{"id":228,"date":"2021-04-10T04:55:00","date_gmt":"2021-04-10T02:55:00","guid":{"rendered":"http:\/\/mateo.mavromatis.org\/?p=228"},"modified":"2022-10-30T08:05:53","modified_gmt":"2022-10-30T07:05:53","slug":"2-2-solo-la-forme-monologique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/2021\/04\/10\/2-2-solo-la-forme-monologique\/","title":{"rendered":"2.2. Solo \u2013 La forme Monologique"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Cet article est un extrait de mon m\u00e9moire de Master : &quot;L\u2019acteur de la Voix, de la vibration au mouvement&quot;.<\/em> <\/p>\n<p>Document PDF : <a href=\"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/MEMOIRE_MAVROMATIS_Lacteur-de-la-Voix-de-la-vibration-au-mouvement..pdf\" title=\"MEMOIRE_MAVROMATIS_L\u2019acteur de la Voix, de la vibration au mouvement.\">MEMOIRE_MAVROMATIS<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p>Au-del\u00e0 de ces similitudes qui croisent et d\u00e9finissent les acteurs de notre corpus, il y a le choix d\u2019une forme qui les unit et les distingue de la majorit\u00e9 des spectacles qui se jouent au th\u00e9\u00e2tre : celle du seul en sc\u00e8ne. C\u2019est un parti pris qui justifie un dispositif minimal, l\u2019acteur proche des spectateurs, les spectateurs en petit nombre. C\u2019est une forme qui bien souvent r\u00e9sume le th\u00e9\u00e2tre \u00e0 une performance d\u2019acteur : la lumi\u00e8re, le son, la sc\u00e9nographie sont \u00e0 son service. Que ce soit la voute \u00e9clairant le visage de Yann Boudaud, la chaise de Dr\u00e9ville, le dispositif microphonique de Serge Merlin, ou le cercle de sable entourant Jean-Quentin Ch\u00e2telain. Le monologues met en sc\u00e8ne l\u2019acteur, au moment de la confrontation avec le public il est d\u00e9cisionnaire, c\u2019est \u00e0 lui que revient la responsabilit\u00e9 du spectacle. Le solo c\u2019est aussi par nature une performance, un acteur qui doit tenir sur une heure, parfois plus, seul, sur le fil. Pour Jean-Quentin Ch\u00e2telain ce temps, qui est aussi tension, c\u2019est la force du seul en sc\u00e8ne : \u00ab Mes rencontres ce sont souvent des choses de soliste, parce que ce sont des \u0153uvres et la transe est possible dans la dur\u00e9e. Quand on est lanc\u00e9 pour une heure et demie, une heure et quart ou une heure cinquante, deux heures de solitude, d\u2019affronter une travers\u00e9e. La transe s\u2019obtient par la dur\u00e9e. C\u2019est comme un derviche tourneur il a besoin de se lancer pour arriver \u00e0 cet \u00e9tat. Le solo me permet ce plaisir.\u00bb<sup id=\"fnref1:141\"><a href=\"#fn:141\" class=\"footnote-ref\">1<\/a><\/sup> C\u2019est une forme qui expose un acteur, on ne regarde plus que lui, on n\u2019\u00e9coute plus que lui.<\/p>\n<p><b>    a) \u00c0 qui s\u2019adresse-t-il ?<\/b><\/p>\n<p>Avant tout le solo repose l\u2019une des questions fondamentales du th\u00e9\u00e2tre, celle de l\u2019adresse : \u00e0 qui parle l\u2019acteur qui n\u2019a plus de r\u00e9plique, de partenaire de jeu ? Ou, pour l\u2019\u00e9crire diff\u00e9remment, quel est le partenaire de jeu de l\u2019acteur seul ?<br>\nIl nous faut commencer par mettre de c\u00f4t\u00e9 la r\u00e9ponse la plus \u00e9vidente qui consisterait \u00e0 penser que la chute du quatri\u00e8me mur sous-entendrait forc\u00e9ment une adresse au public. \u00c9videment il y a des spectateurs, mais de l\u00e0 \u00e0 dire qu\u2019ils sont les premiers destinataires du travail, rien n\u2019est moins s\u00fbr. Val\u00e9rie Dr\u00e9ville raconte comment les premi\u00e8res repr\u00e9sentations du <em>Bal Masqu\u00e9<\/em> \u00e0 la Com\u00e9die Fran\u00e7aise l\u2019ont conduite \u00e0 red\u00e9finir avec Vassiliev la place et l\u2019importance du public : \u00ab Apr\u00e8s la premi\u00e8re, je lui avais pos\u00e9 la question : comment retrouver cette intimit\u00e9 dans la situation de la repr\u00e9sentation et sp\u00e9cialement dans un tel contexte. Il m\u2019avait dit : \u201cPense que tu ne joues pas pour le public, mais que tu exerces ton art en pr\u00e9sence du public.\u201d Ce conseil m\u2019a profond\u00e9ment marqu\u00e9, et je n\u2019ai pas cess\u00e9 d\u2019y repenser, \u00e0 chaque fois que je me suis retrouv\u00e9e dans ce passage entre la r\u00e9p\u00e9tition et la repr\u00e9sentation. \u00bb<sup id=\"fnref1:142\"><a href=\"#fn:142\" class=\"footnote-ref\">2<\/a><\/sup> Jean-Quentin Ch\u00e2telain approuve et cite Dr\u00e9ville<sup id=\"fnref1:143\"><a href=\"#fn:143\" class=\"footnote-ref\">3<\/a><\/sup> et Yann Boudaud dit quelque chose de similaire : \u00ab \u00c0 un moment c\u2019est bien de l\u00e2cher un peu cette projection sur les spectateurs, faire le travail pour soi-m\u00eame c\u2019est d\u00e9j\u00e0 pas mal\u00bb<sup id=\"fnref1:144\"><a href=\"#fn:144\" class=\"footnote-ref\">4<\/a><\/sup>. Si le public est l\u00e0 ce n\u2019est peut-\u00eatre pas pour prendre part \u00e0 ce dialogue. Il participe, mais autrement, par sa pr\u00e9sence, son attente : la r\u00e9union d\u2019un certain nombre d\u2019\u00e2mes convoque le rite. Ici nous ne cherchons finalement pas seulement une adresse, mais aussi un moteur pour l\u2019acteur. \u00c0 qui est destin\u00e9e cette voix si particuli\u00e8re ? Qui est-ce qui n\u00e9cessite cette voix ? Pourquoi celle-ci et pas une autre ? Quel est le destinataire avec lequel on ne peut communiquer qu\u2019avec ces voix de th\u00e9\u00e2tre, des voix modifi\u00e9es, transform\u00e9es par le plateau. Il y a, nous le pressentons d\u00e9j\u00e0, un lien tr\u00e8s fort entre le destinataire de la voix et la n\u00e9cessit\u00e9 de cette voix.