{"id":519,"date":"2021-04-12T07:40:47","date_gmt":"2021-04-12T05:40:47","guid":{"rendered":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/?p=519"},"modified":"2022-10-30T08:06:33","modified_gmt":"2022-10-30T07:06:33","slug":"3-2-vers-une-mise-en-mouvement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/2021\/04\/12\/3-2-vers-une-mise-en-mouvement\/","title":{"rendered":"3.2 Vers une mise en mouvement."},"content":{"rendered":"<p><em>Cet article est un extrait de mon m\u00e9moire de Master : &quot;L\u2019acteur de la Voix, de la vibration au mouvement&quot;.<\/em> <\/p>\n<p>Document PDF : <a href=\"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/MEMOIRE_MAVROMATIS_Lacteur-de-la-Voix-de-la-vibration-au-mouvement..pdf\" title=\"MEMOIRE_MAVROMATIS_L\u2019acteur de la Voix, de la vibration au mouvement.\">MEMOIRE_MAVROMATIS<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p>Quand Heiner Muller choisit la figure de M\u00e9d\u00e9e en 1985, l\u2019Allemagne est dans une situation politique critique, Berlin est encore coup\u00e9e en deux, comme un choix forc\u00e9ment liberticide pour la population. Le pays pris en tenaille entre deux visions \u00e9conomiques sauvages. Certainement peut-on voir dans le cri de cette M\u00e9d\u00e9e rapi\u00e9c\u00e9e, qui refuse de choisir entre l\u2019humiliation et la soumission, qui choisit la libert\u00e9 envers et contre tout, si ce n\u2019est un message tout du moins un mouvement. Peut-\u00eatre qu\u2019il y a dans M\u00e9d\u00e9e \u00e0 qui l\u2019on veut arracher ses enfants les pleurs des familles s\u00e9par\u00e9es. Peut-\u00eatre qu\u2019il y a dans son geste fou d\u00e9j\u00e0 de la liesse de ceux qui, quelques ann\u00e9es plus tard, comme elle, renverseront la table, feront tomber le mur. M\u00e9d\u00e9e figure po\u00e9tique agissante.  Si on reconnait \u00e0 l\u2019\u00e9criture le droit de s\u2019inscrire comme acte conscient et r\u00e9sistant dans une soci\u00e9t\u00e9 il devrait en \u00eatre de m\u00eame pour une voix. Une voix qui s\u2019\u00e9l\u00e8ve, non pas pour dire mais pour montrer, faire sentir.<br \/>\nQuand Trakl trempe sa plume dans l\u2019encre du tabou, il la trempe aussi dans celle de l\u2019insoumission : son mouvement est profond\u00e9ment libertaire. Il raconte bien plus que son histoire personnelle tragique, celle que d\u00e9crit si bien Claude Regy. Les cris de la mort et de la jouissance, de la folie aussi. Au-del\u00e0 du style litt\u00e9raire du po\u00e8te Trakl, ce sont ces voix qu\u2019il capture dans son texte qui ont attir\u00e9 Claude Regy. Le metteur en sc\u00e8ne l\u2019\u00e9crit comme r\u00e9sum\u00e9 de son \u0153uvre th\u00e9\u00e2trale : \u00ab\u00a0Il me semble que tous mes spectacles parlent du passage du corps \u00e0 l\u2019esprit, en m\u00eame temps que de la mort et de la folie, ils parlent du sexe.\u00a0\u00bb<br \/>\nLa voix par nature permet ce passage du m\u00e9canique au spirituel, du concret \u00e0 l\u2019immat\u00e9riel, du corps \u00e0 l\u2019esprit. On retrouve ce mouvement de passage que nous avons accol\u00e9 au spectacle <em>R\u00eave et Folie<\/em> ou justement la voix participe de cette \u00e9l\u00e9vation du corps \u00e0 l\u2019esprit. Le rapport entre la voix et la mort est de tout temps \u00e9tabli, \u00e0 travers notamment les chants rituels, qui, toutes civilisations confondues, accompagnent, guident le mort, mais surtout permet le recueillement et le processus de deuil des encore vivants.