{"id":265,"date":"2021-08-16T05:47:00","date_gmt":"2021-08-16T03:47:00","guid":{"rendered":"http:\/\/mateo.mavromatis.org\/?p=265"},"modified":"2021-11-21T17:04:29","modified_gmt":"2021-11-21T16:04:29","slug":"fougaro-art-center-quand-lart-devient-central-une-redefinition-du-cut-up","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/2021\/08\/16\/fougaro-art-center-quand-lart-devient-central-une-redefinition-du-cut-up\/","title":{"rendered":"Fougaro Art Center, quand l\u2019art devient central, une red\u00e9finition du CUT-UP."},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/wp-content\/uploads\/2021\/08\/texni-52.jpeg\" alt=\"\" \/><\/p>\n\n<p><\/p>\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>\u00ab&nbsp;Je vous en supplie faites quelque chose&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>apprenez un pas, une danse, quelque chose qui vous justifie,<\/em><\/p>\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>&nbsp;qui vous donne le droit d'\u00eatre habill\u00e9s de votre peau de votre poil&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>apprenez \u00e0 marcher et \u00e0 rire parce que ce serait trop b\u00eate \u00e0 la fin&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>que tant soient morts et que vous viviez sans rien faire de votre vie.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>Charlotte Delbo<\/em><\/p>\n\n\n<p>Il y a, sous la chaleur implacable du soleil grec, au bord du bleu P\u00e9loponn\u00e8se, une petite ville portuaire : c\u2019est Nauplie, ancienne capitale historique de la Gr\u00e8ce, ancienne ville industrielle devenue petit spot touristique. Ses murs ocre et ros\u00e9s dessinent un labyrinthe de fleurs, de palmiers, de boutiques, de tavernes, surplomb\u00e9s par une imposante forteresse.&nbsp;<\/p>\n\n\n<p>Il y a, juste \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de cette ville, une ancienne usine ressuscit\u00e9e en un lieu&nbsp; d\u2019art pluridisciplinaire, s\u2019y m\u00eale une galerie d\u2019exposition, un bistrot, deux biblioth\u00e8ques et un atelier de pratique des arts.&nbsp;<\/p>\n\n\n<p>Disons-le d\u2019embl\u00e9e, Fougaro est une anomalie. Presque tout y est gratuit, ouvert \u00e0 tous les publics et cherchant toujours \u00e0 s\u2019ouvrir davantage. Fougaro a travers\u00e9 la crise \u00e9conomique extr\u00eamement f\u00e9roce en Gr\u00e8ce. Le visage de Nauplie a profond\u00e9ment chang\u00e9 pendant ces dix ann\u00e9es d\u2019aust\u00e9rit\u00e9. De nombreuses boutiques ont ferm\u00e9, les touristes se sont rar\u00e9fi\u00e9s et, comme souvent, l\u2019art et la culture sont dans les premiers \u00e0 en avoir subi les cons\u00e9quences. Fougaro, tel un phare dans la nuit, a tenu bon. Pour exemples, l\u2019exposition <em>Black&amp;Bleu <\/em>d\u2019octobre \u00e0 mars 19\/20 de Fougaro rassemblait 73 artistes nationaux et internationaux, durant les derni\u00e8res vacances, des stages d\u2019art ont \u00e9t\u00e9 propos\u00e9s aux enfants, les biblioth\u00e8ques sont ouvertes tous les jours. D\u2019autres activit\u00e9s sont organis\u00e9es comme des soir\u00e9es cin\u00e9ma, des performances, des concerts, des rencontres, un book club, des s\u00e9minaires. L\u2019initiative semble en fait disproportionn\u00e9e par rapport \u00e0 la taille de la ville : 17 000 habitants. Cette exception a vu le jour \u00e0 l\u2019initiative&nbsp; d\u2019une personne, une femme d\u2019affaires et une artiste : Florica Kyriacopoulos.