{"id":65,"date":"2017-12-04T01:59:00","date_gmt":"2017-12-04T00:59:00","guid":{"rendered":"http:\/\/mateo.mavromatis.org\/?p=65"},"modified":"2021-11-21T16:12:57","modified_gmt":"2021-11-21T15:12:57","slug":"ruptures-esthetiques-a-la-lumiere-de-klein-duchamp-article","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/2017\/12\/04\/ruptures-esthetiques-a-la-lumiere-de-klein-duchamp-article\/","title":{"rendered":"Ruptures esth\u00e9tiques \u00e0 la lumi\u00e8re de Klein &#038; Duchamp #article"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/Capture-decran-2020-01-08-a-10.21.26.png\" alt=\"\" \/><\/p>\n\n<p><\/p>\n\n\n<p>\u00ab\u00a0C\u2019est le regardeur qui fait l\u2019oeuvre\u00a0\u00bb annonce Marcel Duchamp. Cette phrase pose les bases de l\u2019art conceptuel, l\u2019important n\u2019est plus un sens mat\u00e9riel impos\u00e9 au spectateur mais une conception plurielle de l\u2019oeuvre. Au regard du travail de deux grands artistes, Marcel Duchamp et Yves Klein, nous nous proposons dans cet article de r\u00e9fl\u00e9chir succinctement sur ce qui, aujourd\u2019hui, fait art. Pour ce faire nous commencerons par comparer le travail de ces deux artistes fondamentaux du tournant esth\u00e9tique du 20e si\u00e8cle, puis nous nous attarderons sur quelques points de r\u00e9flexion que nous illustrerons avec des oeuvres plus contemporaines.<\/p>\n<p>Comme point de rep\u00e8re, choisisons un acte artistique fort et significatif de ces deux artiste :<br \/>\nLa fontaine, un urinoir en porcelaine propos\u00e9 par Marcel Duchamp \u00e0 la premi\u00e8re exposition de la soci\u00e9t\u00e9 des artistes ind\u00e9pendants de New York en 1917. Cet objet manufactur\u00e9, l\u2019un des nombreux ready-made de l\u2019artiste, ne se distingue des autres urinoirs de l\u2019\u00e9poque que par la signature \u00ab\u00a0R.Mutt\u00a0\u00bb, pseudonyme appos\u00e9 sur l\u2019oeuvre par l\u2019artiste \u00e0 la peinture noire.<br \/>\nLes anthropom\u00e9tries sont des peintures con\u00e7ues par Yves Klein \u00e0 partir de 1960. Elles sont r\u00e9alis\u00e9es par des femmes pinceaux guid\u00e9es par les indications orales du peintre.<br \/>\nCes deux oeuvres se distinguent par l\u2019importance donn\u00e9e \u00e0 la mise en sc\u00e8ne de leur conception par leurs cr\u00e9ateurs \u2014 deux dandys hauts en couleurs.<br \/>\nLa fontaine est une provocation. Duchamp, en 1917, est membre de la Soci\u00e9t\u00e9 des artistes ind\u00e9pendants de New York. Ils organisent une exposition dont le credo est simple: n\u2019importe qui peut exposer son oeuvre moyennant un droit de six dollars. Duchamp envoie, sous un faux nom, un simple urinoir pour tester les artistes ind\u00e9pendants. Comme il l\u2019avait pr\u00e9vu, l\u2019objet est refus\u00e9<sup id=\"fnref1:1\"><a href=\"#fn:1\" class=\"footnote-ref\">1<\/a><\/sup>. Bondissant sur le succ\u00e8s de sa provocation, Duchamp organise avec quelques amis la d\u00e9fense de l\u2019oeuvre de R.Mutt.<br \/>\nIl publie plusieurs articles dans un journal qu\u2019il a lui m\u00eame fond\u00e9, The Blind Man. Mais, lorsque finalement les marchands d\u2019art reconnaissent l\u2019oeuvre comme ayant de la valeur, l\u2019orignal est port\u00e9 disparu. C\u2019est donc dix reproductions, approuv\u00e9es par Duchamp, qui sont expos\u00e9es partout dans le monde.