<br>\nQuand Yannick Butel interroge Val\u00e9rie Dr\u00e9ville sur sa possible solitude au plateau elle r\u00e9pond :<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab C\u2019est s\u00fbr que la responsabilit\u00e9 est plus grande, mais quand m\u00eame je ne suis pas toute seule. J\u2019ai mon texte, j\u2019ai mon r\u00f4le, j\u2019ai mes t\u00e2ches. Plus un acteur a de choses \u00e0 faire, mieux c\u2019est. Parce qu\u2019il enl\u00e8ve la pens\u00e9e. Il faut pas penser sur sc\u00e8ne, il faut agir, agir, agir. Pas vivre le personnage, agir. Pas ressentir, agir. Et donc c\u2019est cette action-l\u00e0 qui fait que tu es comme la locomotive de tout le train quand tu fais un monologue. L\u2019initiative est \u00e0 toi donc \u00e9videmment il y a une grande responsabilit\u00e9, et apr\u00e8s il y a une inertie qui arrive et tout le monde est parti ensemble. Et \u00e7a te revient \u00e7a aussi, \u00e7a te donne encore plus d\u2019\u00e9nergie, donc t\u2019es vraiment pas tout seul. Jamais j\u2019ai eu l\u2019impression d\u2019\u00eatre toute seule avec M\u00e9d\u00e9e jamais. [\u2026] Avec M\u00e9d\u00e9e j\u2019avais la sensation d\u2019avoir \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi comme une immense ombre, d\u2019une force colossale et qui veillait sur moi pendant tout le temps o\u00f9 j\u2019ai travaill\u00e9. Comme une pr\u00e9sence. Tu rentres en contact avec une \u00e9nergie qui existe vraiment \u00bb.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est assez int\u00e9ressant la mani\u00e8re dont Val\u00e9rie Dr\u00e9ville passe de l\u2019action \u00e0 tout prix \u2013 qu\u2019elle oppose au ressentir, \u00e0 quelque chose qui pourrait \u00eatre vraiment de l\u2019ordre du ressenti, cette ombre de M\u00e9d\u00e9e. La figure de M\u00e9d\u00e9e pourrait \u00eatre la destinatrice du monologue, comme on rend hommage \u00e0 un dieu, comme on commet un sacrifice : une reproduction des actions de M\u00e9d\u00e9e en son honneur. Mais M\u00e9d\u00e9e est aussi celle qui provoque l\u2019action, Dr\u00e9ville agit parce que M\u00e9d\u00e9e est l\u00e0 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019elle, elle agit en r\u00e9action \u00e0 sa pr\u00e9sence. C\u2019est l\u2019histoire qu\u2019ils se racontent avec Vasilliev : une actrice qui doit sortir pour, en quelque sorte, fuir le r\u00f4le de M\u00e9d\u00e9e. Vassiliev : \u00ab M\u00e9d\u00e9e, c\u2019est l\u2019argument, l\u2019objet du jeu : le monologue, c\u2019est un interm\u00e9diaire. La personne, gr\u00e2ce \u00e0 cet interm\u00e9diaire, veut passer \u00e0 travers M\u00e9d\u00e9e, faire tout le chemin, et sortir, au-del\u00e0 du mythe. \u00bb<sup id=\"fnref1:145\"><a href=\"#fn:145\" class=\"footnote-ref\">5<\/a><\/sup> Il y aurait alors une double m\u00e9canique, un lien circulaire entre la chose qui provoque l\u2019action et la destination de cette action \u00e0 la chose.<br><em>Trakl Sebastopol<\/em> est un film dans lequel Alexandre Barry nous propose de revivre diff\u00e9remment, par un autre m\u00e9dia, le parcours du spectacle <em>R\u00eave et Folie<\/em><sup id=\"fnref1:146\"><a href=\"#fn:146\" class=\"footnote-ref\">6<\/a><\/sup>. Au d\u00e9but de ce film, Alexandre Barry met en sc\u00e8ne Claude R\u00e9gy assis sur une chaise, un grand plan sur son visage nous laisse suspendus \u00e0 son regard fixe, ses paupi\u00e8res clignotent, il reste attentif et bienveillant. En contrechamps, le visage de Yann Boudaud, les yeux ferm\u00e9s. Il ouvre les yeux, regarde la cam\u00e9ra, nous regarde, s\u2019appr\u00eate \u00e0 commencer. Sauf qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9, on le sait d\u00e9sormais, ce n\u2019est pas nous que regarde Yann Boudaud, ce n\u2019est pas \u00e0 nous qu\u2019il s\u2019adresse, c\u2019est directement \u00e0 Claude R\u00e9gy, assis en face de lui. Il ne faudrait pas \u00eatre trop cat\u00e9gorique vis-\u00e0-vis de cette r\u00e9ponse que nous laisse entrevoir Alexandre Barry. Mais, en effet, nous ne l\u2019avons que trop r\u00e9p\u00e9t\u00e9, R\u00e9gy \u00e9tait pr\u00e9sent dans la salle, au centre, \u00e0 chaque repr\u00e9sentation. Il est peut-\u00eatre celui \u00e0 qui s\u2019adressait Yann Boudaud sur sc\u00e8ne. Et quand R\u00e9gy n\u2019a plus \u00e9t\u00e9 l\u00e0 ? Peut-\u00eatre l\u2019adresse de Yann Boudaud allait \u00e0 son absence, \u00e0 son fant\u00f4me, \u00e0 la pr\u00e9sence de R\u00e9gy par essence dans le travail comme l\u2019immense ombre \u00e0 la force colossale et bienveillante qu\u2019\u00e9voqu\u00e9 Dr\u00e9ville. Notre image circulaire fonctionne ici aussi, R\u00e9gy est \u00e0 l\u2019initiative du travail, de l\u2019action de Yann Boudaud, il en est peut-\u00eatre aussi par cons\u00e9quent le destinataire.<br>\nSerge Merlin nous indique une autre possibilit\u00e9. Il dit qu\u2019il faut que \u00ab cette voix l\u00e0, de la frappe du personnage sous le plancher du th\u00e9\u00e2tre, continue \u00e0 op\u00e9rer en vous et \u00e0 vous donner la parole, pas seulement la parole, mais le son de la parole et puis la lumi\u00e8re de la parole, celle qui va au-del\u00e0 du public, le touche et le fait rentrer derri\u00e8re lui et fait qu\u2019on vit dans un oeuf de son et de v\u00e9rit\u00e9. \u00bb<sup id=\"fnref1:147\"><a href=\"#fn:147\" class=\"footnote-ref\">7<\/a><\/sup> D\u00e9j\u00e0, notons que Serge Merlin d\u00e9crit avec l\u2019exactitude et la pr\u00e9cision de sa po\u00e9sie l\u2019endroit de la recherche de ce m\u00e9moire : celle du son de la parole, de sa lumi\u00e8re. Et, pour lui, ce son na\u00eet d\u2019un dialogue, d\u2019un \u00e9change avec ce qu\u2019il nomme le personnage, qui ne serait pas en lui, qu\u2019il n\u2019incarnerait pas, mais qui serait ailleurs, \u00e0 distance, cach\u00e9 sous les planches. Il s\u2019agit vraiment d\u2019un dialogue, d\u2019une sorte de morse, d\u2019une communication par \u00e0-coup. Notre modernit\u00e9 th\u00e9\u00e2trale se m\u00e9fie beaucoup de la notion de personnage, mais chacun des quatre acteurs de notre corpus se sent proche d\u2019une certaine mani\u00e8re du personnage, du r\u00f4le, tout en le red\u00e9finissant. Pour Val\u00e9rie Dr\u00e9ville nous venons d\u2019en parler, la figure de M\u00e9d\u00e9e existe, est pr\u00e9sente, elle est une partenaire de jeu. \u00ab \u00c0 mon sens il y a deux lignes : tu as la ligne du personnage et tu as ta ligne propre, toi, l\u2019acteur qui conduit l\u2019action. Et le but c\u2019est d\u2019arriver \u00e0 