&nbsp;<\/p>\n\n\n<p>Pour donner quelques rapides \u00e9l\u00e9ments biographiques, apr\u00e8s des \u00e9tudes sup\u00e9rieures en philosophie politique aux \u00c9tats-Unis Florica Kyriacopoulos lance l\u2019une des premi\u00e8res stations de radio priv\u00e9e en Gr\u00e8ce tout en \u00e9tant correspondante de The Guardian. D\u00e8s ses 20 ans, elle d\u00e9bute une collection d\u2019oeuvres d\u2019art, majoritairement contemporaines, qui n\u2019a depuis cess\u00e9 d\u2019\u00e9voluer pour devenir FKPcollection. Quand Florica Kyriacopoulos&nbsp; se rend compte que ses projets futurs et ambitieux pour la radio ne pourront trouver d\u2019aboutissements, elle prend ses distances et se consacre \u00e0 son art. D\u2019abord la peinture, puis des installations, des collages et de la photographie qui donneront lieu \u00e0 une dizaines d\u2019expositions de ses travaux. Florica Kyriacopoulos ach\u00e8te l\u2019usine abandonn\u00e9e qui deviendra Fougaro lors d\u2019une vente aux ench\u00e8res organis\u00e9e par la Banque Nationale de Gr\u00e8ce en 1997. Apr\u00e8s 5 ans de d\u00e9marches administratives, les travaux de transformation d\u00e9butent en 2002, le lieu ouvre en 2005.<\/p>\n\n\n<p>Si, dans sa structure, Fougaro semble se calquer sur le mod\u00e8le des friches d\u2019art que l\u2019on retrouve dans les grandes m\u00e9tropoles mondialis\u00e9es, il apparait vite que le lieu ne peut et ne veut pas pr\u00e9tendre ni au m\u00eame public et ni \u00e0 la m\u00eame fonction. L\u2019objectif de Fougaro n\u2019a par exemple pas du tout \u00e9t\u00e9 dans un premier temps d\u2019attirer des touristes \u00e0 Nauplie mais pour le moins de profiter socialement et artistiquement au rayonnement du territoire. Pour le moins&nbsp;puisqu\u2019il semble en fin de compte que l\u2019int\u00e9r\u00eat de Fougaro soit ailleurs. Ce n\u2019est pas un lieu o\u00f9 l\u2019on vient \u00ab&nbsp;consommer&nbsp;\u00bb de l\u2019art&nbsp;c\u2019est autre chose. Cet article a pour ambition de dessiner les contours de cet autre.&nbsp;<\/p>\n\n\n<p>Dans un entretien donn\u00e9 \u00e0 des \u00e9tudiants de l\u2019universit\u00e9 am\u00e9ricaine Mount Holioke, Florica Kyriacopoulos d\u00e9clare : \u00ab&nbsp;I consider FOUGARO my major work of art, and plan to present it as such in 2021, when I think it will have reached a kind of completion in both form, content and spirit\u2026&nbsp;\u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n<p>Voil\u00e0 d\u00e9j\u00e0 une piste. En 2018 la d\u00e9signation \u00ab&nbsp;Art Center&nbsp;\u00bb est venue se greffer \u00e0 l\u2019\u00e9tiquette Fougaro pour remplacer, voir se poser en opposition au terme employ\u00e9 officieusement de centre culturel. L\u2019utilisation du mot Art d\u00e9signe bien plus que le simple contenant d\u2019un lieu. Il transforme un espace en objet. Ainsi les choses se d\u00e9placent et il nous faut questionner notre regard sur l\u2019existant. Qu\u2019est-ce qu\u2019un lieu vivant et actif qui est une oeuvre d\u2019art ?&nbsp;<\/p>\n\n\n<p>Pour que le lecteur s\u2019imagine bien de quoi il est question, nous nous proposons de nous arr\u00eater quelques instants sur une exp\u00e9rience pr\u00e9cise de ce que propose Fougaro : le vendredi 7 juin 2019 a eu lieu l\u2019inauguration de l\u2019exposition <em>Just a few drop of pink Copertone <\/em>de Stella Kapezanou, une peintre de la r\u00e9gion.&nbsp;<\/p>\n\n\n<p>Alors que finissent de dessiner les derniers adultes de l\u2019atelier du soir, l\u2019inauguration de la nouvelle exposition principale de Fougaro commence. Elle est ouverte au grand public et annonc\u00e9e comme telle. En plus de l\u2019exposition \u00e0 d\u00e9couvrir ce soir-l\u00e0, les \u00e9quipes du caf\u00e9-bistrot sont mobilis\u00e9es. Le barman a pr\u00e9par\u00e9 avec l\u2019artiste un cocktail qu\u2019elle a voulu plus rose que rose \u2013 presque imbuvable pour certains. Sont aussi servies de petites focaccias aux l\u00e9gumes savamment d\u00e9coup\u00e9es, color\u00e9es et dispos\u00e9es. En buvant ce cocktail, en mangeant