<br \/>\nCe qui est int\u00e9ressant dans cette histoire c\u2019est comment Duchamp \u00e0, en deux temps, cr\u00e9\u00e9 l\u2019une des oeuvres les plus importantes de l\u2019art contemporain. D\u2019abord en faisant le geste artistique de mettre dans une exposition d\u2019art un objet du quotidien (et pas n\u2019importe lequel). Puis en cr\u00e9ant lui m\u00eame l\u2019engouement autour de son oeuvre.<br \/>\nPour Yves Klein, la mise en sc\u00e8ne est tout aussi centrale quoiqu\u2019un peu diff\u00e9rente. Ces toiles anthropom\u00e9triques sont r\u00e9alis\u00e9es en public. Ce sont de v\u00e9ritables performances pens\u00e9es par l\u2019artiste. Il \u00e9crit pour l\u2019occasion une \u00ab\u00a0symphonie monoton\u00a0\u00bb : une seule note ininterrompue de 20 minutes, suivie d&#8217;un silence de 20 minutes. La symphonie est jou\u00e9e par un orchestre pr\u00e9sent dans la salle, les mod\u00e8les, nues, s\u2019enduisent de peinture. Klein est le chef d\u2019orchestre de l\u2019ensemble. Il lance la musique, dirige minutieusement ses marionnettes humaines devant des spectateurs sur leur trente et un. Comme chez Duchamp, l\u2019objet final n\u2019a pas tant d\u2019importance. Klein l\u2019a dit, \u201cLe tableau n&#8217;est que le t\u00e9moin, la plaque sensible qui a vu ce qui s&#8217;est pass\u00e9. La couleur \u00e0 l&#8217;\u00e9tat chimique, que tous les peintres emploient, est le meilleur m\u00e9dium capable d&#8217;\u00eatre impressionn\u00e9 par l\u2019\u00e9v\u00e9nement.\u201d<sup id=\"fnref1:2\"><a href=\"#fn:2\" class=\"footnote-ref\">2<\/a><\/sup> L\u2019histoire, la mise en sc\u00e8ne, est plus importante que la toile en elle m\u00eame.<br \/>\nCependant il y a une dimension esth\u00e9tique chez Klein que Duchamp rejette compl\u00e8tement. Pour ne citer qu\u2019elle, la  toile Hiroshima peinte par Klein en 1961, repr\u00e9sente les ombres fantomatiques laiss\u00e9es par les  flash de la bombe atomique sur les murs, l\u00e0 o\u00f9 se trouvaient les victimes au moment de l\u2019explosion. Cette toile est sous-tendu par une vibration et son sens est clairement d\u00e9fini, ce qui n\u2019a jamais \u00e9tait le cas des oeuvres de Duchamps.<\/p>\n<h1>Le r\u00f4le du d\u00e9tracteur<\/h1>\n<p>Marcel Duchamp aurait dit \u00ab\u00a0les plus f\u00e9roces d\u00e9tracteurs sont les premiers contributeurs de l\u2019\u0153uvre\u00a0\u00bb. C\u2019est en quelque sorte sur cette th\u00e9orie que repose l\u2019affaire fontaine : il y a fort \u00e0 parier que, s\u2019il n\u2019y avait pas eu de contestation, l\u2019urinoir serait pass\u00e9 totalement inaper\u00e7u. La pi\u00e8ce de Duchamp \u00e9tait volontairement irritante, pour provoquer la contestation, Pierre Pinoncelli l\u2019a bien relev\u00e9. Cet artiste vandale a, \u00e0 deux reprises (en 1993 et 2006), urin\u00e9 dans la fontaine avant de la frapper \u00e0 coup de marteau. Devant les juges, il a convoqu\u00e9 l\u2019esprit de Duchamp. Pour lui son geste \u00e9tait dans la continuit\u00e9 de l\u2019esprit Dada. Ce qu\u2019il semble souligner est que l\u2019oeuvre mat\u00e9rielle n\u2019est rien, ce n\u2019est m\u00eame pas l\u2019original, c\u2019est le geste qui fait art. Cela pose une vrai question \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 le prix des oeuvres \u00e0 scandale flambe sur le march\u00e9 de l\u2019art.