{"id":76,"date":"2017-12-27T02:07:00","date_gmt":"2017-12-27T01:07:00","guid":{"rendered":"http:\/\/mateo.mavromatis.org\/?p=76"},"modified":"2021-11-21T16:13:39","modified_gmt":"2021-11-21T15:13:39","slug":"un-regard-sur-des-hommes-en-devenir-demanuel-merieu-article","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/2017\/12\/27\/un-regard-sur-des-hommes-en-devenir-demanuel-merieu-article\/","title":{"rendered":"Un regard sur des Hommes en devenir d\u2019Emanuel Merieu #article"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/171227.jpeg\" alt=\"\" \/><\/p>\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><\/p>\n\n\n<p>Le th\u00e9\u00e2tre est-il plus fort que la vie ?<br>On peut penser que la vie sera toujours plus juste, plus vraie, plus complexe, plus directe, plus r\u00e9aliste, plus triste ou dr\u00f4le ou absurde. Sur le terrain du r\u00e9alisme, le th\u00e9\u00e2tre serait certainement battu \u00e0 plate couture et n\u2019appara\u00eetrait que comme le p\u00e2le miroir de la vie. Pourtant, quelquefois, une performance th\u00e9\u00e2trale est si forte qu\u2019on en sort totalement d\u00e9vast\u00e9, charg\u00e9 de quelque chose qui ne s\u2019estompera qu\u2019avec le temps, comme c\u2019est le cas des plus forts moments de la vie. Pour moi ce fut \u00e0 ma sortie de \u00ab&nbsp;Des hommes en devenir&nbsp;\u00bb, mis en sc\u00e8ne par Emmanuel Merieu. Sur les quais du vieux port qui s\u00e9parent la Cri\u00e9e de mon appartement, j\u2019ai pris conscience, flottant \u00e0 quelques centim\u00e8tres du sol, que, ce soir-l\u00e0, peut-\u00eatre, le th\u00e9\u00e2tre avait fait plus fort que la vie. Pourtant on serait tent\u00e9 de parler de r\u00e9alisme pour ce spectacle. L\u2019\u00e9criture du romancier Bruce Machart est d\u2019une pr\u00e9cision et d\u2019une justesse d\u00e9vastatrice et l\u2019interpr\u00e9tation des com\u00e9diens l\u2019est tout autant. En fait, ici, c\u2019est sur les images que Merieu fait r\u00e9ellement th\u00e9\u00e2tre, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il pose un voile d\u00e9formant sur ce miroir de la vie. Cet article sera pour nous l\u2019occasion de mettre en lecture une courte s\u00e9quence de ce spectacle et de r\u00e9fl\u00e9chir sur l\u2019importance de l\u2019image visible sur sc\u00e8ne et sur ce qu\u2019elle provoque comme image intime pour le spectateur. Apr\u00e8s avoir d\u00e9crit la s\u00e9quence nous analyserons en quoi elle renvoie une image ultra-r\u00e9aliste de la soci\u00e9t\u00e9 puis r\u00e9fl\u00e9chirons sur les d\u00e9formations artistiques apport\u00e9es par l\u2019auteur.<\/p>\n\n\n<p>Le grand plateau de La Cri\u00e9e est quasiment vide. En fond de sc\u00e8ne, c\u00f4t\u00e9 cour, un micro sur pied, droit. En avant sc\u00e8ne, c\u00f4t\u00e9 jardin, une charogne de chien, \u00e9tal\u00e9e dans son sang. L\u2019ambiance : tout l\u2019espace est comme pris int\u00e9gralement par la lumi\u00e8re rouge. Des nuages de fum\u00e9e rougis flottent dans cet espace et, au sol, un tapis comme entaill\u00e9, des z\u00e9brures noires et rouge. Un voile de tulle est tendu et nous s\u00e9pare de cette sc\u00e8ne d\u2019horreur.