ces petits pains aux couleurs des tableaux de Kapezanou, on devient sans s\u2019en rendre compte ses personnages, des caricatures de nous-m\u00eames : nos beaux habits deviennent kitsch, nos sourires deviennent comme factices, notre perception du monde se d\u00e9place. Un groupe joue des versions instrumentales de morceaux que l\u2019on croit reconnaitre par moment. Pour \u00e9chapper \u00e0 la transe survitamin\u00e9e de la soir\u00e9e Cupportone, il faut s\u2019\u00e9loigner un peu, lire une citation de Sophocles que les deux jeunes biblioth\u00e9caires ont laiss\u00e9 sur un tableau noir, contourner la galerie et aller voir, sur une sc\u00e8ne recouverte d\u2019eau aux reflets orangers, les \u00e9tudiantes en th\u00e9\u00e2tre de l\u2019universit\u00e9 grecque jouer M\u00e9d\u00e9e en plein air. Huit M\u00e9d\u00e9e qui sont aussi nourrices, Creon, Jason, n\u2019y rien comprendre, mais appr\u00e9cier la musicalit\u00e9 de cette langue grecque.&nbsp;<\/p>\n\n\n<p>Ici, les arts se m\u00ealent et s\u2019entrecroise cr\u00e9ant \u00e0 leur carrefour une oeuvre nouvelle, insaisissable, c\u2019est peut-\u00eatre l\u00e0 que pour commencer se trouve le geste artistique de Fougaro.<\/p>\n\n\n<p>Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1960, l\u2019amiti\u00e9 entre le po\u00e8te et peintre Brion Gysin et l\u2019\u00e9crivain William S. Burroughs am\u00e8ne \u00e0 la pratique du CUT-UP qui consiste, au sens large, \u00e0 faire dialoguer des oeuvres d\u00e9j\u00e0 existantes pour en extraire une cr\u00e9ation nouvelle. Burroughs&nbsp; construit des montages entre certains de ses \u00e9crits et des morceaux d\u00e9coup\u00e9s de Joyce, Rimbaud, Kafka ou Shakespeare par exemple. Ce processus a plusieurs effets imm\u00e9diats :&nbsp;<\/p>\n\n\n<p>D\u2019une part, il illimite le verbe, un m\u00eame vers prenant, selon sa position presque g\u00e9ographique, une infinit\u00e9 de possible.&nbsp;<\/p>\n\n\n<p>Ensuite, il fait passer la structure et le sens au second plan, la sensation, le rythme, la couleur des mots prenant le pas sur tout le reste.&nbsp;<\/p>\n\n\n<p>Enfin, il d\u00e9monte le langage, il descend les grands po\u00e8tes de leur pi\u00e9destal o\u00f9 ils prenaient poussi\u00e8re et les rend accessibles \u00e0 tous \u2013 puisqu\u2019il incite quiconque \u00e0 faire ses propres montages. Chacun pourra ainsi \u00eatre le contemporain, le co-auteur, le camarade d\u2019Arthur Rimbaud.&nbsp;<\/p>\n\n\n<p>C\u2019est peut \u00eatre \u00e7a Fougaro, un CUT-UP d\u2019un genre nouveau\u2026<\/p>\n\n\n<p>Depuis 16 ans, Florica Kyriacopoulos travaille sur Fougaro alors m\u00eame que le lieu est ouvert et accueille du public. Comme un peintre qui, alors qu\u2019il a pr\u00e9sent\u00e9 sa toile, reviendrait encore et toujours la retoucher, rajouter un \u00e9l\u00e9ment, en modifier un autre. Il ne s\u2019agit que rarement de changements majeurs, de gros bouleversements, non, c\u2019est un travail du d\u00e9tail, de l\u2019infime \u00e9l\u00e9ment, de la parfaite installation. Il s\u2019agira d\u2019un tableau qui d\u2019un endroit \u00e0 un autre prendra une teinte diff\u00e9rente, il s\u2019agira d\u2019un mur qui sera repeint pour entrer mieux en r\u00e9sonance avec ce tableau, il s\u2019agira d\u2019une lampe d\u00e9plac\u00e9e, ajust\u00e9e encore et encore pour qu\u2019elle trouve sa place parfaite.&nbsp;<\/p>\n\n\n<p>Si l\u2019on s\u2019attarde quelque peu sur les autres oeuvres de Florica Kyriacopoulos comme ses photographies r\u00e9centes ou pass\u00e9es, on y retrouvera ce m\u00eame go\u00fbt du d\u00e9tail, ce m\u00eame oeil ac\u00e9r\u00e9 toujours \u00e0 la recherche de l\u2019\u00e9quilibre fragile, de la couleur profonde, du moment suspendu de la rencontre avec l\u2019infime. Ce sont souvent de tr\u00e8s gros plans, d\u2019objet du quotidien, ou d\u2019oeuvres d\u2019art pr\u00e9existantes : un \u00e9l\u00e9ment mineur devient central, immense. Une fois encore elle d\u00e9place notre regard, une fois encore le petit, l\u2019anodin trouve ici un espace d\u2019expression, une fois encore c\u2019est un CUT-UP.