<br \/>\nNous pourrions \u00e9voquer un autre geste en tout point comparable \u00e0 celui de Duchamp : Immersion (Piss Christ) d\u2019Andres Serrano. Comme chez Duchamp et Klein,  c\u2019est un geste choque qui est \u00e0 l\u2019origine de l\u2019oeuvre : plonger un crucifix dans un verre d\u2019urine. Comme chez Duchamp et Klein, la photo \u2013 aussi esth\u00e9tique soit-elle \u2013 n\u2019est que le support, le t\u00e9moin d\u2019un acte artistique. Comme chez Duchamp, l\u2019objet n\u2019est rien, une simple feuille r\u00e9 imprimable \u00e0 l\u2019infini. Et comme chez Duchamp, l\u2019effet scandale s\u2019est fait ressentir au b\u00e9n\u00e9fice de l\u2019oeuvre. En effet, un exemplaire de la photo sous cadre a \u00e9t\u00e9 vandalis\u00e9 \u00e0 Avignon en 2011 par un groupe d\u2019extr\u00e9mistes religieux qui criait au blasph\u00e8me. Mais malgr\u00e9 les d\u00e9g\u00e2ts, la photo est rest\u00e9e expos\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 la fin de l\u2019exposition dans son cadre cass\u00e9. L\u2019avocat de la d\u00e9fense s\u2019est m\u00eame servi de l\u2019argument du poids m\u00e9diatique b\u00e9n\u00e9fique de l\u2019affaire :\u00a0\u00ab\u00a0Il n&#8217;y a pas de d\u00e9gradation: la valeur est pass\u00e9e de 50.000 dollars \u00e0 250.000 euros. Il n&#8217;y a pas infraction\u00a0\u00bb.<sup id=\"fnref1:3\"><a href=\"#fn:3\" class=\"footnote-ref\">3<\/a><\/sup> Ultra m\u00e9diatis\u00e9, l\u2019artiste alla jusqu\u2019\u00e0 poser devant son cadre bris\u00e9 pour illustrer la pol\u00e9mique.<br \/>\nOn peut aussi retenir les mots d\u2019Anish Kapoor quand son Dirty Corner, ( renomm\u00e9 par tous le vagin de la reine), a \u00e9t\u00e9 souill\u00e9 \u00e0 Versailles de tags antis\u00e9mites : \u00ab\u00a0Ces mots infamants font partie de mon \u0153uvre, la d\u00e9passent, la stigmatisent au nom de nos principes universels. [&#8230;] Je d\u00e9fie d\u00e9sormais les mus\u00e9es du monde de la montrer telle quelle, porteuse de la haine qu\u2019elle a attir\u00e9. C\u2019est le d\u00e9fi de l\u2019art.\u00a0\u00bb<sup id=\"fnref1:4\"><a href=\"#fn:4\" class=\"footnote-ref\">4<\/a><\/sup> Comme un pieds de nez aux d\u00e9tracteurs, les artistes se montrent fiers que leurs oeuvres fassent r\u00e9agir. Ils persistent et signent poussant leurs gestes artistiques plus loin que la simple oeuvre mat\u00e9rielle. Comme l\u2019objet n\u2019a plus d\u2019importance, tout est dans le symbole, le mythe de l\u2019oeuvre : une oeuvre contest\u00e9e en ressort avec un mythe encore plus \u00e9toff\u00e9. La r\u00e9action de l\u2019artiste est tr\u00e8s int\u00e9ressante : Anish Kapoor, de confession juive, ne voulait pas recouvrir les tags pour ne pas cacher la poussi\u00e8re sous le tapis et regarder ces agresseurs dans les yeux. Comment parler d\u2019acte artistique face \u00e0 la barbarie sans penser \u00e0 l\u2019ultime une de Charlie Hebdo \u00e0 la suite des attentats, une mani\u00e8re de dire : \u00ab\u00a0on n\u2019a pas peur et de toute fa\u00e7on, on fait ce qu\u2019on veut\u00a0\u00bb ! <\/p>\n<h1>D\u2019autres acteurs de l\u2019oeuvre d\u2019art<\/h1>\n<p>Les d\u00e9tracteurs ne sont pas les seuls acteurs de la mise en sc\u00e8ne des artistes. Au contraire, depuis Duchamp, les artistes n\u2019ont eu de cesse de trouver toujours plus de protagonistes pour entrer dans le jeu. Pour rappel, Fontaine a mobilis\u00e9 Duchamp, la soci\u00e9t\u00e9 des artistes ind\u00e9pendants, certains journalistes contestataires, les amis de Duchamp, le public en dernier lieu. Pour Klein, il y avait l\u2019artiste, les