<sup id=\"fnref1:1\"><a href=\"#fn:1\" class=\"footnote-ref\">1<\/a><\/sup><br \/>\nIl nous faut \u00e9voquer bri\u00e8vement le pouvoir \u00e9rotique de la voix. Les voix ont une sexualit\u00e9 trouble. Comme une sorte d'androgynie irr\u00e9sistible \u2013 on pense \u00e0 ces voix d\u2019homme dont la virilit\u00e9 se fragilise dans les aigus, comme celle de Jean-Quentin Ch\u00e2telain qui par moment trouble la puissance de ses graves, comme si persistait quelque chose de la mue adolescente, celle de Rimbaud peut-\u00eatre, v\u00e9ritable sex-symbol gay, ic\u00f4ne avant l\u2019heure et avec laquelle s\u2019amuse l\u2019acteur.<br \/>\nOn parlait d\u2019attirance inexplicable pour les voix de notre corpus, peut-\u00eatre aurions-nous pu parler d\u2019attirance sexuelle pour ces voix, d\u2019attirance charnelle. Quand ils parlent, notre corps est dans une \u00e9coute, une adh\u00e9sion.<sup id=\"fnref1:2\"><a href=\"#fn:2\" class=\"footnote-ref\">2<\/a><\/sup> On ne peut d\u2019ailleurs pas nier que les voix de notre corpus, pour quelqu\u2019un qui n\u2019aurait pas pris le temps d\u2019\u00eatre charm\u00e9 et s\u00e9duit par elles, passent facilement comme d\u00e9sagr\u00e9ables, irritantes, voir insupportables. Et pourtant, parce que nous avons pris le temps de les connaitre, elles nous semblent \u00e0 nous envo\u00fbtantes, parfaites, en pleine possession de leurs puissances.<br \/>\nLa mort, la folie et le Sexe se retrouvent dans les \u0153uvres de notre corpus. Certainement reste-t-il dans la voix de Yann Boudaud quelque chose des cris tabous et incestueux de Trakl, mais aussi de sa soeur \u2013 androgynie \u00e0 nouveau. Et la nudit\u00e9 phallique de Val\u00e9rie Dr\u00e9ville n\u2019est pas que physique elle s\u2019entend. L\u2019utilisation de sa voix par l\u2019actrice est bien plus violente, d\u00e9brid\u00e9e, voire pornographique que ne l\u2019est l\u2019utilisation de son corps.<br \/>\nOn pourrait alors opposer ces voix sexuelles, troubles, organiques, perturbantes et passionn\u00e9es aux autres voix platement sexu\u00e9es, celles neutres, d\u00e9finies et d\u00e9finitives de la communication.<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Les institutions ont un rapport difficile avec la chose artistique qui, par nature, perturbe. Il ne peut y avoir d\u2019art confortable. Il y a aujourd\u2019hui tout un discours pernicieux sur le r\u00f4le de l\u2019artiste dans la soci\u00e9t\u00e9. De toutes fa\u00e7on on parle trop de culture. L\u2019art s\u2019est depuis longtemps noy\u00e9 dans la culture. Et voil\u00e0 que la culture se dissout dans la communication.\u00a0\u00bb<sup id=\"fnref1:3\"><a href=\"#fn:3\" class=\"footnote-ref\">3<\/a><\/sup><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La communication c\u2019est cette voix sans personnalit\u00e9, nationale, faussement investie. Publicitaire. C\u2019est cette communication qui aujourd\u2019hui \u2013 avec l\u2019image \u2013 a envahi le monde. Dans le domaine artistique aussi, trop souvent l\u2019art moderne et contemporain construisent leur r\u00e9putation sur de la communication plut\u00f4t que sur du sensible. Or de la m\u00eame mani\u00e8re que l\u2019on d\u00e9fend le droit \u00e0 la voix dans le th\u00e9\u00e2tre de ne plus \u00eatre illustrative, on peut d\u00e9fendre l\u2019id\u00e9e que toute autre forme d\u2019art peut s\u2019appr\u00e9cier sans notice explicative. Puisque l\u2019art tel que nous tentons de le d\u00e9finir ici, cet art du mouvement, est par d\u00e9finition plus sensoriel et physique.