{"id":717,"date":"2025-10-02T18:09:01","date_gmt":"2025-10-02T16:09:01","guid":{"rendered":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/?p=717"},"modified":"2025-10-02T18:32:43","modified_gmt":"2025-10-02T16:32:43","slug":"thearts-2-sculpter-les-ombres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/2025\/10\/02\/thearts-2-sculpter-les-ombres\/","title":{"rendered":"Th\u00e9Arts #2 : Sculpter les ombres\u2028"},"content":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre du Gymnase-Bernardines x Mus\u00e9e Cantini<br \/>\nSamedi 27 septembre \u2013 RAJOUTER LES DEUX HORRAIRES\u2028Mus\u00e9e Cantini \u2013 19 Rue Grignan, 13006 Marseille\u2028Entr\u00e9e libre sur r\u00e9servation : relationspubliques@lestheatres.net\u2028Dur\u00e9e : 35 minutes<\/p>\n<p>Apr\u00e8s un premier rendez-vous consacr\u00e9 \u00e0 la m\u00e9moire, Th\u00e9Arts revient en partenariat avec le Mus\u00e9e Cantini pour un second temps d\u2019exploration sensible entre sc\u00e8ne et mus\u00e9e.<br \/>\nCette nouvelle rencontre s\u2019articule autour de l\u2019exposition Giacometti. Sculpter le vide et du spectacle \u00c0 l\u2019ombre du r\u00e9verb\u00e8re de Redwane Rajel, pr\u00e9sent\u00e9 au Th\u00e9\u00e2tre des Bernardines (30 septembre \u2013 04 octobre 2025).<br \/>\n\u00c0 travers sa pr\u00e9sence au mus\u00e9e, l\u2019artiste invite le public \u00e0 entrer dans un espace de r\u00eave et de partage, o\u00f9 les silhouettes effil\u00e9es de Giacometti dialoguent avec la po\u00e9sie de Baudelaire. Entre sculptures, mots et gestes, un moment se compose, po\u00e9tique et participatif.<br \/>\nTh\u00e9Arts est un espace de rencontre, une travers\u00e9e entre les arts, o\u00f9 chaque spectateur devient \u00e0 son tour cr\u00e9ateur.<\/p>\n<p>Artiste : Redwane Rajel<br \/>\nConception : Mat\u00e9o Mavromatis<\/p>\n<blockquote>\n<p>Spleen<br \/>\nQuand le ciel bas et lourd p\u00e8se comme un couvercle<br \/>\nSur l'esprit g\u00e9missant en proie aux longs ennuis,<br \/>\nEt que de l'horizon embrassant tout le cercle<br \/>\nIl nous verse un jour noir plus triste que les nuits;<br \/>\nQuand la terre est chang\u00e9e en un cachot humide,<br \/>\nO\u00f9 l'Esp\u00e9rance, comme une chauve-souris,<br \/>\nS'en va battant les murs de son aile timide<br \/>\nEt se cognant la t\u00eate \u00e0 des plafonds pourris ;<br \/>\nQuand la pluie \u00e9talant ses immenses tra\u00een\u00e9es<br \/>\nD'une vaste prison imite les barreaux,<br \/>\nEt qu'un peuple muet d'inf\u00e2mes araign\u00e9es<br \/>\nVient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,<br \/>\nDes cloches tout \u00e0 coup sautent avec furie<br \/>\nEt lancent vers le ciel un affreux hurlement,<br \/>\nAinsi que des esprits errants et sans patrie<br \/>\nQui se mettent \u00e0 geindre opini\u00e2trement.<br \/>\nEt de longs corbillards, sans tambours ni musique,<br \/>\nD\u00e9filent lentement dans mon \u00e2me ; l'Espoir,<br \/>\nVaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique,<\/p>\n<\/blockquote>\n<h1>Les correspondances<\/h1>\n<p>Baudelaire, dans le sonnet Correspondances, a forg\u00e9 une intuition qui reste aujourd\u2019hui fondamentale : le monde est travers\u00e9 de signes qui se r\u00e9pondent. Les sons, les couleurs, les mati\u00e8res communiquent dans une unit\u00e9 secr\u00e8te. Walter Benjamin, qui a consacr\u00e9 un livre entier \u00e0 Baudelaire, voyait dans cette id\u00e9e le fondement m\u00eame de la modernit\u00e9 po\u00e9tique : l\u2019exp\u00e9rience urbaine, fragment\u00e9e, satur\u00e9e, pouvait \u00eatre r\u00e9enchant\u00e9e par ces r\u00e9seaux invisibles, ces correspondances qui relient un trottoir humide \u00e0 une musique, un parfum \u00e0 une couleur, une \u0153uvre \u00e0 une autre.