femmes, les musiciens, le public, parfois un r\u00e9alisateur qui filmait la performance. Dans cette continuit\u00e9, une oeuvre contemporaine a concentr\u00e9 un maximum d\u2019acteurs dans son geste artistique : Cloaca, la \u00ab\u00a0Machine a caca\u00a0\u00bb de Wim Delvoye. L\u2019artiste a fait appel \u00e0 des scientifiques pour recr\u00e9er tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment une machine reproduisant le syst\u00e8me digestif humain. Il a install\u00e9 huit versions de sa machine dans plusieurs mus\u00e9es \u00e0 travers le monde avec l\u2019aval de leurs directeurs et commissaires d\u2019exposition. Il a demand\u00e9 \u00e0 des chefs \u00e9toil\u00e9s de pr\u00e9parer des plats raffin\u00e9s pour nourrir sa machine, \u00e0 l\u2019instar de Christian T\u00eatedoie, Meilleur Ouvrier de France en 1996. Du public, qui se penche pour sentir les crottes qui d\u00e9filent sur tapis roulant, aux critiques qui saluent l\u2019exploit : tous sont complices, pris \u00e0 partie dans la conception de la machine la plus inutile jamais invent\u00e9e. L\u2019artiste argumente cela : \u00ab\u00a0J\u2019ai cherch\u00e9 un truc compliqu\u00e9, difficile \u00e0 faire, cher, et qui ne m\u00e8ne \u00e0 rien\u00a0\u00bb<sup id=\"fnref1:5\"><a href=\"#fn:5\" class=\"footnote-ref\">5<\/a><\/sup>. C\u2019est v\u00e9ritablement l\u00e0 que r\u00e9side le geste et donc l\u2019oeuvre de Wim Delvoye : faire produire de la merde \u00e0 tout le monde, ce qu\u2019ils font peut \u00eatre quotidiennement sans s\u2019en rendre compte.<br \/>\nL\u2019artiste ne s\u2019arr\u00eate pas l\u00e0, tout comme Manzoni vendait sa merde d\u2019artiste (dont aujourd\u2019hui le prix d\u2019une boite avoisine les 30 000\u20ac), Delvoye vend les production de sa machine : il a cr\u00e9\u00e9 un spot publicitaire, un slogan :\u00a0\u00abBuy Cloaca Shit now!\u00a0\u00bb, il d\u00e9tourne de grandes marques comme coca-cola, Mr. Propre, Ford et bien d\u2019autres. Au point de ne plus distinguer ce qui est art et march\u00e9.<\/p>\n<h1>Un geste repris, la d\u00e9marche \u00e0 l\u2019origine des oeuvres<\/h1>\n<p>Comme toujours dans l\u2019art, les grand artiste inspire leur descendants \u2013 Soutine, Boudain et Matisse ont tous trois repris la mysterieuse Raie de Chardin. C\u2019est donc sans surprise que l\u2019on retrouve l\u2019influence de nos deux oeuvres dans plusieurs autres productions contemporaines.<br \/>\nL\u2019urinoir a \u00e9norm\u00e9ment inspir\u00e9. Nous avons d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 de Pierre Pinoncelli qui a urin\u00e9 et vandalis\u00e9e les mod\u00e8les expos\u00e9es. Sa\u00e2dane Afif, lui, a organis\u00e9 un work in progress au centre Pompidon. Nomm\u00e9e The Fountain Archives, l\u2019exposition pr\u00e9sente sous cadres les innombrables publications consacr\u00e9es \u00e0 l\u2019\u0153uvre de Marcel Duchamp depuis 2008. L\u2019artiste qui peut \u00eatre pouss\u00e9 au plus loin l\u2019effet Duchamp, c\u2019est Maurizio Cattelan, sculpteur \u00e0 l\u2019origine du Hitler priant ou du pape sous une m\u00e9t\u00e9orite. Cet artiste italien propose aux visiteurs du mus\u00e9e Guggenheim de New York, des toilettes en or massif tout \u00e0 fait fonctionnelles. Si, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, exposer des toilettes dans un mus\u00e9e \u00e9tait choc, aujourd\u2019hui, c\u2019est exposer une oeuvre dans les toilettes qui fait parler, avec ce geste de permettre \u00e0 qui veut de d\u00e9f\u00e9quer dans l\u2019oeuvre. Un geste qui n\u2019a pas manqu\u00e9 de d\u00e9frayer la critique une fois encore.