\u00e9gation. Son th\u00e9\u00e2tre n\u00e9cessite l\u2019action forte d\u2019un metteur en sc\u00e8ne ou d\u2019un professeur sur un acteur pour arriver au but. Ce n\u2019est pas un th\u00e9\u00e2tre que l\u2019on peut fabriquer seul. D\u2019une certaine mani\u00e8re, cela doit faire partie de moi ce go\u00fbt du \u00ab non-faire \u00bb, mais c\u2019est pour moi un myst\u00e8re total que le th\u00e9\u00e2tre de Claude R\u00e9gy! Contrairement \u00e0 Vassiliev, d\u2019ailleurs, dont je vois tr\u00e8s concr\u00e8tement la ligne d\u2019action.\u00a0\u00bb in Eve Beauvallet, <em>Entretien avec Val\u00e9rie Dr\u00e9ville<\/em>, Dossier de Presse. Paroles d\u2019acteurs, Val\u00e9rie Dr\u00e9ville, Festival d\u2019Automne, 2011, p. 7. + [ URL :  <a href=\"https:\/\/www.festival-automne.com\/uploads\/Publish\/evenement\/1511\/DP.11Paroles_dacteurs.pdf\">https:\/\/www.festival-automne.com\/uploads\/Publish\/evenement\/1511\/DP.11Paroles_dacteurs.pdf<\/a> ] \u00a0<a href=\"#fnref1:140\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<\/ol><\/div>\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cet article est un extrait de mon m\u00e9moire de Master : &quot;L\u2019acteur de la Voix, de la vibration au mouvement&quot;. Document PDF : MEMOIRE_MAVROMATIS Apr\u00e8s avoir dessin\u00e9 cette cartographie de voix, nous nous proposons d\u2019en choisir quatre. Quatre voix qui formeront un corpus et qui seraient comme des guides dans notre \u00e9tude. Volontairement ces voix [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":224,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/223"}],"collection":[{"href":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=223"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/223\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":538,"href":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/223\/revisions\/538"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/224"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=223"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=223"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=223"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}