ce que toi, par ton effort, par tout le travail pendant les r\u00e9p\u00e9titions, tout seul, et dans l\u2019exp\u00e9rience de la repr\u00e9sentation, ta ligne arrive \u00e0 toucher la ligne du personnage et \u00e0 ce qu\u2019elle se fonde. \u00bb<sup id=\"fnref1:148\"><a href=\"#fn:148\" class=\"footnote-ref\">8<\/a><\/sup> Pour Jean-Quentin Ch\u00e2telain la figure du personnage se confond avec la figure de l\u2019auteur. Il travaille des monologues qui sont des t\u00e9moignes po\u00e9tiques et qui font de leurs auteurs des h\u00e9ros tragiques<sup id=\"fnref1:149\"><a href=\"#fn:149\" class=\"footnote-ref\">9<\/a><\/sup>. C\u2019est une dimension qui semble plaire \u00e0 Jean-Quentin Ch\u00e2telain, \u00eatre en intimit\u00e9 avec eux, avec leur noirceur romantique, comparer leurs d\u00e9mons et les siens. \u00c0 dessein, on se d\u00e9tache de l\u2019homme\/auteur, on en fait un personnage, une figure avec laquelle le th\u00e9\u00e2tre peut communiquer. Yann Boudaud est moins s\u00fbr de cette mat\u00e9rialisation du personnage par un autre qui contiendrait la mati\u00e8re po\u00e9tique de la pi\u00e8ce, cependant il t\u00e9moigne tout de m\u00eame d\u2019une exp\u00e9rience de ce type dans le spectacle<em> La barque le soir<\/em> : \u00ab Il ne s\u2019agit pas \u00e0 proprement parler donc d\u2019un personnage, m\u00eame si des fois je l\u2019utilise, je vois une personne, au bord d\u2019une falaise, les pieds dans la bruy\u00e8re, qui sent tout \u00e7a. \u00c0 des moments je le vois, je vois la personnification du texte, mais une grande majorit\u00e9 consiste en des images que je vais chercher soit dans mon histoire personnelle soit dans un imaginaire qu\u2019on travaille avec Claude. \u00bb<sup id=\"fnref1:150\"><a href=\"#fn:150\" class=\"footnote-ref\">10<\/a><\/sup> On retrouve ici la volont\u00e9 de l\u2019acteur de se rapprocher du fond de la pi\u00e8ce en orientant sa ligne personnelle de mani\u00e8re \u00e0 l\u2019approcher de celle du personnage. Dans le travail de <em>R\u00eave et Folie<\/em> peut-\u00eatre plus encore que Yann Boudaud, c\u2019est Claude R\u00e9gy qui s\u2019est identifi\u00e9 au personnage que se construit Georg Trakel. R\u00e9gy aime sa noirceur, sa folie, sa volont\u00e9 de repentance, cet amour incestueux d\u00e9chu, ce go\u00fbt du tabou. Les figures de Claude R\u00e9gy et Georg Trakel se confondent par la volont\u00e9 du metteur en sc\u00e8ne. On ne s\u2019avancera pas \u00e0 dire que c\u2019\u00e9tait aussi le cas pour Yann Boudaud, mais ce pourrait \u00eatre tr\u00e8s int\u00e9ressant si, \u00e0 dessein, l\u2019acteur en arrivait \u00e0 lier les mati\u00e8res po\u00e9tiques apport\u00e9es par le texte de Trakel et par la passion de R\u00e9gy pour cr\u00e9er ce personnage de th\u00e9\u00e2tre.<br>\nIci on ne parle pas du tout finalement de personnage comme on a l\u2019habitude de les concevoir, c\u2019est-\u00e0- dire comme des costumes que l\u2019acteur rev\u00eatirait ou comme une \u00e2me qui viendrait habiter l\u2019acteur. Ici le personnage est une figure, il est \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019acteur. On ne voit jamais Rimbaud quand on regarde Jean- Quentin Ch\u00e2telain, on voit l\u2019acteur. Mais peut-\u00eatre que l\u2019acteur, lui, voit le po\u00e8te, il l\u2019entend \u00e0 son oreille comme une voix de l\u2019Enfer, sous les planches du th\u00e9\u00e2tre. En ne voulant plus \u00eatre, mais en souhaitant simplement \u00e9changer par vibration avec une figure, l\u2019acteur illimite son propos. Claude R\u00e9gy aimait beaucoup rappeler cette phrase de Sarah Kane dans <em>4.48 psychose<\/em> : \u00ab J\u2019\u00e9cris pour les morts \/ pour ceux qui ne sont pas n\u00e9s \u00bb<sup id=\"fnref1:151\"><a href=\"#fn:151\" class=\"footnote-ref\">11<\/a><\/sup>. Pour R\u00e9gy c\u2019\u00e9tait une adresse bien plus importante que celle des spectateurs. En s\u2019adressant aux morts c\u2019est \u00e0 toutes les personnes qui ont constitu\u00e9 l\u2019Histoire \u00e0 qui l\u2019on rend des comptes, en s\u2019adressant aux non n\u00e9s c\u2019est \u00e0 tous les incr\u00e9\u00e9s. On rend audibles tous les possibles. En s\u2019adressant \u00e0 M\u00e9d\u00e9e, Val\u00e9rie Dr\u00e9ville parle \u00e0 tous les Grecs morts et enterr\u00e9s dans les terres antiques de la M\u00e9diterran\u00e9e, mais aussi \u00e0 toutes les femmes qui un jour se r\u00e9voltent plut\u00f4t que souffrir, \u00e0 tous les moments de chaos qui viendront briser l\u2019ordre \u00e9tabli de la civilisation, \u00e0 la libert\u00e9 fougueuse qui anime la vie. En s\u2019adressant \u00e0 Rimbaud, Jean-Quentin Ch\u00e2telain parle \u00e0 tous les jeunes po\u00e8tes quelque soit leur \u00e2ge, \u00e0 tous les coeurs en flamme, \u00e0 tous les martyres sales, \u00e0 tous ceux qui ont eu peur de leurs d\u00e9mons, qui les ont c\u00f4toy\u00e9s, qui en ont fait leur alli\u00e9. En s\u2019adressant \u00e0 Trakl, Boudaud parle \u00e0 tous les po\u00e8tes maudits, \u00e0 commencer par R\u00e9gy, \u00e0 tous les damn\u00e9s, \u00e0 tous les morts sur le champ de bataille, \u00e0 tous ceux qui \u00e9criront pour tenter d\u2019expier.