<br \/>\nC\u2019est exactement ce que cherche \u00e0 produire Th\u00e9Arts : une situation de correspondance vivante. Ici, nous faisons se r\u00e9pondre un po\u00e8me et une sculpture, une servante de th\u00e9\u00e2tre et un lampadaire de Giacometti, la ville de Baudelaire et celle de Redwane Rajel. L\u2019exp\u00e9rience devient un espace de passage, o\u00f9 chaque \u0153uvre \u00e9claire l\u2019autre.<\/p>\n<blockquote>\n<p>CORRESPONDANCES<br \/>\nLa Nature est un temple o\u00f9 de vivants piliers<br \/>\nLaissent parfois sortir de confuses paroles\u00a0;<br \/>\nL'homme y passe \u00e0 travers des for\u00eats de symboles<br \/>\nQui l'observent avec des regards familiers.<br \/>\nComme de longs \u00e9chos qui de loin se confondent<br \/>\nDans une t\u00e9n\u00e9breuse et profonde unit\u00e9,<br \/>\nVaste comme la nuit et comme la clart\u00e9,<br \/>\nLes parfums, les couleurs et les sons se r\u00e9pondent.<br \/>\nIl est des parfums frais comme des chairs d'enfants,<br \/>\nDoux comme les hautbois, verts comme les prairies,<br \/>\nEt d'autres, corrompus, riches et triomphants,<br \/>\nAyant l'expansion des choses infinies,<br \/>\nComme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens,<br \/>\nQui chantent les transports de l'esprit et des sens. <\/p>\n<\/blockquote>\n<h1>Les r\u00e9verb\u00e8res<\/h1>\n<p>Le motif du r\u00e9verb\u00e8re concentre ces correspondances.\u2028Chez Baudelaire, dans les Tableaux parisiens, le r\u00e9verb\u00e8re est ce point de lumi\u00e8re au milieu de la grisaille moderne. C\u2019est une pr\u00e9sence \u00e0 la fois d\u00e9risoire et obstin\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Un gazetier philanthrope me dit que la solitude est mauvaise pour l\u2019homme\u00a0;\u00a0\u00bb<br \/>\n\u00ab\u00a0Le vin des chiffonniers : Souvent, \u00e0 la clart\u00e9 rouge d\u2019un r\u00e9verb\u00e8re \/ Dont le vent bat la flamme et tourmente le verre, \/ Au c\u0153ur d\u2019un vieux faubourg, labyrinthe fangeux \/ O\u00f9 l\u2019humanit\u00e9 grouille en ferments orageux (\u2026)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Chez Redwane Rajel, le r\u00e9verb\u00e8re devient une servante. Ce petit luminaire, qu\u2019on laisse toujours allum\u00e9 dans un th\u00e9\u00e2tre vide, veille les fant\u00f4mes. Les Anglais l\u2019appellent ghostlight. Elle n\u2019\u00e9claire presque rien, mais elle persiste. Elle est une m\u00e9moire. Et cette servante, dans le spectacle \u00c0 l\u2019ombre du r\u00e9verb\u00e8re, prend la place du lampadaire urbain : elle devient partenaire de jeu.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/cdn.artishoc.coop\/13cb61f1-3d64-4480-a007-f3e2bcda6205\/v1\/medias\/eyJfcmFpbHMiOnsibWVzc2FnZSI6Ik1qWXdNelV4IiwiZXhwIjpudWxsLCJwdXIiOiJtZWRpYS9tZWRpYV9pZCJ9fQ==--b13da4716c8b115028381e48a19bd808001e3cd29dff352ea645b75b1e84d2e6\/921683c195bc\/a_l_ombre_du_reverbere_photo_claire_gaby_2.jpg\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/cdn.artishoc.coop\/13cb61f1-3d64-4480-a007-f3e2bcda6205\/v1\/medias\/eyJfcmFpbHMiOnsibWVzc2FnZSI6Ik1qWXdNelV4IiwiZXhwIjpudWxsLCJwdXIiOiJtZWRpYS9tZWRpYV9pZCJ9fQ==--b13da4716c8b115028381e48a19bd808001e3cd29dff352ea645b75b1e84d2e6\/921683c195bc\/a_l_ombre_du_reverbere_photo_claire_gaby_2.jpg\" alt=\"\" \/><\/a><\/p>\n<p>Chez Giacometti, il y a les fameux lampadaires. Jean Genet raconte qu\u2019il ne pouvait pas s\u2019emp\u00eacher de les toucher. Et il \u00e9crit cette phrase saisissante :<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab Joie tr\u00e8s connue et sans cesse nouvelle de mes doigts quand je les prom\u00e8ne - mes yeux ferm\u00e9s - sur une statue.