&nbsp;<\/p>\n\n\n<p>Florica Kyriacopoulos est une artiste du long court qui durant des ann\u00e9es va tenter de saisir une \u00e9nergie, un mouvement, une sensation sans jamais se fermer au possible, sans jamais chercher l\u2019ordre, au contraire en accompagnant Fougaro dans le temps, en en restant \u00e0 l\u2019\u00e9coute.&nbsp;<\/p>\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019image du CUT-UP Florica Kyriacopoulos est devenue au fil du temps ma\u00eetresse dans l\u2019art de faire dialoguer les \u00e9l\u00e9ments. On pense, dans l\u2019exposition <em>Black&amp;Bleu <\/em>que nous avons \u00e9voqu\u00e9e plus haut, \u00e0 cette estrade grise, \u00e0 ce mur au n\u00e9on bleut\u00e9. Un tableau tout \u00e0 gauche d\u00e9passant du cadre projette comme une ombre noire, un autre tout aussi d\u00e9centr\u00e9 \u00e9met une faible lumi\u00e8re jaune. Deux fauteuils beiges sont dispos\u00e9s autour d\u2019une petite table basse ronde sur l\u2019estrade, en face un troisi\u00e8me fauteuil, lui gris. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019estrade, sur un promontoire haut, fin et noir, une sculpture bleue comme un g\u00e2teau de mariage avec deux petites statuettes d\u00e9capit\u00e9es sur le dessus. Ce d\u00e9cor, cette mise en sc\u00e8ne, nous chuchote mille histoires : est-ce l\u2019ombre des mari\u00e9s qui se projette sur le tableau du mur ? Si les deux fauteuils sont les leurs, \u00e0 qui appartient le troisi\u00e8me ? Et si nous sommes dans le vestibule des enfers quels crimes abominables ces deux petites porcelaines ont-elles commis pour justifier un tel ch\u00e2timent ? On retrouve d\u2019ailleurs deux t\u00eates, comme des cr\u00e2nes sur un autre tableau, sur un autre mur de la longue galerie qui porte d\u00e9finitivement bien mal son nom\u2026 c\u2019est plut\u00f4t une grotte, une caverne, \u00e0 l\u2019image de Fougaro c\u2019est un lieu d\u2019art et non plus un lieu o\u00f9 l\u2019on va voir de l\u2019art. Ce n\u2019est plus un lieu institutionnel, de certitude, o\u00f9 sont entrepos\u00e9s des espaces d\u2019incertitude, les oeuvres. C\u2019est l\u2019espace m\u00eame de l\u2019incertitude et donc de la po\u00e9sie, du r\u00eave, de l\u2019art.&nbsp;<\/p>\n\n\n<p>Florica Kyriacopoulos l\u2019\u00e9crit : \u00ab In BLACK&amp;BLUE I wanted to create an emotional landscape with two colours. A map of the human spirit facing its slings and arrows. I wanted depth of feeling and frailty to come through, but also strength. The process of selection started in my head months ago\u2026 I put aside favourite pieces, unhang paintings from the wall and discovered forgotten treasures. I looked at the works individually, and then grouped them together. I allowed the works to speak for themselves and lead me to choices. And then, I wove the pieces into the many venues of FOUGARO, allowing them to interact with all the other voices around them.