<sup id=\"fnref1:152\"><a href=\"#fn:152\" class=\"footnote-ref\">12<\/a><\/sup><\/p>\n<p><b>    b) La voix de l\u2019encre<\/b><\/p>\n<p>Un monologue au-del\u00e0 d\u2019une forme c\u2019est un texte \u00e9crit par un auteur. Dans le cas de notre corpus, les auteurs sont des \u00e9crivains connus, qui pourraient motiver un spectateur \u00e0 se rendre au th\u00e9\u00e2tre. Les auteurs mis au plateau par ces spectacles sont plus populaires que les acteurs sur lesquels nous travaillons. Le spectateur qui est attir\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre par les noms de Rimbaud, Muller, Bernhard ou Trakel s\u2019attend \u00e0 entendre leurs mots, leurs \u00e9critures, leurs histoires, leurs styles. Pour certains d\u2019entre eux, le th\u00e9\u00e2tre est un lieu o\u00f9 on va entendre un texte. Or on pourrait reprocher \u00e0 tous les acteurs de notre corpus d\u2019obscurcir le sens visible du texte, de ne pas savoir s\u2019effacer derri\u00e8re les mots, d\u2019\u00eatre trop pr\u00e9sents. Peut-\u00eatre justement de faire entendre une voix plut\u00f4t que des mots. Pour Jean-Quentin Ch\u00e2telain c\u2019est le principe m\u00eame du travail de l\u2019acteur : \u00ab Parce qu\u2019on est des interpr\u00e8tes, on interpr\u00e8te un texte et on y met une touche personnelle. Et quand elle a un arri\u00e8re-pays comme disait Jacques Lassalle. Il me disait \u00ab je vous aime beaucoup parce que vous avez un arri\u00e8re-pays \u00bb. Moi j\u2019\u00e9tais flatt\u00e9e [\u2026] Donc cet arri\u00e8re-pays c\u2019est un peu comme quand on est en col\u00e8re ou saoul : nos accents prennent le dessus. Et quand on est poss\u00e9d\u00e9s au th\u00e9\u00e2tre, il y a aussi nos racines qui remontent \u00e0 la surface \u00bb<sup id=\"fnref1:153\"><a href=\"#fn:153\" class=\"footnote-ref\">13<\/a><\/sup><br>\nIl nous faut donc \u00e9voquer deux sujets : celui du sens de l\u2019oeuvre qui ne passe pas forcement par une compr\u00e9hension intellectuelle des mots et celui du respect de l\u2019auteur, d\u2019une esp\u00e8ce d\u2019auteurit\u00e9 au service de laquelle l\u2019acteur devrait \u00eatre. Claude R\u00e9gy est de ces d\u00e9fenseurs d\u2019un th\u00e9\u00e2tre de l\u2019\u00e9criture : \u00ab Ce que j\u2019essaie de faire, c\u2019est consid\u00e9rer l\u2019\u00e9criture comme l\u2019\u00e9l\u00e9ment dramatique le plus important de tous les \u00e9l\u00e9ments de la repr\u00e9sentation.\u00bb<sup id=\"fnref1:154\"><a href=\"#fn:154\" class=\"footnote-ref\">14<\/a><\/sup> Et pourtant sa recherche n\u2019est plus du tout celle du sens, il est peut-\u00eatre plus dans un respect du non-\u00e9crit que dans un respect de l\u2019\u00e9crit. Il cherche une \u00ab mati\u00e8re silencieuse \u00bb pr\u00e9sente comme en creux dans l\u2019\u00e9criture :<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab Je crois de plus en plus \u00e0 ce qui n\u2019est pas perceptible par le sens apparent. \u00c0 ce qui n\u2019est pas perceptible uniquement par l\u2019intelligence. Mais l\u00e0 aussi, c\u2019est une le\u00e7on que j\u2019ai apprise d\u2019un autre tr\u00e8s grand \u00e9crivain, qui fait partie de ceux que j\u2019ai travaill\u00e9s. Je veux parler de Nathalie Sarraute, qui a \u00e9crit cette phrase que l\u2019on devrait inscrire sur les murs. Phrase \u00e0 dire tr\u00e8s lentement car chaque mot est important. Sarraute \u00e9crit \u00ab les mots servent \u00e0 lib\u00e9rer une mati\u00e8re silencieuse qui est bien plus vaste que les mots \u00bb. De plus en plus, c\u2019est \u00e7a que j\u2019essaie de travailler. Cette mati\u00e8re silencieuse, qui est bien plus vaste que les mots et o\u00f9 s\u2019exprime ce que le langage s\u2019efforce d\u2019exprimer sans pouvoir y parvenir. Mati\u00e8re silencieuse, mais aussi mati\u00e8re invisible. [\u2026] C\u2019est souvent quand il y a absence de sens qu\u2019il y a le d\u00e9but de la cr\u00e9ation d\u2019un sens nouveau, qui est en train de se faire. \u00bb<sup id=\"fnref1:155\"><a href=\"#fn:155\" class=\"footnote-ref\">15<\/a><\/sup><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On se demande alors comment faire travailler sur la sc\u00e8ne cette mati\u00e8re invisible, silencieuse pour arriver \u00e0 cet \u00e9tat de non-sens que d\u00e9crit R\u00e9gy. Au sujet de l\u2019\u00e9criture de Trakl, le metteur en sc\u00e8ne d\u00e9clare : \u00ab On ne peut pas dire comment il s\u2019y prend pour \u00e9crire. Je pense que lui le savait parce qu\u2019il a fait \u00e9norm\u00e9ment de correction donc il a choisi de mettre un mot \u00e0 la place d\u2019une autre souvent de sens compl\u00e8tement diff\u00e9rent peut-\u00eatre pour des raisons de sonorit\u00e9, pour des raisons de rythme qui bien s\u00fbr m\u2019int\u00e9resse beaucoup plus que ce qu\u2019on appelle le sens. Je ne me bats pas du tout pour la clart\u00e9 fran\u00e7aise personnellement.\u00bb<sup id=\"fnref1:156\"><a href=\"#fn:156\" class=\"footnote-ref\">16<\/a><\/sup> Le rythme c\u2019est une succession de moments de plein et de moments vide, de moments de son et de moments de silence, de moments d\u2019\u00e9criture et de moments de creux, de non-\u00e9crit. Henri Meschonnic, qui a travaill\u00e9 avec Claude R\u00e9gy, raconte une anecdote de traduction :<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab Au d\u00e9but d\u2019Hamlet, quand les deux gardes entendent venir la rel\u00e8ve, il y en a un qui dit : \u00ab I think I hear them. \u00bb. En bon fran\u00e7ais, pas de probl\u00e8me de sens. L\u2019\u00e9quivalent qui s\u2019impose est : \u00ab Je crois que je les entends. \u00bb Mais la version de Raymond Lepoutre, jou\u00e9e au Th\u00e9\u00e2tre de Chaillot, a dit : \u00ab Je crois, [virgule \u2013 silence] je les entends. \u00bb Ponctuation de th\u00e9\u00e2tre, mim\u00e9e. Le que est remplac\u00e9 par une pause, une attente, une syncope. On peut se moquer, du point de vue du fran\u00e7ais courant, de cette traduction. Qui a invent\u00e9 un probl\u00e8me. On montrerait par l\u00e0 combien on m\u00e9conna\u00eetrait le rapport entre le langage et le th\u00e9\u00e2tre. L\u2019ironie pourrait se retourner contre l\u2019ironiseur. La traduction est peut-\u00eatre une \u00e9criture quand elle cr\u00e9e de nouveaux probl\u00e8mes. Faire d\u2019un mot, ou d\u2019une absence de mots, \u00e0 la fois le rythme et le sens. \u00bb<sup id=\"fnref1:157\"><a href=\"#fn:157\" class=\"footnote-ref\">17<\/a><\/sup><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Meschonnic met en exergue le rythme : quitter l\u2019\u00e9tat de certitude du langage courant, accentuer un manque pour lui donner la consistance d\u2019espace d\u2019incertitude en mouvement. Jean-Quentin Ch\u00e2telain se d\u00e9finit comme un interpr\u00e8te, c\u2019est-\u00e0-dire comme celui qui cherche \u00e0 jouer avec le manque, avec l\u2019incompris, l\u2019obscure avec justement ce qui n\u00e9cessite une interpr\u00e9tation. Il y a