<sup id=\"fnref1:4\"><a href=\"#fn:4\" class=\"footnote-ref\">4<\/a><\/sup> La culture, qui n\u2019a rien \u00e0 voir avec l\u2019art, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 un accent, un vocabulaire, un argot qui met en branle le langage des communicants, qui excite la voix. La culture appartient \u00e0 chaque individu et le d\u00e9finit sans \u00e9chelle de valeurs.<br \/>\nPeut-\u00eatre faut-il remonter plus encore dans le temps, dans l\u2019histoire de la voix, pour retrouver l\u2019art. Quitter les communicants modernes et les discours indiff\u00e9renci\u00e9s. Retourner \u00e0 une langue plus charnue, plus imparfaite. Pour retrouver cette voix du chant, dans ces chants des cris et dans ces cris, une primitivit\u00e9. De cette primitivit\u00e9 vient l\u2019art. C\u2019est-\u00e0-dire l\u2019explosion de la voix dans l\u2019univers.<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Je pense souvent \u00e0 cette grotte de Pechemerle pr\u00e8s de Cahors, avec sur le rocher des mains n\u00e9gatives et dans le sol l\u2019empreinte du pied d\u2019un enfant.<br \/>\nLes choses essentielles de l\u2019homme, il est important de les retrouver dans les civilisations qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 le Christ parce que le christianisme a contamin\u00e9 la pens\u00e9e, la fa\u00e7on de vivre et d\u2019envisager la vie<br \/>\n[\u2026]<br \/>\nUne r\u00e9volution du langage peut secouer l\u2019ordre \u00e9tabli.\u00a0\u00bb<sup id=\"fnref1:5\"><a href=\"#fn:5\" class=\"footnote-ref\">5<\/a><\/sup><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les chants rituels et l\u2019union ind\u00e9fectible entre la voix et la mort, le sexe, la folie s\u2019expliquent peut-\u00eatre par le fait que ces trois situations brutales pour l\u2019individu annihilent l\u2019intellect. Mis \u00e0 nu on ne peut plus rien dire, on est sans paroles. Ne reste que la voix. Peut-\u00eatre parce que la voix permet d\u2019exprimer ce qu\u2019aucun mot ne peut. L\u2019innommable. Parce que la voix est plus proche du corps que de l\u2019intellect. Et parce que tout naturellement un son exprimera avec une infinie justesse ce que personne ne pourra jamais comprendre.<br \/>\nCertaines voix traversent l\u2019espace et le temps, deviennent infinies. Certains cris r\u00e9sonnent toujours. On l\u2019a pourtant entendu tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment, un matin dans l\u2019enfance on pourrait le dater, donner l\u2019heure, on pourrait la situer g\u00e9ographiquement. Pourtant la voix hurle toujours dans la pi\u00e8ce \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Ce hurlement de d\u00e9tresse c\u2019est un mouvement de survie, une n\u00e9cessit\u00e9 profonde sous peine de mort, d\u2019une deuxi\u00e8me. Un cri de mort, un cri pour \u00e9viter la folie. Un cri qui peut-\u00eatre s\u2019il est assez fort pourra \u00eatre entendu de la mort, un pleur qui s\u2019il est assez faible n\u2019effrayera pas les ombres. Des tons surbas, surforts, surcri\u00e9s dirait R\u00e9gy.<sup id=\"fnref1:6\"><a href=\"#fn:6\" class=\"footnote-ref\">6<\/a><\/sup><br \/>\nLe souvenir d\u2019une voix nous replonge imm\u00e9diatement dans l\u2019instant de cette voix, on redevient celui qu\u2019on \u00e9tait au moment de cette voix. On convoque des voix et elles viennent avec leur vibration, avec leur force. Une sensation, un mouvement. Il y a cette phrase de Sarah Kane \u2013 simple et d\u00e9finitive comme tout ce qu\u2019a \u00e9crit la po\u00e9tesse : \u00ab Rien qu\u2019un mot sur une page et le th\u00e9\u00e2tre est l\u00e0\u00bb.