<br \/>\nMais ce qui a r\u00e9ellement secou\u00e9 le monde de l\u2019art l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re est l\u2019achat d\u2019une couleur par le sculpteur Anish Kapoor. Le Vantablack est, pour utiliser les termes exactes, une \u00ab\u00a0absence de couleur\u00a0\u00bb, le noir le plus absolu cr\u00e9\u00e9 par l\u2019homme. D\u00e9velopp\u00e9 par l\u2019entreprise britannique Surrey NanoSystems pour des fins militaires et scientifiques, l\u2019artiste a achet\u00e9 le monopole de cette couleur \u00e0 des fins artistiques pour une somme tenue secr\u00e8te mais qui se veut consid\u00e9rable. Il est tr\u00e8s int\u00e9ressant de mettre ce geste en relation avec celui de Klein qui, le 19 mai 1960, d\u00e9pose \u00e0 l&#8217;Institut national de la propri\u00e9t\u00e9 industrielle (INPI) la formule de son invention, \u00ab\u00a0le bleu Klein\u00a0\u00bb, dont un liant particulier joue sur la fixation sur la toile du pigment bleu. Pour Anish Kapoor, la situation est un peu diff\u00e9rente mais reste un geste insolant, celui de poss\u00e9der une couleur. Geste qui n\u2019a pas manqu\u00e9 de faire r\u00e9agir l\u2019artiste Stuart Semple qui a cr\u00e9\u00e9 PINK, un pigment super rose. Pour l\u2019acheter, il faut signer une d\u00e9claration l\u00e9gale qui stipule que \u00ab vous n\u2019\u00eates pas Anish Kapoor ni un associ\u00e9, en aucun cas affili\u00e9 \u00e0 Anish Kapoor ou en train de se procurer cet article au nom d\u2019Anish Kapoor \u00bb. <\/p>\n<h1>La valeur de l\u2019oeuvre<\/h1>\n<p>Cependant, tout ces gestes posent tout de m\u00eame questions. Si tout n\u2019est que provocation, qu\u2019elle est la valeur de l\u2019oeuvre mat\u00e9rielle ? Doit-on forcement \u00eatre un \u00e9rudit et connaitre toutes les histoires de toutes les oeuvres quand on va au mus\u00e9e ? L\u2019objet mat\u00e9riel n\u2019existerait-il pas seulement pour avoir un objet \u00e0 vendre et ainsi cr\u00e9er une valeur capitaliste ? La surench\u00e8re perp\u00e9tuelle des artistes ne nuit-elle pas \u00e0 l\u2019art ?  On en viendrait presque a diff\u00e9rencier d\u2019une part \u00ab\u00a0les oeuvres universitaires\u00a0\u00bb, sur lesquelles il est tr\u00e8s int\u00e9ressant de longuement disserter, et \u00ab\u00a0les oeuvres d\u2019art\u00a0\u00bb, les vrais, celles qui cr\u00e9ent en nous un sentiment d\u2019appartenance \u00e0 quelque chose qui nous d\u00e9passe, modifie notre vision du monde et nous font toucher l\u2019infinie. L\u2019art conceptuel ou l\u2019art contemporain, sont extr\u00eamement subjectifs : puisque c\u2019est le regardeur qui fait l\u2019oeuvre, c\u2019est lui dans toute sa complexit\u00e9 qui en fait la valeur, et non pas des tradeurs sp\u00e9cialistes pour faire monter la c\u00f4te des artistes. L\u2019art contemporain est surtout la possibilit\u00e9 de rencontrer des artistes qui nous parlent directement, avec des outils qui sont les notres, d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration qui est la notre. C\u2019est la possibilit\u00e9, au d\u00e9tour d\u2019une galerie, de tomber \u00e0 la renverse devant l\u2019immensit\u00e9 d\u2019une sculpture ou la r\u00e9sonance d\u2019une mise en sc\u00e8ne. Depuis Duchamp, tout est