<br>La pi\u00e8ce se r\u00e9sume en 6 t\u00e9moignes fictifs d\u2019hommes am\u00e9ricains. La s\u00e9quence que nous allons diss\u00e9quer se situe \u00e0 la fin du premier de ces t\u00e9moignes. Xavier Gallais est Ray. Il se tient derri\u00e8re son micro et commence \u00e0 nous raconter le moment qui a chang\u00e9 sa vie, de sa voix gutturale et \u00e9raill\u00e9e. M\u00e9connaissable, il porte un short et des baskets, une chemise \u00e0 motifs ouverte sur un T-shirt, de grosses lunettes. Du sang coule d\u2019un coin de son cr\u00e2ne. Il nous parle de sa copine qui vient de le quitter, il est \u00e9crivain au ch\u00f4mage et, pour se changer les id\u00e9es, il part vadrouiller en voiture avec un pote et un pack de bi\u00e8res. C\u2019est ici que commence notre s\u00e9quence. Tout s\u2019acc\u00e9l\u00e8re. Il a un accident de voiture, sur la route la forme noire d\u2019un chien traverse, la voiture le percute. La musique de Rapha\u00ebl Chambouvet, r\u00e9p\u00e9titive et lancinante s\u2019acc\u00e9l\u00e8re, le volume sonore monte et, sur le tulle, appara\u00eet le visage \u00e9norme de l\u2019acteur, film\u00e9 en live par une camera dissimul\u00e9e. Il prend tout l\u2019espace du plateau, on voit tout, les gouttes de sueur, le sang suintant, ces yeux tremblants. Il d\u00e9crit comment le propri\u00e9taire du chien s\u2019est jet\u00e9, d\u00e9vast\u00e9, sur l\u2019animal renvers\u00e9. \u00ab L\u00e0 dehors, l\u2019homme s\u2019\u00e9tait arr\u00eat\u00e9, il \u00e9tait l\u00e0, \u00e0 genoux sur l\u2019asphalte, effondr\u00e9 au bord de l\u2019autoroute, en train de pleurer sur un chien qu\u2019il aimait, plus que tout.&nbsp;\u00bb<br>Si l\u2019acteur reste derri\u00e8re son micro, l\u2019histoire prend tout son corps. Lorsque son ami tente de plaisanter sur l\u2019accident il le saisit et le menace de son poing. \u00ab&nbsp;Ferme-la, putain ferme-la&nbsp;\u00bb. Et on voit sur sc\u00e8ne et sur l\u2019\u00e9cran l\u2019\u00e9norme poing du com\u00e9dien se lever vers nous et se figer. La musique semble plus forte, les lumi\u00e8res plus vives. Chaque mot est arrach\u00e9, bris\u00e9, trop aigu, trop tremblant. La tension est \u00e0 son paroxysme. Lorsqu\u2019il prononce la derni\u00e8re phrase de son monologue, en un dernier souffle, en fixant le cadavre du chien pr\u00e9sent sur sc\u00e8ne, son visage d\u00e9vast\u00e9 ralentit sur l\u2019\u00e9cran et se fige en un arr\u00eat sur image . Comme une pri\u00e8re : \u00ab Mon Dieu, mon Dieu, je vous en prie, faites qu\u2019un jour moi aussi j\u2019ai autant \u00e0 perdre. \u00bb<\/p>\n\n\n<p>Il y a deux temps dans la repr\u00e9sentation : celui de l\u2019instant pr\u00e9sent, des personnages qui viennent t\u00e9moigner, et celui de l\u2019histoire pass\u00e9e, le t\u00e9moignage. Ces deux temps sont pourtant \u00e9trangement m\u00e9lang\u00e9s. Pourquoi le sang serait-il toujours l\u00e0, les actions v\u00e9cues et ex\u00e9cut\u00e9es comme au premier moment&nbsp;? Parce que ces personnages sont tous emprisonn\u00e9s dans le moment qu\u2019ils sont en train de nous raconter, ce moment qui a chang\u00e9 leur vie. Parce que tout est mis en place pour que l\u2019on voit exactement ce qu\u2019il c\u2019est pass\u00e9, que l\u2019on soit dans la m\u00eame ambiance, dans le m\u00eame \u00e9tat. Le d\u00e9cor n\u2019est pas choisi au hasard, ce sont les hommes perdus d\u2019une Am\u00e9rique en d\u00e9sh\u00e9rence qui nous sont pr\u00e9sent\u00e9s.