<sup id=\"fnref1:7\"><a href=\"#fn:7\" class=\"footnote-ref\">7<\/a><\/sup> Or un mot, ce n\u2019est pas encore un langage, ce n\u2019est pas encore une parole, c\u2019est un son. Alors on peut penser qu\u2019un cri, qu\u2019une vibration c\u2019est d\u00e9j\u00e0 du th\u00e9\u00e2tre. Un pleur, un soupire, une exclamation, un g\u00e9missement c\u2019est d\u00e9j\u00e0 du th\u00e9\u00e2tre. Un moment de voix et le monde se remet en mouvement.<br \/>\nToute voix vraie est th\u00e9\u00e2tre, parce que la voix est multiple, la voix met en jeu le corps. Parfois les sentiments sont tels que notre voix se d\u00e9double, se transforme et on s\u2019entend \u00e9mettre des sons que l\u2019on n\u2019avait jamais entendus ni de soi, ni de qui quiconque d\u2019autre. Un autre est n\u00e9, une nouvelle voix comme un nouveau monstre. Et parfois les textes au th\u00e9\u00e2tre am\u00e8nent les acteurs \u00e0 produire des sons qu\u2019ils ne pensaient pas pouvoir produire. Le texte implique leur corps, le texte implique leur voix, il les transforme. Alors si un ph\u00e9nom\u00e8ne similaire se produit, un autre na\u00eet de cette nouvelle voix, cette autre c\u2019est peut-\u00eatre le personnage.<br \/>\nLa voix du texte met en mouvement l\u2019acteur et puis cette voix de l\u2019acteur modifi\u00e9e, cette voix du personnage met en mouvement le th\u00e9\u00e2tre et ceux qui l\u2019\u00e9coutent.<br \/>\n\u00ab\u00a0Il faut remarquer qu\u2019il y a \u00ab\u00a0mouvoir\u00a0\u00bb dans \u00ab\u00a0\u00e9motion\u00a0\u00bb, un mouvement.\u00a0\u00bb<sup id=\"fnref1:8\"><a href=\"#fn:8\" class=\"footnote-ref\">8<\/a><\/sup><\/p>\n<p>Une voix de l\u2019encre c\u2019est toujours un spectre. L\u2019acteur de la voix c\u2019est celui qui va donner corps \u00e0 l\u2019invisible, qui va rendre palpable, mouvant ce qui n\u2019existait plus. Il y a quelque chose de fascinant pour le spectateur \u00e0 voir appara\u00eetre ce qui est mort, ce qui est spectral.<br \/>\nChaque fois qu\u2019une voix nous marque au th\u00e9\u00e2tre, on repart avec, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, un petit bout de cette voix. Un petit morceau de spectre. Un peu d\u2019\u00e9nergie. C\u2019est une nourriture pour l\u2019\u00e2me, c\u2019est un moteur.<br \/>\nParce qu\u2019au-del\u00e0 d\u2019une musique, une voix a un impact, un effet concret pour celui qui la ressent. Une envie d\u2019\u00e9ternit\u00e9, une envie de libert\u00e9, une envie de r\u00e9bellion, une envie d\u2019ailleurs. La mati\u00e8re de la voix n\u2019est  pas qu\u2019un son, l\u2019int\u00e9r\u00eat est dans la sensation qu\u2019elle provoquera chez l\u2019auditeur.<br \/>\nLa voix de ces acteurs ne dit pas quoi penser elle r\u00e9veille au fond de soi une volont\u00e9. La volont\u00e9 de chercher par exemple l\u00e0 o\u00f9 le th\u00e9\u00e2tre n\u2019est plus le disciple d\u2019un syst\u00e8me de pens\u00e9e ali\u00e9nant, mais le lieu de l\u2019implosion des individus. La voix n\u2019est qu\u2019un moyen celui qui personnellement nous attire, mais qui n\u2019a pas le monopole de la radicalit\u00e9.