permis, et quelque part, c\u2019est ce qu\u2019il a offert aux artistes contemporains : la possibilit\u00e9 de tout faire, de tout essayer avec pour seul objectif celui de l\u2019art \u00e0 tout prix. Yves Klein \u00e9tait brillant, il faut voir la force avec laquelle il as travaill\u00e9 ses toile au feu dans ces derniers tableau. Il faut voir son regard transcendant d\u2019amour, de tendresse devant ses toiles en creation. Personne n\u2019arrivera jamais a percer la profondeur de ses toiles bleues. Les couleurs du Piss Christ sont tout autant subtile. S1. errano l\u2019a martel\u00e9, il est un artiste chr\u00e9tien ! C\u2019est vrai, jamais le mythe du Christ n\u2019a \u00e9t\u00e9 aussi subtilement r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9e. L\u2019art du Christ est d\u2019\u00eatre beau m\u00eame couvert de sang, un liquide corporel. Le Piss Christ est une oeuvre d\u2019art dans la plus fid\u00e8le lign\u00e9e de celles de Rubens, Manet et de Mantegna. En plus d\u2019ouvrir la porte \u00e0 tout l\u2019art performatif, \u00e0 toutes les folies des plasticiens, Duchamps et Klein ont donn\u00e9 une libert\u00e9 totale aux artistes du 21e si\u00e8cle. Apr\u00e8s eux, tout fut radicalement different et ils marqu\u00e8rent d\u00e9finitivement le tournant esth\u00e9tique du 20e si\u00e8cle.<\/p>\n<h1>Source multimedia<\/h1>\n<p>Site internet du centre Pompidou, \u00ab\u00a0L'\u0153uvre Fontaine - Centre Pompidou\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Emission, \u00ab Stup\u00e9fiant \u2013\u00a0L' Enqu\u00eate : Acheter la couleur noir ?\u00a0\u00bb, France 2<\/p>\n<p>Emission, \u00ab\u00a0Scandale\u00a0\u00bb, Arte<\/p>\n<p>Conf\u00e9rence gesticul\u00e9 de Franck Lepage, \u00ab\u00a0L\u2019art content pour rien\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Documentaire, \u00ab\u00a0La r\u00e9volution Bleue\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n<figure class=\"wp-block-gallery columns-3 is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\"><ul class=\"blocks-gallery-grid\"><li class=\"blocks-gallery-item\"><figure><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"769\" height=\"769\" src=\"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/picture_file_1530.jpeg\" alt=\"\" data-id=\"73\" data-full-url=\"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/picture_file_1530.jpeg\" data-link=\"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/2017\/12\/04\/ruptures-esthetiques-a-la-lumiere-de-klein-duchamp-article\/picture_file_1530\/\" class=\"wp-image-73\" srcset=\"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/picture_file_1530.jpeg 769w, https:\/\/mateo.mavromatis.org\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/picture_file_1530-300x300.jpeg 300w, https:\/\/mateo.mavromatis.org\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/picture_file_1530-150x150.jpeg 150w, https:\/\/mateo.mavromatis.org\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/picture_file_1530-508x508.jpeg 508w\" sizes=\"(max-width: 769px) 100vw, 769px\" \/><\/figure><\/li><li class=\"blocks-gallery-item\"><figure><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/Capture-decran-2020-01-08-a-10.24.13-1024x1024.png\" alt=\"\" data-id=\"72\" data-full-url=\"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/Capture-decran-2020-01-08-a-10.24.13.png\" data-link=\"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/2017\/12\/04\/ruptures-esthetiques-a-la-lumiere-de-klein-duchamp-article\/capture-decran-2020-01-08-a-10-24-13\/\" class=\"wp-image-72\" srcset=\"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/Capture-decran-2020-01-08-a-10.24.13-1024x1024.png 