<br>Bien s\u00fbr, cela passe par les costumes. Dans ce genre de repr\u00e9sentation o\u00f9 l\u2019on ne joue pas l\u2019histoire, o\u00f9 on ne la met pas en sc\u00e8ne, il est assez rare que les acteurs soient costum\u00e9s. En g\u00e9n\u00e9ral, ce sont plut\u00f4t des costumes sobres, simples et quotidiens qui pr\u00e9valent. Mais l\u00e0 ce n\u2019est pas le cas. Les accessoires de l\u2019acteur ont \u00e9t\u00e9 choisis avec minutie. Tout ici transpire l\u2019am\u00e9ricanisme. La chemise ouverte, le short, les lunettes, nous font penser \u00e0 l\u2019\u00e9crivain Hunter S. Thompson et \u00e0 son interpr\u00e9tation par Johnny Depp dans Las Vegas parano. Si dans le film, l\u2019auteur est triomphant dans un monde psych\u00e9d\u00e9lique avec des habits tout en couleurs, ici ce sont des teintes de gris qui pr\u00e9dominent. L\u2019\u00e9crivain de la pi\u00e8ce, au ch\u00f4mage, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, vit bien dans le monde r\u00e9el, comme s\u2019il avait r\u00eav\u00e9 d\u2019\u00eatre le nouveau Thompson mais que la vie l\u2019avait d\u00e9lav\u00e9 de ses r\u00eaves.<br>Quand Merieu parle de ces personnages, il exprime le d\u00e9sir qu\u2019ils soient \u00ab&nbsp;devenus des hommes de chair et d\u2019os, des \u00eatres vivants, humains [qui] cr\u00e8vent le quatri\u00e8me mur pour se confier \u00e0 nous. Pour se r\u00e9parer et nous r\u00e9parer\u00bb. Il n\u2019est pas question pour les acteurs de tricher sur les \u00e9motions, il faut qu\u2019ils les vivent vraiment. Leur interpr\u00e9tation est donc r\u00e9solument r\u00e9aliste, du soupir au crissement de voix, du mouvement tremblotant et retenu \u00e0 celui \u00e9chapp\u00e9 dans le feu de l\u2019action. Gr\u00e2ce au micro et \u00e0 la cam\u00e9ra, les acteurs peuvent se permettre une palette d\u2019expression encore plus large et r\u00e9aliste. Il y a une v\u00e9ritable volont\u00e9 de rompre avec un jeu g\u00e9n\u00e9ral ou un th\u00e9\u00e2tre en carton-p\u00e2te.<br>Le choix de l\u2019auteur y fait \u00e9videmment beaucoup. Bruce Machart, en bon descendant de Russel Banks, peint des portraits r\u00e9alistes au vitriol. Ces Am\u00e9ricains en d\u00e9sillusion sont crus et sans concession, ils sont l\u00e0 tel que l\u2019auteur leur a donn\u00e9 vie, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s. On conna\u00eet leur lieu de r\u00e9sidence \u2013 Houston, ville du Texas \u2013 leur travail, leur situation familiale. Ces personnages existent si pr\u00e9cis\u00e9ment que l\u2019on en remettrait en doute la fiction.<br>Pour toutes ces raisons, on peut dire que ce sont des portraits r\u00e9alistes qui sont peints devant nous. Merieu en parle en interview : \u00ab Je voudrais que, d\u00e8s les premiers mots prononc\u00e9s, les spectateurs oublient que c\u2019est du th\u00e9\u00e2tre et croient que celui qui leur raconte l\u2019histoire est celui qui l\u2019a vraiment v\u00e9cu.