<br \/>\nAlors, continuer \u00e0 aller au th\u00e9\u00e2tre, s\u2019assoir, fermer les yeux et entendre. D\u2019abord le fragile voile d\u2019un silence, l\u2019ordre du rien ou de la convention. Attendre, et sentir proche de soi que d\u2019autres attendent aussi. Petit \u00e0 petit le voile s\u2019alourdit. Puis, dans une d\u00e9chirure, une voix. L\u00e0-bas une bouche s\u2019est ouverte et deux cordes vocales ont mis l\u2019espace en mouvement. Le voile se froisse, se d\u00e9chire par endroit. Les corps restent immobiles et pourtant un monde s\u2019\u00e9branle. L\u00e0, le son semble lointain et l\u2019ou\u00efe va se tendre, allez vers. Ici, la voix emplit l\u2019espace et s\u2019insinue dans l\u2019organisme. L\u00e0 encore, la diction se fait plus rythm\u00e9e et entraine l\u2019\u00e9coute avec elle. Cavalcade infinie, noyade sonore, danse de nuit. Le spectateur ne s\u2019appartient plus, il est pris dans une oeuvre po\u00e9tique.<br \/>\nPlus que la naissance d\u2019une voix, c\u2019est la naissance d\u2019un Homme libre. <\/p>\n<hr \/>\n<li id=\"fn:1\"> 1.   \u00ab\u00a0G. W. F. Hegel a \u00e9crit: La voix a pour caract\u00e9ristique de se perdre en s'ext\u00e9riorisant. Une fois \u00e9mis, le son dispara\u00eet, d\u00e9vor\u00e9 par l'air. C'est pourquoi les Romains de l'Antiquit\u00e9 laissaient dans les fun\u00e9railles les femmes pousser des cris plaintifs, d\u00e9pourvus de toute signification, afin que la douleur en elles dev\u00eent quelque chose d'\u00e9tranger \u00e0 elles. Dans l'\u00e9vocation vocalis\u00e9e, r\u00e9p\u00e9t\u00e9e sans finir, elles extraient leur douleur et en font quelque chose d'objectif, quelque chose qui vient faire face au sujet resserr\u00e9 sur soi ou pli\u00e9 sur sa souffrance. L'objectivation propre \u00e0 la musique chorale consiste dans une voix insens\u00e9e jet\u00e9e hors du corps. Celui qui a subi la perte rejoint le perdu au sein de son g\u00e9missement ; il quitte son corps et se d\u00e9compose dans l'atmosph\u00e8re du monde.\u00a0\u00bb<br \/>\nPascal Quignard, \u00ab\u00a0Le conte des voiles\u00a0\u00bb in Sordidissimes, Paris, Grasset, 2005.  \u00a0<a href=\"#fnref1:1\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a> <\/li>\n<li id=\"fn:2\"> 2. Claude R\u00e9gy parle d\u2019ailleurs d\u2019attirance \u00ab\u00a0subjective et sexuelle\u00a0\u00bb au sujet d\u2019une voix. Celle de Martial Di Fonzo Bo, alors jeune acteur argentin : \u00ab\u00a0J\u2019avais \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 par les vibrations de sa voix. Et son accent. Je ne l\u2019ai pas choisi pour \u00e7a. Mais en m\u00eame temps, il y a cette r\u00e9sonance. C\u2019est subjective et sexuel. Il y a des attirances ou des rejet que personne ne peut expliquer.\u00a0\u00bb<br \/>\nClaude R\u00e9gy, Ecrits 1991 - 2011, Besan\u00e7on, Les solitaires intempestifs, 2016, p. 169.  \u00a0<a href=\"#fnref1:2\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a> <\/li>\n<li id=\"fn:3\"> 3. Claude R\u00e9gy, Ecrits 1991 - 2011, Besan\u00e7on, Les solitaires intempestifs, 2016, p. 137. \u00a0<a href=\"#fnref1:3\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a> <\/li>\n<li id=\"fn:4\"> 4.  Proposons ici l\u2019hypoth\u00e8se que toute forme d\u2019art peut, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019une voix de l\u2019encre contenir sa propre voix. Comme le sculpteur donne un mouvement \u00e0 la pierre. Comme le peintre donne du mouvement au pigment. Ce mouvement, cette voix serait  pr\u00e9sent en tout art de mani\u00e8re primaire et primitive.