d\u2019une part la certitude pour l\u2019acteur du son \u00e0 \u00e9mettre, de l\u2019autre l\u2019incertitude de la d\u00e9flagration que provoquera le non-dit. L\u2019acteur qui ne dit rien agit, il fait rythme. Ce rythme est constitutif de la voix. Le silence d\u2019une voix n\u2019est pas le m\u00eame selon l\u2019acteur, chacun sait exprimer \u00e0 sa mani\u00e8re dans ce suspend tout ce qui n\u2019est pas dit. Il en est alors de m\u00eame pour les moments de voix, les moments de pleins, chaque moment de son est charg\u00e9 d\u2019une intensit\u00e9 qui en fait plus qu\u2019un son. Claude R\u00e9gy fait ainsi le lien entre le myst\u00e8re de l\u2019\u00e9criture et le myst\u00e8re de la voix:<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab J\u2019ai beaucoup appris, avec les auteurs contemporains, \u00e0 travailler sur l\u2019\u00e9criture. Or, il me semble que l\u2019\u00e9crit vient en grande partie de l\u2019inconscient, ce qui ne veut pas dire que les auteurs ne savent pas ce qu\u2019ils \u00e9crivent. Il y a une double d\u00e9marche, il y a une part de lucidit\u00e9, et une part d\u2019inconscient \u00e0 laquelle il faut savoir s\u2019abandonner.<br>\nJe dis : je ne sais rien de la voix, mais je ne sais rien de rien, je mets en doute, en tout cas, et ce que je sais le mieux, ce sont des choses qui ne sont pas \u00e9non\u00e7ables. S\u2019il y a cette part d\u2019inconscient d\u00e9pos\u00e9e dans l\u2019\u00e9crit, si on travaille le travail d\u2019acteur en \u00e9coute de l\u2019\u00e9crit, et si on veut restituer l\u2019\u00e9crit, c\u2019est-\u00e0-dire \u00eatre un \u00e9cho de cette sensation qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 l\u2019\u00e9crit, et aussi explorer toute cette part qui le d\u00e9passe, il faut que la voix, la vibration de la voix, la mani\u00e8re de parler \u2013 mais il y a aussi les sonorit\u00e9s des mots, les rythmes, la respiration \u2013 soient en relation avec cette partie totalement souterraine de la conscience, et en rendent compte. \u00bb<sup id=\"fnref1:158\"><a href=\"#fn:158\" class=\"footnote-ref\">18<\/a><\/sup><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La lecture de R\u00e9gy met en avant l\u2019insaisissable de la voix, c\u2019est un objet trop diaphane, trop mall\u00e9able, trop incertain pour pouvoir en faire une description solide, pour travailler dessus. Le texte dur par contre est un objet de travail plus s\u00fbr, les mots sont fix\u00e9s sur le papier, il y a des consensus litt\u00e9raires et linguistiques. On a appris \u00e0 discipliner la voix \u00e0 la lecture d\u2019un texte. Mais en rendant l\u2019\u00e9criture m\u00eame incertaine, en faisant du texte non plus un socle solide sur lequel construire la pi\u00e8ce, mais une \u00e9nigme autour de laquelle la pi\u00e8ce est construite, alors R\u00e9gy transforme les mots en sons, c\u2019est-\u00e0-dire en voix. La voix accomplit ce processus d\u2019affaiblissement, de d\u00e9mant\u00e8lement de la structure et du sens : les mots sont transform\u00e9s en mati\u00e8re similaire \u00e0 celle de la voix. Yannick Butel th\u00e9orise une <em>voix de l\u2019encre<\/em> pour d\u00e9signer cet \u00e9tat d\u2019incertitude commun entre la voix et l\u2019\u00e9criture rendu \u00e0 son myst\u00e8re :<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab Certes, la pratique th\u00e9\u00e2trale a \u00e9t\u00e9 bien souvent un faire-valoir du texte litt\u00e9raire, l\u2019exutoire de formes scripturaires laiss\u00e9es par un auteur que l\u2019acteur devait re-dire. Ce qu\u2019Artaud d\u00e9plorait.<br>\nCela \u00e9tant, le th\u00e9\u00e2tre a recouvr\u00e9 depuis longtemps une libert\u00e9 pour faire entendre un entretien infini. Une sorte de travail o\u00f9 la voix de l\u2019encre (comprise dans les graisses et sur le papier) vient \u00e0 para\u00eetre dans la voix de l\u2019acteur et le processus sc\u00e9nique.<br>\nC\u2019est un travail o\u00f9 l\u2019acteur est engag\u00e9 dans la volont\u00e9 de trouver non une v\u00e9rit\u00e9, mais le processus d\u2019un \u00e9tat. Dans le passage de la parole couch\u00e9e : \u00abla parole muette\u00bb, \u00e0 la parole articul\u00e9e : la phon\u00e8, peut-\u00eatre s\u2019agit-il de mettre en avant la pr\u00e9sence d\u2019un corps. Le corps \u00e9crivant dans l\u2019acte d\u2019\u00e9criture, disparaissant et absent dans l\u2019\u00e9crit, et revenant dans le corps parlant de l\u2019acteur.<br>\nPeut-\u00eatre parce qu\u2019avant tout, comme Barthes l\u2019\u00e9crit dans son essai Le Grain de la voix qui fait \u00e9cho \u00e0 \u00ab La mort de l\u2019auteur \u00bb, \u00ab l\u2019\u00e9criture n\u2019est pas forc\u00e9ment le mode d\u2019existence de ce qui est \u00e9crit \u00bb.<br>\nLe grain, donc, serait le si\u00e8ge d\u2019un commun d\u00e9signant aussi bien la texture de la voix en sc\u00e8ne que l\u2019\u00e9paisseur du papier accueillant l\u2019encre : le grain de la voix de l\u2019encre. Le grain qui r\u00e9fl\u00e9chit l\u2019impression, qu\u2019elle soit li\u00e9e \u00e0 la coul\u00e9e de l\u2019encre ou \u00e0 celle qui se d\u00e9ploie dans l\u2019espace sonore. Le grain est le commun qui d\u00e9signe une parent\u00e9 : une pratique entre l\u2019acteur et celui qui \u00e9crit. Pratique d\u2019\u00e9criture pour l\u2019un, pratique de jeu pour l\u2019autre. L\u00e0 serait le commun ou presque, car il y a dans l\u2019\u00e9criture et le texte un mouvement qui conduit \u00e0 penser l\u2019expansion du texte dans la voix de l\u2019acteur en sc\u00e8ne comme un devenir toujours inachev\u00e9. \u00bb<sup id=\"fnref1:159\"><a href=\"#fn:159\" class=\"footnote-ref\">19<\/a><\/sup><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le travail sur <em>M\u00e9d\u00e9e-Mat\u00e9riau<\/em> est avant tout un travail rythmique, sonore, c\u2019est-\u00e0-dire un travail d\u2019\u00e9criture de l\u2019air. Ce que Dr\u00e9ville th\u00e9orise \u00e0 partir des exercices de Vassiliev au travers des \u00ab intentions \u00bb c\u2019est qu\u2019en ne travaillant plus sur le sens des mots, mais sur leur son et m\u00eame, on modifie le son des mots en modifiant leur intonation, leur rythmique on les vide de leur utilit\u00e9 premi\u00e8re. On peut alors les utiliser pour un autre usage. C\u2019est un travail presque calligraphique du mot : ils font du mot un autre objet purement esth\u00e9tique au sens le plus philosophique du terme, c\u2019est \u00e0 dire \u2013 et il nous faudra y revenir plus longuement dans notre troisi\u00e8me partie \u2013 post-moderne.