&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n<p>Pourtant visuellement un voile floute cet apparent r\u00e9alisme. Un autre metteur en sc\u00e8ne, qui a utilis\u00e9 et r\u00e9pandu ce processus, Romeo Castelluci, a beaucoup parl\u00e9 de ce quatri\u00e8me mur. Il \u00e9crit : \u00ab [\u2026] il faut accepter l\u2019id\u00e9e de cette coupure : d\u2019un c\u00f4t\u00e9, quelqu\u2019un qui agit, de l\u2019autre, quelqu\u2019un qui regarde. \u00c0 partir de l\u00e0 se d\u00e9gage un troisi\u00e8me espace qui s\u00e9pare la tribune du plateau [\u2026]. Ce voile est la condition d\u2019existence du th\u00e9\u00e2tre. Form\u00e9 au croisement des deux forces engag\u00e9es, d\u2019un c\u00f4t\u00e9 le regard, de l\u2019autre l\u2019action, il est l\u2019image m\u00eame du contact.&nbsp;\u00bb.<br>C\u2019est avec et sur ce support, que Merieu va explorer la pleine puissance de l\u2019image. La surimpression est un effet tr\u00e8s utilis\u00e9 au cin\u00e9ma. On pense notamment au film La Maison du docteur Edwardes, dont la sc\u00e8ne du r\u00eave, dessin\u00e9e par Dali, n\u2019est qu\u2019un immense jeu de surimpression. La r\u00e9tine, comme l\u2019origine m\u00eame de cette surimpression, est \u00e0 l\u2019origine de tout ce que l\u2019on voit&nbsp;! Chez Merieu, elle nous permet de voir ce que l\u2019on ne voit pas au th\u00e9\u00e2tre \u2013 des expressions au plus pr\u00e8s -, mais aussi ce que l\u2019on ne voit jamais dans la vie \u2013 des visages si \u00e9normes que le moindre plissement de peau est un \u00e9v\u00e9nement \u00e0 part enti\u00e8re. Le visage est donc l\u2019\u00e9motion de celui-ci, comme seul sujet, immense, imposant, et \u00e0 travers lui toujours visible, l\u2019homme.<br>Tout ce qui para\u00eet r\u00e9aliste au premier abord est ainsi d\u00e9form\u00e9. Le cadavre du chien, avec ces poils sales, mort sur le bord de la sc\u00e8ne, baigne dans son sang. Son sang appara\u00eet au spectateur par un jeu de lumi\u00e8res blanchies. Cette marre blanche brille dans l\u2019obscurit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale comme dans le film Sin City, de Robert Rodriguez. Le parti pris esth\u00e9tique de ce film est tr\u00e8s fort, enti\u00e8rement r\u00e9alis\u00e9 en images de synth\u00e8se et en noir et blanc. Ce qui permet au r\u00e9alisateur de jouer avec certains \u00e9l\u00e9ments visuels en les mettant particuli\u00e8rement en avant. On retrouve cet effet, ce sang, seul \u00e9l\u00e9ment blanc brillant qui fait tache dans notre r\u00e9tine.<br>La mise en sc\u00e8ne tr\u00e8s stricte a aussi son r\u00f4le. Le personnage ne d\u00e9passe jamais de son cadre, reste toujours derri\u00e8re son micro. Comme pour instaurer une distance de s\u00e9curit\u00e9, peut \u00eatre aussi pour \u00e9viter le pathos. C\u2019est la distance qui cr\u00e9er la relation entre deux points. Si le personnage s\u2019effondrait en sentimentalisme sur le public, il n\u2019y aurait aucune tension. La tension n\u00e9e de ce fil tendu dans l\u2019espace entre le public et l\u2019acteur. Ce micro fixe impose une position \u00e0 l\u2019acteur, c\u2019est lui qu\u2019on regarde, l\u2019image est fixe, notre regard aussi. Tous se passent entre lui et nous.