<br \/>\nOn pense aux toiles de Jackson Pollock comme Autumn rythm (Number 30)\u00a0qui ne repr\u00e9sente rien mais capture une \u00e9nergie qui ne  peut pas \u00eatre copi\u00e9e, photographi\u00e9e, partag\u00e9e parce que le tableau n\u2019existe que dans sa texture, dans son immensit\u00e9, dans une pr\u00e9sence. La voix de l\u2019art ne s\u2019enregistre pas, elle s\u2019\u00e9coute en pr\u00e9sence. Pollock impose une exp\u00e9rience, une rencontre direct.<br \/>\nOn pense \u00e0 la danse, \u00e0 Pina Baush dans son caf\u00e9 Muller \u00e0 Wuppertal, somnambule \u00e0 travers les tables, les chaises. La r\u00e9p\u00e9tition et la pr\u00e9cision de ses mouvements gravent cette main, ce corps \u00e0 la r\u00e9tine, comme on r\u00e9p\u00e8te une phrase. Pina Baush transf\u00e9r\u00e9e de bras en bras, d\u2019hommes qui la laissent tomber elle se l\u00e8ve et se raccroche. Et ces cheveux ! dire que si longtemps on attachait en chignon les cheveux des danseuses, pas si surprenant finalement \u2013 en la voyant on comprend que rien n\u2019est moins retenu que les cheveux. Danse de cheveux, cheveux de folle. Cette danse donne envie de crier.<br \/>\nOn pense au rythme inarretable de l\u2019alexandrin, qui prend et malm\u00e8ne physiquement l\u2019acteur qui tente de le suivre.<br \/>\nOn pense \u00e0 la danse Buto aux cris de douleur silencieux de la d\u00e9flagration d\u2019Hiroshima. On pense alors aux ombres de Klein. Ces corps fig\u00e9s, ces voix suspendues.<br \/>\nOn pense au Torii, ces portails japonais construits en pleine bambouseraie et qui dans leurs structures capturent la forme du vent qui chante entre les tiges.<br \/>\nTout \u00e7a ce n\u2019est que du mouvement, une mise en mouvement. Toutes ces \u0153uvres capturent une voix.  \u00a0<a href=\"#fnref1:4\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a> <\/li>\n<li id=\"fn:5\"> 5. Claude R\u00e9gy, Ecrits 1991 - 2011, Besan\u00e7on, Les solitaires intempestifs, 2016, pp. 197-198. \u00a0<a href=\"#fnref1:5\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a> <\/li>\n<li id=\"fn:6\"> 6.  \u00ab\u00a0Ce qu\u2019il faut essayer d\u2019insuffler aux acteurs, c\u2019est une nourriture \u00e0 la fois mentale et \u00e9motionnelle, qui leur permette d\u2019aller au-del\u00e0, comme je vais au-del\u00e0 par des tons surbas ou surforts, surcri\u00e9s.\u00bb<br \/>\n Claude R\u00e9gy, \u00c9crits 1991-2011, Besan\u00e7on, Les solitaires intempestifs, 2016, p. 83.  \u00a0<a href=\"#fnref1:6\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a> <\/li>\n<li id=\"fn:7\"> 7. Sarah Kane, 4.48 psychose, trad. Evelyne Pieiller, Paris, L\u2019Arche, 2003, p. 19. \u00a0<a href=\"#fnref1:7\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a> <\/li>\n<li id=\"fn:8\"> 8. Claude R\u00e9gy, \u00c9crits 1991-2011, Besan\u00e7on, Les solitaires intempestifs, 2016, p. 474. \u00a0<a href=\"#fnref1:8\" rev=\"footnote\" class=\"footnote-backref\">\u21a9<\/a> <\/li>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cet article est un extrait de mon m\u00e9moire de Master : &quot;L\u2019acteur de la Voix, de la vibration au mouvement&quot;. Document PDF : MEMOIRE_MAVROMATIS Quand Heiner Muller choisit la figure de M\u00e9d\u00e9e en 1985, l\u2019Allemagne est dans une situation politique critique, Berlin est encore coup\u00e9e en deux, comme un choix forc\u00e9ment liberticide pour la population. 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