<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab Maintenant, l\u2019intonation. Selon Vassiliev, il y a trois intonations: exclamative, narrative, affirmative. L\u2019intonation est comme un signal musical qui contient une information. C\u2019est le geste verbal du ton. C\u2019est ce qui nous permet de reconna\u00eetre une langue sans en conna\u00eetre le sens. En ce qui concerne l\u2019intonation narrative, qu\u2019on utilise le plus souvent, elle transmet une histoire, elle raconte. Le contenu d\u2019une \u0153uvre comme M\u00e9d\u00e9e, dont le sens sup\u00e9rieur est m\u00e9taphysique, ne peut pas \u00eatre transmis par une intonation narrative, m\u00eame si l\u2019histoire existe, ainsi que la situation. Alors, puisque le mot est un contenant, on fait comme avec un verre rempli d\u2019eau, on le vide, on vide le contenu narratif, et le verre vid\u00e9 peut se remplir d\u2019un autre contenu. \u00bb<sup id=\"fnref1:160\"><a href=\"#fn:160\" class=\"footnote-ref\">20<\/a><\/sup><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Vassiliev et Dr\u00e9ville recherchent la m\u00e9taphysique, R\u00e9gy et Yann Boudaud la mati\u00e8re myst\u00e9rieuse<sup id=\"fnref1:161\"><a href=\"#fn:161\" class=\"footnote-ref\">21<\/a><\/sup>, entendons qu\u2019il y a peut-\u00eatre l\u00e0 un objectif similaire. Il nous faut donc avouer que le sens premier de notre recherche \u00e9tait erron\u00e9, nous avons commenc\u00e9 ce travail \u00e0 la recherche de voix qui n\u2019\u00e9tait plus moyen, mais une finalit\u00e9. Finalement la voix si elle n\u2019est plus au service du sens l\u2019est toujours de la recherche d\u2019un territoire inconnu que le th\u00e9\u00e2tre d\u00e9friche. Pour Serge Merlin le texte est un masque r\u00e9v\u00e9lateur, au sujet de la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un texte comme mat\u00e9riaux originel il s\u2019exclame : \u00ab Ah oui ! Ah toujours, toujours : le masque ! Enfin le masque de la r\u00e9v\u00e9lation, le seul masque de qui r\u00e9v\u00e8le, le seul masque qui dise quelque chose et qui prononce, mais avec lequel les masques successifs se succ\u00e8dent l\u2019un \u00e0 l\u2019autre et arrivent \u00e0 un possible endroit de vie\u2026 pas de la v\u00e9rit\u00e9, mais de l\u2019intuition d\u2019un passage. Que quelque chose veut dire quelque chose. Qu\u2019il y a quelque chose qui veut dire quelque chose\u2026 \u00bb<sup id=\"fnref1:162\"><a href=\"#fn:162\" class=\"footnote-ref\">22<\/a><\/sup>. Serge Merlin et Yannick Butel s\u2019accordent sur ce que n\u2019est pas l\u2019objet de la recherche, la v\u00e9rit\u00e9. On parle de v\u00e9rit\u00e9 aussi bien au sujet du jeu de l\u2019acteur, qui jouerait vrai, qu\u2019au sujet texte qu\u2019il faudrait percer, comprendre. En transformant le texte en son, en faisant voix du texte, <em>la voix de l\u2019encre<\/em> maintient le myst\u00e8re. L\u2019objet de la recherche n\u2019est pas la v\u00e9rit\u00e9, c\u2019est, nous dit Serge Merlin, un passage. L\u2019oeuvre n\u2019est pas la finalit\u00e9, elle est un parcours pour l\u2019acteur qui l\u2019augmente, qui lui parle, qui la modifie. L\u2019acteur qui passe par l\u2019oeuvre t\u00e9moigne de ce qu\u2019elle lui fait vivre, un t\u00e9moignage qui n\u2019est pas clair, qui n\u2019est pas organis\u00e9, un t\u00e9moignage de son et de geste163. Une fois encore c\u2019est l\u2019histoire que raconte Dr\u00e9ville de la pi\u00e8ce <em>M\u00e9d\u00e9e-Mat\u00e9riau<\/em> : une actrice qui passe \u00e0 travers l\u2019oeuvre M\u00e9d\u00e9e. C\u2019est aussi en ce terme que Claude R\u00e9gy d\u00e9signe l\u2019acteur, comme un \u00ab passeur \u00bb, celui qui traverse l\u2019oeuvre, mais aussi celui qui va faire passer cette mati\u00e8re myst\u00e9rieuse au public. Yann Boudaud convoque en nous cette image de Charon, fils d\u2019\u00c9r\u00e8be (l\u2019Obscurit\u00e9) et de Nyx (la Nuit), deux entit\u00e9s qui maintiennent le myst\u00e8re, qui faisaient traverser le Styx, contre une obole, aux \u00e2mes des morts. Parce que le passage par l\u2019acteur de l\u2019oeuvre cr\u00e9e une nouvelle oeuvre, un nouveau passage que le spectateur pourra emprunter. Ph\u00e9nom\u00e8ne que nous pressentions d\u00e9j\u00e0 au sujet de Jean-Quentin Ch\u00e2telain qui nous donne \u00e0 entendre son r\u00eave. Claude R\u00e9gy cite Nietzsche : \u00ab Avec sa violence implacable Nietzsche dit \u2014 dans Zarathoustra : De tout ce qui est \u00e9crit, je ne lis que ce que quelqu\u2019un \u00e9crit avec son sang. \u00c9cris avec ton sang : et tu verras que le sang est esprit.\u00bb<sup id=\"fnref1:164\"><a href=\"#fn:164\" class=\"footnote-ref\">23<\/a><\/sup> \u00c9crire sur du papier avec sa vie est presque toujours une m\u00e9taphore. Pour l\u2019acteur, ce n\u2019en est pas une, il est organiquement pr\u00e9sent sur le plateau, c\u2019est avec ses voix qu\u2019il dessine l\u2019espace, c\u2019est avec sa transpiration qu\u2019il le marque, c\u2019est avec son corps qu\u2019il l\u2019imprime. C\u2019est ce qui rend finalement l\u2019interpr\u00e9tation des acteurs de notre corpus unique : personne ne peut imaginer ou pr\u00e9voir ce r\u00e9sultat \u00e0 la lecture du simple texte support. Ce qu\u2019on va entendre ce n\u2019est pas que les mots d\u2019un auteur, ce n\u2019est pas non plus qu\u2019un acteur qui fait des vocalises, on assiste \u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne de m\u00e9tamorphose, de la parole couch\u00e9e \u00e0 la parole vert\u00e9br\u00e9e. Par l\u2019impulsion que donne le texte \u00e0 l\u2019acteur, par le rythme que donne l\u2019acteur au texte. L\u2019acteur de la voix fait entendre ce qui n\u2019\u00e9tait pas entendu, il nous propose un passage jamais d\u00e9frich\u00e9, il travaille l\u2019<em>in-ou\u00ef<\/em>.