<br>L\u2019un des myst\u00e8res du th\u00e9\u00e2tre restera d\u2019arriver \u00e0 faire ressentir \u00e0 un public inactif les \u00e9motions d\u2019un acteur qui agit. Ici on est litt\u00e9ralement bringuebal\u00e9 par la mise en sc\u00e8ne. On sait que quelque chose va arriver, le rythme s\u2019acc\u00e9l\u00e8re, mais le texte prend des d\u00e9tours comme la route sinueuse. Et quand le chien percute le pare-brise, c\u2019est le visage de l\u2019acteur qui nous bondit dessus. Tout est mis en places pour que l\u2019on soit dans le m\u00eame \u00e9tat de d\u00e9semparement que celui de Ray au moment de l\u2019accident. Pour que, comme lui, cette r\u00e9flexion, \u00ab&nbsp;ai-je vraiment quelque chose \u00e0 perdre&nbsp;?&nbsp;\u00bb, nous travers tous sans que personne ne se rende compte de l\u2019\u00e9go\u00efsme inou\u00ef de cette question. \u00c0 ce moment plus personne ne s\u2019int\u00e9resse au chien, ni au propri\u00e9taire d\u00e9vast\u00e9, ni m\u00eame \u00e0 Ray qui ne dit plus rien et s\u2019appr\u00eate \u00e0 quitter le plateau. Le temps de quelques secondes ce qui traverse la salle c\u2019est cette question, ce besoin de savoir que nous aussi nous avons quelque chose \u00e0 perdre, comme si notre vie n\u2019avait de sens quand dans les noeuds \u00e9motionnels qui nous li\u00e9 aux autres et que l\u2019on aura droit, nous aussi, \u00e0 ce petit moment de malheurs.<br>\u00ab&nbsp;La v\u00e9rit\u00e9 exige le voile. Celui qui ne s\u2019en remet qu\u2019au visible saisi par ses yeux pour d\u00e9terminer la v\u00e9rit\u00e9, porte atteinte \u00e0 la nature imaginale du vrai. Il n\u2019existe pas de v\u00e9rit\u00e9 toute nue.&nbsp;\u00bb \u00c9crit Marie-Jos\u00e9 Mondzain. Dans cette citation, sujette \u00e0 dissertation, elle souligne l\u2019importance d\u2019un voile dans une image. Travers\u00e9e par ce voile, l\u2019image prend des dimensions titanesques et nous touche en plein coeur. Sans voile, toute nue, l\u2019image n\u2019est rien, elle passe inaper\u00e7ue, elle n\u2019est que regard\u00e9e. La vie n\u2019a pas de voile, ce qui, par moment, lui donne le pouvoir de nous traumatiser, mais qui, la plupart du temps, provoque une certaine indiff\u00e9rence. Tout autour de nous est horrible, on croise des hommes pareils \u00e0 nous sauf qu\u2019ils n\u2019ont rien et cr\u00e8vent d\u2019alcool sur le trottoir, on allume la t\u00e9l\u00e9vision et on regarde les malheurs de toute l\u2019humanit\u00e9 retransmis en direct. Le malheur vient de partout mais ne nous touchent plus. De toute fa\u00e7on, on va tous mourir, alors quel est le sens de tout cela, de notre existence m\u00eame ? On ne voit plus rien, notre regard est anesth\u00e9si\u00e9. Mais quand un artiste pose un voile sur une image invisible, il met en surbrillance et expose \u00e0 la vue de tous ce que plus personne ne peut voir. C\u2019est ce qu\u2019a fait Emmanuel Merieu ce soir-l\u00e0, il nous a fait voir la plus sublime image de notre monde. Un lieu o\u00f9 nous avons tout \u00e0 perdre, mais o\u00f9 l\u2019on continue \u00e0 vivre envers et contre tous. Ce th\u00e9\u00e2tre l\u00e0 ind\u00e9niablement fait vivre. Et s\u2019il n\u2019est pas plus fort que la vie, il en est, en tout cas, un moteur.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le th\u00e9\u00e2tre est-il plus fort que la vie ?On peut penser que la vie sera toujours plus juste, plus vraie, plus complexe, plus directe, plus r\u00e9aliste, plus triste ou dr\u00f4le ou absurde. 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