\u00bb<\/p>\n\n\n<p>Si le CUT-UP illimite le verbe, alors Florica Kyriacopoulos avec Fougaro illimite les oeuvres qu\u2019elle a le soin de mettre en valeur, Fougaro est ainsi la somme de tous les d\u00e9tails que l\u2019artiste aura su mettre en r\u00e9sonance, un coryph\u00e9e de centaines de voix. \u00c0 l\u2019image la Gr\u00e8ce, Fougaro est un lieu vivant et qui a v\u00e9cu, qui est plein de fant\u00f4mes, loin des mus\u00e9es contemporains froids et aseptis\u00e9s. Il y a l\u2019odeur de Fougaro, qui vous saisit d\u00e8s votre arriv\u00e9e. Il y a la pr\u00e9sence de ses murs porteurs d\u2019histoire et le regard bienveillant de la chemin\u00e9e debout encore apr\u00e8s toutes ces ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n<p>Quand en 1950, Jackson Pollock pose sa toile sur le sol pour y faire danser la peinture il d\u00e9tourne la ligne de sa fonction. Elle n\u2019est plus figurative, s\u2019enfermant sur elle-m\u00eame pour dessiner des motifs plus ou moins abstraits. Elle est libre et devient Rhythm d\u2019Autumn, c\u2019est-\u00e0-dire pulsations, sensations, sentiments pour le spectateur, impressions. Le message, le symbole n\u2019est pas montr\u00e9, il est ressenti. La toile transforme un regardeur en spectateur. Il plonge celui qui accepte de se laisser faire dans un univers en mouvement.&nbsp;<\/p>\n\n\n<p>Quand en 2018, Florica Kyriacopoulos appose l\u2019intitul\u00e9 <em>Art center <\/em>\u00e0 Fougaro, elle propose une autre approche de cet espace. Car Fougaro n\u2019est pas seulement une architecture, le soin d\u2019un agencement, un travail de paysagiste ou d\u2019architecte. Fougaro ne saurait se contenter d\u2019\u00eatre pris en photo. Fougaro n\u2019est pas fig\u00e9, on ne peut pas le contempler de l\u2019ext\u00e9rieur, il demande au spectateur d\u2019<em>aller vers, <\/em>de s\u2019immerger, de se laisser impr\u00e9gner par l\u2019oeuvre. Faire l\u2019exp\u00e9rience physique, sensorielle de cette oeuvre d\u2019art sans en nier aucun des \u00e9l\u00e9ments qui la composent et qui en font l\u2019essence.&nbsp;<\/p>\n\n\n<p>Qu\u2019est-ce qu\u2019une oeuvre d\u2019art o\u00f9 le rire d\u2019un enfant fait partie de l\u2019oeuvre ? O\u00f9 des choses aussi \u00e9ph\u00e9m\u00e8res qu\u2019une odeur, que l\u2019alignement d\u2019une sculpture et d\u2019un rayon de soleil, modifient intens\u00e9ment sa structure ? C\u2019est une oeuvre du mouvement, du flux au sens latin du terme \u2013 <em>fluxus, <\/em>l\u2019\u00e9coulement<em>. <\/em>Le contenu m\u00eame de l\u2019oeuvre Fougaro est en constante \u00e9volution \u2013 et pas seulement par la soif insatiable de Florica Kyriacopoulos pour le perfectionnement et l\u2019ajournement de chaque d\u00e9tail du lieu \u2013 mais parce qu\u2019en prenant un lieu vivant comme oeuvre alors par d\u00e9finition on accepte que ce soit une oeuvre incontr\u00f4lable, insaisissable et dont la forme est en fin de compte profond\u00e9ment anarchiste et anarchisante puisqu\u2019elle n\u2019admet aucun ma\u00eetre ni aucun contr\u00f4le que ce soit de la part de nous spectateur ou m\u00eame de l\u2019artiste qui l\u2019a enfant\u00e9. Fougaro est un \u00e9tat de certitude (il a une adresse, des horaires d\u2019ouverture, une programmation) qui vous plonge dans un \u00e9tat d\u2019incertitude. \u00c0 l\u2019image du CUT-UP c\u2019est une oeuvre de sensation et de rythme, une oeuvre qui se vie avant de se penser.<\/p>\n\n\n<p>Car oui, aussi agr\u00e9able et accueillant Fougaro vous apparaitra-t-il, il ne vous appartient pas, en tout cas pas tout de suite : Fougaro appartient \u00e0 tous les artistes quels qu\u2019ils soient c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 ceux qui cr\u00e9ent de la vie et imaginent les possibles, il appartient aux \u00e9tudiants qui studieusement se r\u00e9fugient dans la biblioth\u00e8que, il appartient \u00e0 ce couple \u00e2g\u00e9 qui boit un caf\u00e9 et qui semble l\u00e0 depuis toujours, il appartient aux choeurs des cigales, aux arbres centenaires. Mais surtout, \u00e0 l\u2019image de la plan\u00e8te, Fougaro appartient aux enfants de 7 ans, qui p\u00e9dalent \u00e0 toute allure dans ses larges all\u00e9es et qui semblent tracer un sillon vers le futur.