1024w, https:\/\/mateo.mavromatis.org\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/Capture-decran-2020-01-08-a-10.24.13-300x300.png 300w, https:\/\/mateo.mavromatis.org\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/Capture-decran-2020-01-08-a-10.24.13-150x150.png 150w, https:\/\/mateo.mavromatis.org\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/Capture-decran-2020-01-08-a-10.24.13-768x768.png 768w, https:\/\/mateo.mavromatis.org\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/Capture-decran-2020-01-08-a-10.24.13-508x508.png 508w, https:\/\/mateo.mavromatis.org\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/Capture-decran-2020-01-08-a-10.24.13.png 1168w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure><\/li><li class=\"blocks-gallery-item\"><figure><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/Capture-decran-2020-01-08-a-10.23.45-1024x1024.png\" alt=\"\" data-id=\"71\" data-full-url=\"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/Capture-decran-2020-01-08-a-10.23.45.png\" data-link=\"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/2017\/12\/04\/ruptures-esthetiques-a-la-lumiere-de-klein-duchamp-article\/capture-decran-2020-01-08-a-10-23-45\/\" class=\"wp-image-71\" srcset=\"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/Capture-decran-2020-01-08-a-10.23.45-1024x1024.png 1024w, https:\/\/mateo.mavromatis.org\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/Capture-decran-2020-01-08-a-10.23.45-300x300.png 300w, https:\/\/mateo.mavromatis.org\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/Capture-decran-2020-01-08-a-10.23.45-150x150.png 150w, https:\/\/mateo.mavromatis.org\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/Capture-decran-2020-01-08-a-10.23.45-768x768.png 768w, https:\/\/mateo.mavromatis.org\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/Capture-decran-2020-01-08-a-10.23.45-508x508.png 508w, https:\/\/mateo.mavromatis.org\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/Capture-decran-2020-01-08-a-10.23.45.png 1168w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure><\/li><\/ul><\/figure>\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0C\u2019est le regardeur qui fait l\u2019oeuvre\u00a0\u00bb annonce Marcel Duchamp. 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Au regard du travail de deux grands artistes, Marcel Duchamp et Yves Klein, nous nous proposons dans cet article de r\u00e9fl\u00e9chir succinctement sur [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":70,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/65"}],"collection":[{"href":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=65"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/65\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":285,"href":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/65\/revisions\/285"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/70"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=65"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=65"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=65"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}