<\/p>\n<div class=\"footnotes\">\n<hr><ol><li id=\"fn:141\">\n<p>Jo\u00eblle Gayot, \u00ab Jean-Quentin Ch\u00e2telain en enfer \u00bbin Une saison au th\u00e9\u00e2tre, France Culture, 2017, 00:12:25.. + [URL : <a href=\"https:\/\/www.franceculture.fr\/emissions\/une-saison-au-theatre\/en-enfer-avec-jean-quentin-Ch%C3%A2telain\">https:\/\/www.franceculture.fr\/emissions\/une-saison-au-theatre\/en-enfer-avec-jean-quentin-Ch\u00e2telain<\/a>] (consult\u00e9 en Juin 2020).\u00a0<a href=\"#fnref1:141\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:142\">\n<p>Val\u00e9rie Dr\u00e9ville,<em> Face \u00e0 M\u00e9d\u00e9e: Journal de r\u00e9p\u00e9tition<\/em>, Paris, Le Th\u00e9\u00e2tre d\u2019Actes Sud-Papiers, 2018, p. 116.\u00a0<a href=\"#fnref1:142\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:143\">\n<p>\u00ab Jean-Quentin Ch\u00e2telain : Le plus dure c\u2019est d\u2019arriver \u00e0 livrer notre intimit\u00e9 en public.<br>\nJo\u00eblle Gayot : C\u2019est pour \u00e7a que vous fermez les yeux sur le plateau ?<br>\nJean-Quentin Ch\u00e2telain : Oui, oui beaucoup parce que \u00e7a m\u2019isole. Malheureusement il faut quand m\u00eame y penser un petit<br>\npeu\u2026 parce que le regard est important si vous voulez. J\u2019aime beaucoup ce que dit Val\u00e9rie Dr\u00e9ville dans une interview qu\u2019elle a accord\u00e9 \u00e0 la revue du TNS et qui parle de Vassiliev. Vassiliev lui dit, pourtant une grande actrice quand m\u00eame : \u201cTu es toujours meilleure en r\u00e9p\u00e9tition, exerce ton art en public, c\u2019est tout\u2019\u2019. On est toujours mieux en r\u00e9p\u00e9tition parce qu\u2019on est seul, et apr\u00e8s quand on doit livrer la chose, on en fait plus mais il faut pas. Less is more. Moins c\u2019est mieux. Et la salle du Lucernaire, qui a 48 places, c\u2019est une salle extraordinaire qui paye pas son homme mais qui permet une intimit\u00e9. On peut susurrer. On peut penser les mots presque.\u00bb in Jo\u00eblle Gayot, \u00ab Jean-Quentin Ch\u00e2telain en enfer \u00bb, <em>Op. Cit.<\/em>, 00:27:00.\u00a0<a href=\"#fnref1:143\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:144\">\n<p>Chlo\u00e9 Larmet, \u00ab Paroles de Yann Boudaud (Entretien r\u00e9alis\u00e9 par Christophe Triau) \u00bb in <em>Exp\u00e9riences de voix, Op. Cit.<\/em>, p. 435.\u00a0<a href=\"#fnref1:144\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:145\">\n<p>Val\u00e9rie Dr\u00e9ville, <em>Face \u00e0 M\u00e9d\u00e9e: Journal de r\u00e9p\u00e9titio<\/em>n, Paris, Le Th\u00e9\u00e2tre d\u2019Actes Sud-Papiers, 2018, p. 81.\u00a0<a href=\"#fnref1:145\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:146\">\n<p>Alexandre Barry, <em>Trakl S\u00e9bastopol<\/em>, Local Films, 2018.\u00a0<a href=\"#fnref1:146\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:147\">\n<p>Jo\u00eblle Gayot, \u00ab Samuel Beckett \/ Serge Merlin \/ La derni\u00e8re bande \u00bb in <em>Changement de d\u00e9cor<\/em>, France Culture, 2012, 00:03:45.\u00a0<a href=\"#fnref1:147\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:148\">\n<p>Yannick Butel, <em>Acteurs de cristal \u2013 Rencontre avec Val\u00e9rie Dr\u00e9ville<\/em>, Pays des Miroirs Productions, 2013, 00:12:15.\u00a0<a href=\"#fnref1:148\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:149\">\n<p>\u00ab Le po\u00e8te cherche la rencontre avec le mal, Orph\u00e9e descend aux Enfers pour aller chercher la connaissance, c\u2019est vrai que nous les artistes on a beaucoup de d\u00e9mons comme \u00e7a, et on les c\u00f4toie. Parce que c\u2019est toujours tr\u00e8s int\u00e9ressant d\u2019\u00eatre le t\u00e9moin. C\u2019est pour \u00e7a que moi j\u2019aime beaucoup ces textes qui sont des t\u00e9moignages comme Kert\u00e9sz avec le Kaddish, comme Beckett avec Premier amour; ou comme Mars avec Fritz Zorn. Ce sont des t\u00e9moignages de gens qui ont v\u00e9cu une exp\u00e9rience terrible et qui la raconte comme des t\u00e9moins de l\u2019Enfer. C\u2019est une \u00e9preuve dont apparement Rimbaud veux sortir et \u00e7a m\u2019int\u00e9resse beaucoup, dans ma vie d\u2019artiste, parce qu\u2019il faut faire de conversion.\u00bb in Jo\u00eblle Gayot, \u00ab Jean-Quentin Ch\u00e2telain en enfer \u00bb in <em>Une saison au th\u00e9\u00e2tre<\/em>, France Culture, 2017, 00:06:55.\u00a0<a href=\"#fnref1:149\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:150\">\n<p>Chlo\u00e9 Larmet, \u00ab Paroles de Yann Boudaud (Entretient avec Chlo\u00e9 Larmet) \u00bb in <em>Exp\u00e9riences de voix<\/em>, Op. Cit., p. 442.\u00a0<a href=\"#fnref1:150\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:151\">\n<p>Sarah Kane, trad. Evelyne Pieiller, <em>4.48 psychose<\/em>, Paris, L\u2019Arche, 2003, p. 19.\u00a0<a href=\"#fnref1:151\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:152\">\n<p>Cette r\u00e9flexion sur l\u2019ombre qui accompagne l\u2019acteur nous fait penser \u00e0 ce po\u00e8me du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle d\u2019Alfred de Musset. C\u2019est un peu romantique, mais aussi un peu noir comme les aiment les adolescents et les gens de th\u00e9\u00e2tre, il s\u2019appelle <em>La nuit de d\u00e9cembre<\/em>. \u00c7a commence comme \u00e7a \u00ab Du temps que j\u2019\u00e9tais \u00e9colier, \/ Je restais un soir \u00e0 veiller \/ Dans notre salle solitaire. \/ Devant ma table vint s\u2019asseoir \/ Un pauvre enfant v\u00eatu de noir, \/ Qui me ressemblait comme un fr\u00e8re. \u00bb Le po\u00e8te grandit et l\u2019ombre grandit avec lui, elle devient jeune homme, \u00e9tranger, orphelin, \u00e0 mesure que la vie se d\u00e9file. Quand le po\u00e8me est fini, la vision prend la parole et termine en ces mots : \u00ab Ami, je suis la Solitude. \u00bb. L\u2019acteur seul en sc\u00e8ne semble tra\u00eener partout avec lui cette ombre amie qui se charge de la force po\u00e9tique de la pi\u00e8ce pour en devenir l\u2019unique personnage, l\u2019essence et le t\u00e9moin de tous ceux qui y sont repr\u00e9sent\u00e9s et concern\u00e9s. L\u2019acteur tire de lui sa voix, il s\u2019adresse \u00e0 lui, lui d\u00e9montre qu\u2019il est \u00e0 la hauteur. Cette solitude est l\u2019origine et la finalit\u00e9 : elle serait comme actrice et spectatrice du com\u00e9dien.