<\/p>\n\n\n<p>Il est donc temps d\u2019\u00e9claircir rapidement cette opposition que nous avions relev\u00e9e entre culture et art. Quelle diff\u00e9rence fondamentale cela impose-t-il ? Pour le comprendre, il faut s\u2019entendre sur la d\u00e9finition du mot Culture. Pour Andr\u00e9 Malraux \u00ab&nbsp;La culture, c'est ce qui r\u00e9pond \u00e0 l'homme quand il se demande ce qu'il fait sur la terre.\u00bb La culture serait donc tout \u00e0 fait indispensable puisqu\u2019elle apparait comme l\u2019ensemble pass\u00e9 et pr\u00e9sent de ce qui constitue une civilisation, on parle de \u00ab bagage culturel \u00bb. Mais, si cette opposition a un sens, si la culture est notre pr\u00e9cieux pass\u00e9 alors l\u2019art est peut-\u00eatre ce qui a \u00e0 voir avec l\u2019avenir, avec le <em>pas encore cr\u00e9\u00e9<\/em>, le <em>en cours de cr\u00e9ation<\/em>. L\u2019art serait comme un cours d\u2019eau que l\u2019on ne peut arr\u00eater, un flux \u00e0 nouveau. Une fois cr\u00e9\u00e9e, une oeuvre devient constituante, elle devient culture. L\u2019art serait ce moment suspendu, insaisissable de cr\u00e9ation hors du temps. Cette d\u00e9finition implique que si Fougaro se r\u00e9clame comme centre d\u2019Art, alors il doit rester ce lieu de vie, de cr\u00e9ation constante qu\u2019il est d\u00e9j\u00e0.&nbsp;<\/p>\n\n\n<p>Le futur de Fougaro c\u2019est par exemple un parc aux allures de for\u00eat qui devrait ouvrir d\u2019ici quelques mois. C\u2019est la nature avec tout ce qu\u2019elle a de rassurante et d\u2019impr\u00e9visible. C\u2019est sortir d\u00e9finitivement les tableaux des mus\u00e9es, les donner \u00e0 voir \u00e0 tous, les poser l\u00e0, contre un tronc, sans autre forme de proc\u00e8s. C\u2019est mettre au m\u00eame niveau la d\u00e9licate danse d\u2019une feuille qui tombe, la d\u00e9licate danse d\u2019une des sculptures de Mehler, la d\u00e9licate danse d\u2019une petite fille devant le tout. Parce que voil\u00e0 nous arrivons pour conclure \u00e0 notre dernier point concernant les CUT-UP et que nous avions annonc\u00e9 en introduction. Fougaro d\u00e9poussi\u00e8re l\u2019art et propose \u00e0 chacun d\u2019\u00eatre artiste.&nbsp;<\/p>\n\n\n<p>Si l\u2019on accepte qu\u2019une oeuvre d\u2019art soit en discussion, on admet aussi de la discuter, c\u2019est-\u00e0-dire de ne pas la consid\u00e9rer comme au-dessus, comme allant de soi, c\u2019est une proposition que vous \u00eates en droit questionn\u00e9e. D\u00e9j\u00e0, voil\u00e0 un geste vers celui qui sera trop effray\u00e9 de ne pas \u00eatre \u00e0 la hauteur. Ensuite, si l\u2019on accepte que l\u2019art est partout, qu\u2019il a tout autant sa place dans la galerie que dans le bistrot ou la biblioth\u00e8que alors on cr\u00e9e autant de possibilit\u00e9s de cr\u00e9er ce moment de la rencontre avec une oeuvre. C\u2019est-\u00e0-dire non pas le passage en revue d\u2019une exposition comme on consulte un catalogue, mais un moment de saisissement. Pour \u00eatre surpris par une oeuvre, peut-\u00eatre ne faut-il pas s\u2019attendre \u00e0 la voir, peut-\u00eatre que justement un lieu atypique a plus de chances de cr\u00e9er cette surprise. Enfin, si l\u2019on accepte que les oeuvres des \u00ab&nbsp;amateurs&nbsp;\u00bb de Fougaro aient droit \u00e0 leur exposition au m\u00eame titre que celle d\u2019artistes plus reconnus alors on admet que l\u2019art n\u2019a de valeurs que sensibles et personnelles.