<\/p>\n<ul>\n<li>Sans doute, me dis-je, toute statue de bronze donne aux doigts le m\u00eame bonheur. Chez des amis qui poss\u00e8dent deux petites statues, copies exactes de Donatello, je veux recommencer sur elles l'exp\u00e9rience : le bronze ne r\u00e9pond plus, muet, mort.<br \/>\nGiacometti ou le sculpteur pour aveugles.<br \/>\nMais d\u00e9j\u00e0 il y a dix ans, J'avais connu le m\u00eame plaisir quand ma main, mes doigts et la paume - parcouraient ses lampadaires. Ce sont bien les mains, non les yeux de Giacometti, qui fabriquent ses objets, ses figures. Il ne les r\u00eave pas, il les \u00e9prouve. \u00bb<\/li>\n<\/ul>\n<\/blockquote>\n<p>Le lampadaire de Giacometti, la servante de Redwane, le r\u00e9verb\u00e8re baudelairien : trois figures qui se rejoignent. Des verticalit\u00e9s fragiles, des veilleuses contre le vide.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.fondation-giacometti.fr\/images\/189030_01.jpg?d=20250914041809\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.fondation-giacometti.fr\/images\/189030_01.jpg?d=20250914041809\" alt=\"\" \/><\/a><\/p>\n<p>On touche les sculpture de Giaco. Quel mat\u00e9rialit\u00e9, quel physicalit\u00e9 des textes de th\u00e9\u00e2tre pour le com\u00e9dien ? Par exemple un poeme de Baudelaire\u2026<\/p>\n<h1>La boue et l\u2019or, l\u2019homme moderne urbain et le spleen<\/h1>\n<p>Baudelaire, dans son Projet d\u2019\u00e9pilogue rest\u00e9 in\u00e9dit de son vivant, revendique :\u2028<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab Tu m\u2019as donn\u00e9 ta boue, et j\u2019en ai fait de l\u2019or. \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Benjamin souligne que c\u2019est l\u00e0 le geste fondamental de la po\u00e9sie moderne : non pas fuir le trivial, mais l\u2019habiter jusqu\u2019\u00e0 y d\u00e9celer une valeur esth\u00e9tique. La boue, ce sont les trottoirs, les chantiers, la grisaille urbaine. De cette mati\u00e8re pesante, Baudelaire tire un \u00e9clat po\u00e9tique.<br \/>\nGiacometti accomplit ce geste avec la sculpture. Genet d\u00e9crit sa palette comme une \u00ab flaque de boue de diff\u00e9rents gris \u00bb. Mais de ce magma informe \u00e9mergent des visages, des silhouettes effil\u00e9es, des pi\u00e9tons dress\u00e9s. La boue ne dispara\u00eet pas : elle s\u2019\u00e9lance, se transfigure en verticalit\u00e9 fragile.<\/p>\n<p>Redwane Rajel, \u00e0 son tour, travaille la mati\u00e8re de la ville contemporaine : le bitume, les lampadaires, les gestes anonymes. Par le th\u00e9\u00e2tre, il transforme ce quotidien en sc\u00e8ne po\u00e9tique. Comme Baudelaire et Giacometti, il accomplit ce passage : de la boue \u00e0 l\u2019or.<br \/>\nBaudelaire, \u00e9crit Benjamin, est \u00ab le po\u00e8te de la grande ville \u00bb. Ses Tableaux parisiens et ses Spleen ne sont pas des descriptions naturalistes : ils traduisent le bouleversement de la sensibilit\u00e9 dans une ville en mutation, d\u00e9truite et reconstruite par Haussmann, satur\u00e9e de foule et de vitesse. Le \u00ab ciel bas et lourd \u00bb du Spleen exprime cette oppression moderne : une chape qui p\u00e8se sur l\u2019esprit.<\/p>\n<p>Genet, dans son texte sur Giacometti, raconte ses trajets en autobus dans Paris. Il voit d\u00e9filer les silhouettes trop vite : une lassitude d\u2019\u00e9paule, un pli de bouche, une d\u00e9marche vo\u00fbt\u00e9e. Tout est saisi en vitesse, comme un croquis de Rembrandt, et chaque fragment r\u00e9v\u00e8le une v\u00e9rit\u00e9 nue, bless\u00e9e, irr\u00e9ductible. La ville devient ainsi un th\u00e9\u00e2tre de solitudes, une sc\u00e8ne de r\u00e9v\u00e9lations fugitives.