\u00a0<a href=\"#fnref1:152\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:153\">\n<p>Jo\u00eblle Gayot, \u00ab Jean-Quentin Ch\u00e2telain en enfer \u00bb in <em>Une saison au th\u00e9\u00e2tre<\/em>, France Culture, 2017, 00:25:18.\u00a0<a href=\"#fnref1:153\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:154\">\n<p>Claude R\u00e9gy, Laure Adler, <em>Le th\u00e9\u00e2tre, sensation du monde<\/em>, Avignon, \u00c9ditions Universitaires d\u2019Avignon, 2014, p. 17.\u00a0<a href=\"#fnref1:154\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:155\">\n<p><em>Ibid<\/em>., p. 23.\u00a0<a href=\"#fnref1:155\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:156\">\n<p>Jo\u00eblle Gayot, \u00ab Vibrer jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ind\u00e9cence avec Claude R\u00e9gy \u00bb in <em>Une saison au th\u00e9\u00e2tre<\/em>, France Culture, 2016, 00:04:45. + [URL : <a href=\"https:\/\/www.franceculture.fr\/emissions\/une-saison-au-theatre\/vibrer-jusqua-lindecence-avec-claude-regy\">https:\/\/www.franceculture.fr\/emissions\/une-saison-au-theatre\/vibrer-jusqua-lindecence-avec-claude-regy<\/a>]\u00a0<a href=\"#fnref1:156\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:157\">\n<p>Henri Meschonnic, <em>La rime et la vie<\/em>, Paris, Folio essais, 1989, p. 28.\u00a0<a href=\"#fnref1:157\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:158\">\n<p>Claude R\u00e9gy, <em>Ecrits 1991 \u2013 2011<\/em>, Paris, Les solitaires intempestifs, 2016, pp. 167-168.\u00a0<a href=\"#fnref1:158\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:159\">\n<p>Yannick Butel, \u00ab La fuite en avant\u2026 devant le corps revenant \u00bb in <em>\u00c9tudes th\u00e9\u00e2trales<\/em>, n\u00b066, Paris, 2017, pp. 155-160.\u00a0<a href=\"#fnref1:159\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:160\">\n<p>Val\u00e9rie Dr\u00e9ville,<em> Face \u00e0 M\u00e9d\u00e9e: Journal de r\u00e9p\u00e9tition<\/em>, Paris, Le Th\u00e9\u00e2tre d\u2019Actes Sud-Papiers, 2018, p. 31.\u00a0<a href=\"#fnref1:160\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:161\">\n<p>Pour Yann Boudaud le myst\u00e8re de l\u2019\u00e9criture va au-del\u00e0 de l\u2019image de la virgule que nous prenions plus haut pour imager notre propos :<br>\n\u00ab Je trouve souvent que les d\u00e9bats sur le respect de l\u2019auteur cachent beaucoup de lacunes \u00e0 ce niveau l\u00e0. J\u2019ai du mal \u00e0 comprendre ce que \u00e7a signifie je crois. Le respect ne se situe pas forc\u00e9ment l\u00e0 o\u00f9 on croit \u2013 pas au niveau de la ponctuation, mais \u00e0 un niveau bien plus profond. C\u2019est cette dimension archa\u00efque. C\u2019est bien plus qu\u2019une repr\u00e9sentation. Comme si c\u2019\u00e9tait de l\u2019esp\u00e8ce humaine dont on parlait en r\u00e9alit\u00e9, de ces g\u00e9n\u00e9rations successives qui sont l\u00e0, ensemble, et qui se transmettent de pauvres choses comme elles peuvent. Les auteurs ont choisi ces mots mais quand on travaille vraiment sur ces derniers, on s\u2019aper\u00e7oit qu\u2019ils ne se suffisent pas \u00e0 eux-m\u00eames. Les mots ne suffisent pas \u00e0 d\u00e9crire les ph\u00e9nom\u00e8nes qu\u2019ils nomment, c\u2019est impossible, ils sont trop connot\u00e9s. Dans le travail on arrive tr\u00e8s vite \u00e0 une impasse dans l\u2019interpr\u00e9tation d\u2019un texte. C\u2019est important de savoir ce qu\u2019on joue, son sens, comment se construit l\u2019action etc, mais c\u2019est un autre boulot de faire vivre cette action et les mots ne peuvent pas \u00eatre une aide \u00e0 cet endroit. Les mots peuvent aider \u00e0 comprendre les choses mais apr\u00e8s commence un travail qui ne concerne plus le sens, qui ne concerne plus uniquement l\u2019action mais plein d\u2019autres choses, l\u2019imaginaire\u2026 \u00bb in Chlo\u00e9 Larmet, \u00ab Paroles de Yann Boudaud (Entretient avec Chlo\u00e9 Larmet) \u00bb in <em>Exp\u00e9riences de voix<\/em>, Op. Cit., p. 448.\u00a0<a href=\"#fnref1:161\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:162\">\n<p>Laure Adler, \u00ab Serge Merlin: \"Je suis mal-aim\u00e9\" \u00bb in <em>Hors-Champs<\/em>, France Culture, 2016, 00:19:00.\u00a0<a href=\"#fnref1:162\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"fn:164\">\n<p>Claude R\u00e9gy, <em>Du r\u00e9gal pour les vautours<\/em>, Besan\u00e7on, Les solitaires intempestifs, 2016, p. 27.\u00a0<a href=\"#fnref1:164\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a><\/p>\n<\/li>\n<\/ol><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cet article est un extrait de mon m\u00e9moire de Master : &quot;L\u2019acteur de la Voix, de la vibration au mouvement&quot;. Document PDF : MEMOIRE_MAVROMATIS Au-del\u00e0 de ces similitudes qui croisent et d\u00e9finissent les acteurs de notre corpus, il y a le choix d\u2019une forme qui les unit et les distingue de la majorit\u00e9 des spectacles [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":229,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/228"}],"collection":[{"href":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=228"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/228\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":540,"href":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/228\/revisions\/540"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/229"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=228"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=228"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=228"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}