&nbsp;<\/p>\n\n\n<p>FKPcollection est, d\u2019apr\u00e8s Florica Kyriacopoulos, une \u00ab Collection de coeurs \u00bb. C\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019elle n\u2019est pas motiv\u00e9e par la valeur \u00e9conomique d\u2019une oeuvre, mais par sa valeur \u00e9motionnelle, son histoire. C\u2019est justement quand elle rencontre une oeuvre qui va entrer en r\u00e9sonance avec elle, ou un moment de sa vie, qu\u2019elle va se proposer de la prendre en charge, de la faire rentrer dans sa collection personnelle, dans son mus\u00e9e int\u00e9rieur, dans son CUT-UP. Est-ce que Fougaro aurait \u00e9t\u00e9 Fougaro si Florica Kyriacopoulos jeune fille n\u2019avait pas travaill\u00e9 l\u2019\u00e9t\u00e9 dans l\u2019usine de tabac de son p\u00e8re, si adolescente elle n\u2019avait pas visit\u00e9 les usines reconverties en centre d\u2019art des \u00c9tats-Unis, si elle n\u2019avait pas d\u00e9but\u00e9 sa carri\u00e8re d\u2019artiste peintre sous les orangers de Nauplie ? Si Fougaro est l\u2019oeuvre de la vie de Florica Kyricopoulos \u00e0 l\u2019image de tout ce qu\u2019elle a toujours fait et promu, c\u2019est son coeur qui en est la principal boussole.&nbsp;<\/p>\n\n\n<p>Cet article, puisqu\u2019il prend le parti de consid\u00e9rer Fougaro comme une oeuvre d\u2019art, ne peut pas faire l\u2019impasse sur sa cr\u00e9atrice, mais dans la r\u00e9alit\u00e9 du lieu, le nom de Florica Kyriacopoulos n\u2019appara\u00eet jamais, sur aucune affiche, aucun \u00e9criteau, aucune pancarte ou autre programme comme c\u2019est si souvent le cas lorsque les artistes s\u2019accaparent et parfois monopolisent des lieux d\u2019art. Ici, Florica Kyricopoulos est \u00e0 la fois pr\u00e9sente dans tous les d\u00e9tails et d\u2019une discr\u00e9tion, d\u2019une absence qui laisse \u00e0 chacun la place de se sentir \u00e0 son tour cr\u00e9ateur dans Fougaro. En dernier lieux Fougaro est un CUT-UP puisqu\u2019il tranche, d\u00e9chire le pr\u00e9-existant et vous propose de r\u00e9-assembl\u00e9e l\u2019avenir. C\u2019est \u00e7a son geste artistique, un geste qui dit : Cr\u00e9ez, faites quelque chose. Puisque l\u2019art ici est central, puisque tout ici vous incite \u00e0 le faire, vous prend dans sa marche, dans son mouvement, dans sa danse de cr\u00e9ation alors cr\u00e9ez, reprenez les stylos, les pinceaux, les pages, les toiles, les ciseaux : Reprenez la parole\u2026<\/p>\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;I was amazed that I had lived for so long without any awareness of my artist self. That got me thinking about the process of self-awareness. Using my personal experience as a case study, I concluded that many people lived their lives without ever fully exploring or discovering their own potentials.<\/p>\n\n\n<p>I decided to make it my life\u2019s mission: I would create a place that would offer young and old the possibility to discover and develop their own creative potential. For I was and remain convinced that creativity can transform lives, making happier people.&nbsp;\u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab&nbsp;Je vous en supplie faites quelque chose&nbsp; apprenez un pas, une danse, quelque chose qui vous justifie, &nbsp;qui vous donne le droit d&#8217;\u00eatre habill\u00e9s de votre peau de votre poil&nbsp; apprenez \u00e0 marcher et \u00e0 rire parce que ce serait trop b\u00eate \u00e0 la fin&nbsp; que tant soient morts et que vous viviez sans rien [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":268,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/265"}],"collection":[{"href":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=265"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/265\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":357,"href":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/265\/revisions\/357"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/268"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=265"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=265"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=265"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}