<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Cette r\u00e9gion secr\u00e8te, cette solitude o\u00f9 les \u00eatres - les choses \u00e9galement - se r\u00e9fugient, c'est elle qui donne tant de beaut\u00e9 \u00e0 la rue, par exemple : je suis dans l'autobus, assis, je n'ai qu'\u00e0 regarder dehors. La rue descend que l'autobus d\u00e9vale. Je vais assez vite pour n'avoir pas la possibilit\u00e9 de m'attarder sur un visage ou un geste, ma vitesse exige de mon regard une vitesse correspondante, eh bien, pas un visage, pas un corps, pas une attitude qui soient appr\u00eat\u00e9s pour moi : ils sont nus. J'enregistre : un homme tr\u00e8s grand, tr\u00e8s maigre, vo\u00fbt\u00e9, la poitrine creuse, lunettes et long nez ; une grosse m\u00e9nag\u00e8re qui marche lentement, lourdement, tristement ; un vieillard qui n'est pas un beau vieillard, un arbre qui est seul, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d'un arbre qui est seul, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d'un autre...; un employ\u00e9, un autre, une multitude d'employ\u00e9s, toute une ville peupl\u00e9es d'employ\u00e9s courb\u00e9s, tout entier rassembl\u00e9s dans ce d\u00e9tail d'eux-m\u00eames que mon regard enregistre : un pli de la bouche, une lassitude des \u00e9paules... chacune de leurs attitudes, \u00e0 cause peut-\u00eatre de cette vitesse de mon \u0153il et du v\u00e9hicule, est griffonn\u00e9 si vite, si vite saisie dans son arabesque que chaque \u00eatre m'est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 dans ce qu'il a de plus neuf, de plus irrempla\u00e7able - et c'est toujours une blessure - gr\u00e2ce \u00e0 la solitude ou les place cette blessure dont ils ont \u00e0 peine ce naissance et o\u00f9 pourtant tout leur \u00eatre afflue. Je traverse ainsi une ville crayonn\u00e9e par Rembrandt, o\u00f9 chacun et chaque chose sont saisis dans leur v\u00e9rit\u00e9 qui laisse loin derri\u00e8re la beaut\u00e9 plastique. La ville - faite de solitude - serait admirable de vie, sauf que mon autobus croise des amoureux traversant une place : ils se tiennent par la taille et la fille a invent\u00e9 ce geste charmant, mettre et garder sa petite main dans la poche revolver du blue-jean du gar\u00e7on, et voici que ce geste gracieux et appr\u00eat\u00e9 vulgarise une page de chefs-d\u2019\u0153uvre.<br \/>\nLa solitude, comme je l'entends, ne signifie pas condition mis\u00e9rable mais plut\u00f4t royaut\u00e9 secr\u00e8te, incommunicabilit\u00e9 profonde mais connaissance plus ou moins obscure d\u2019une inattaquable singularit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il y a un lien entre la solitude que magnifie Genet et le spleen de Baudelaire. De l\u00e0 n\u00e9e la po\u00e9sie. <\/p>\n<p>Dans \u00c0 l\u2019ombre du r\u00e9verb\u00e8re, Redwane prolonge cette tradition : la ville n\u2019est pas seulement un d\u00e9cor, c\u2019est un mat\u00e9riau po\u00e9tique. Comme chez Baudelaire, elle est spleen et modernit\u00e9. Comme chez Giacometti, elle est solitude et verticalit\u00e9.<br \/>\nSur sc\u00e8ne Redwane Rajel est seul ? Qu\u2019est ce que c\u2019est que cette solitudes ? En solo il doit passer le pas de la sc\u00e8ne,  dans le funambule Genet parle de \u00e7a : \u00ab\u00a0Il s'agit, tu l'as compris, de la solitude mortelle, de cette r\u00e9gion d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e et \u00e9clatante o\u00f9 op\u00e8re l\u2019artiste\u00a0\u00bb, \u00e9crit Genet. Voil\u00e0 le com\u00e9dien \u00e0 l\u2019endroit exact o\u00f9 s\u2019op\u00e8re toute cr\u00e9ation, dans le n\u00e9ant originel, seul, face \u00e0 l\u2019\u0153uvre qui va advenir, seul, il va devoir traverser, passer au travers de l\u2019\u0153uvre.\u00a0\u00bb<br \/>\nAvec qui vient l\u2019acteur seul ? Avec quels ombre ? Celle projeter par le r\u00e9verb\u00e8re. <\/p>\n<h1>Ombres<\/h1>\n<p>Le titre choisi par Redwane est r\u00e9v\u00e9lateur : \u00c0 l\u2019ombre du r\u00e9verb\u00e8re.\u2028\u00catre \u00ab \u00e0 l\u2019ombre \u00bb, ce n\u2019est pas seulement se tenir dans l\u2019obscurit\u00e9, c\u2019est vivre dans une projection. L\u2019ombre est ce qui d\u00e9forme, ce qui s\u2019\u00e9tire, ce qui se disproportionne.<br \/>\nLes silhouettes de Giacometti sont pr\u00e9cis\u00e9ment cela : non pas des corps r\u00e9alistes, mais des ombres allong\u00e9es, effil\u00e9es, surgies d\u2019une mati\u00e8re minuscule. Elles ressemblent \u00e0 la projection d\u2019un \u00eatre plus qu\u2019\u00e0 son imitation.<br \/>\nChez Baudelaire, l\u2019ombre est aussi celle du spleen : un ciel bas, une chape, une noirceur qui oppresse. Mais cette ombre devient forme po\u00e9tique, exp\u00e9rience commune de la modernit\u00e9.<br \/>\n\u00catre \u00e0 l\u2019ombre du r\u00e9verb\u00e8re, c\u2019est donc se tenir dans ce lieu paradoxal o\u00f9 la lumi\u00e8re est insuffisante, mais o\u00f9 l\u2019ombre donne corps. O\u00f9 la fragilit\u00e9 devient figure, o\u00f9 le manque se change en r\u00e9v\u00e9lation.<\/p>\n<h1>Le socle<\/h1>\n<p>Il existe une formidable petite sculpture de Giacometti dans l\u2019exposition : une silhouette minuscule pos\u00e9e sur un bloc massif de pierre.\u2028Tout y est dit. Le socle, \u00e9norme, semble maintenir la figure. Et pourtant, le personnage fr\u00eale persiste \u00e0 s\u2019\u00e9lever.<br \/>\nGenet insiste sur cette \u00e9nigme :<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab \u00c9tranges pieds ou pi\u00e9destaux ! (\u2026) Giacometti observe un rituel intime selon lequel il donnera \u00e0 la statue une base autoritaire, terrienne, f\u00e9odale. (\u2026) Par la t\u00eate, les \u00e9paules, les bras, le bassin, il nous \u00e9claire. Par les pieds, il nous enchante. \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette tension est la n\u00f4tre : ancr\u00e9s dans la ville, dans le poids des socles, dans le spleen du quotidien, nous cherchons \u00e0 nous \u00e9lever. Soulever le couvercle, trouver la verticalit\u00e9 malgr\u00e9 la pesanteur.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/musees.marseille.fr\/sites\/default\/files\/styles\/banner_mobile\/public\/2025-04\/giacometti-MUSEE.webp?itok=dQRwK0mS\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/musees.marseille.fr\/sites\/default\/files\/styles\/banner_mobile\/public\/2025-04\/giacometti-MUSEE.webp?itok=dQRwK0mS\" alt=\"\" \/><\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Th\u00e9\u00e2tre du Gymnase-Bernardines x Mus\u00e9e Cantini Samedi 27 septembre \u2013 RAJOUTER LES DEUX HORRAIRES\u2028Mus\u00e9e Cantini \u2013 19 Rue Grignan, 13006 Marseille\u2028Entr\u00e9e libre sur r\u00e9servation : relationspubliques@lestheatres.net\u2028Dur\u00e9e : 35 minutes Apr\u00e8s un premier rendez-vous consacr\u00e9 \u00e0 la m\u00e9moire, Th\u00e9Arts revient en partenariat avec le Mus\u00e9e Cantini pour un second temps d\u2019exploration sensible entre sc\u00e8ne et mus\u00e9e. 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