{"id":83,"date":"2018-02-10T02:18:00","date_gmt":"2018-02-10T01:18:00","guid":{"rendered":"http:\/\/mateo.mavromatis.org\/?p=83"},"modified":"2021-11-21T16:21:51","modified_gmt":"2021-11-21T15:21:51","slug":"rencontre-avec-thomas-richards-entretien","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/index.php\/2018\/02\/10\/rencontre-avec-thomas-richards-entretien\/","title":{"rendered":"Rencontre avec Thomas Richards #entretien"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/Capture-decran-2021-04-09-a-05.36.23.png\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p><em>Thomas Richards, h\u00e9ritier de Jerzi Grotowski, \u00e9crit<\/em> Travailler avec Grotowski sur les actions physiques<em>. Il se pr\u00e9sente comme le t\u00e9moignage d\u2019un homme qui nous fait part de la travers\u00e9e qu\u2019il a effectu\u00e9e, de sa rencontre avec Ryszard Cie\u015blak (en 1884) au premier pas du Workcentre. C\u2019est tout \u00e0 la fois un r\u00e9cit initiatique, une r\u00e9flexion sur soi, un hommage \u00e0 un ma\u00eetre et la proposition faite au lecteur de d\u00e9couvrir une technique th\u00e9\u00e2trale. Richards \u00e9crits tout : ses joies et ses peines, ses rat\u00e9s et ses h\u00e9sitations. On est tr\u00e8s loin d\u2019un ouvrage th\u00e9orique qui nous ass\u00e8nerait d\u2019office ce que sont \u00ab les actions physiques \u00bb. Au contraire, on les d\u00e9couvre progressivement, au rythme des exp\u00e9rimentations du h\u00e9ros\/auteur. C\u2019est en nous emmenant dans son histoire personnelle que Richards arrive \u00e0 nous faire entendre et comprendre ce que lui-m\u00eame a lentement apprivois\u00e9 au contact de Grotowski.<br \/>\nDans<\/em> L\u2019heure fugitive <em>le spectateur sent C\u00e9cile Richards se mouvoir, flotter, implorer, chanter et invectiver. Le tout en m\u00eame temps, sans aucune pause, sans aucune r\u00e9flexion. \u00ab Je vis, je meurs ; je me br\u00fble et me noie \u00bb, en un souffle, en une heure. Ce n\u2019est pas un personnage qui se pr\u00e9sente devant nous, c\u2019est un tourbillon de po\u00e8mes (on reconna\u00eet entre autres Lamartine et Louise Lab\u00e9), de chants, d\u2019accents, de voix, de femmes toutes diff\u00e9rentes qui n\u2019en sont peut-\u00eatre qu\u2019une. On ne comprend pas tout, mais on voit beaucoup de choses dont certaines nous touchent bien au-del\u00e0 d\u2019un sens mat\u00e9riel.<br \/>\nApr\u00e8s avoir lu<\/em> Travailler avec Grotowski<em>, on aurait pu avoir l\u2019impression de tout conna\u00eetre de Thomas Richards. Avec l\u2019<\/em>Heure fugitive<em>, on aurait cru enfin comprendre en partie ce qui parfois \u00e9tait rest\u00e9 un peu flou. Mais c\u2019est en l\u2019\u00e9coutant parler dans une salle pleine d\u2019\u00e9tudiants que l\u2019on prend r\u00e9ellement conscience qu\u2019en fait on ne savait rien. Ce n\u2019\u00e9tait pas faute de nous avoir pr\u00e9venu \u00e0 maintes reprises dans le livre : on pense comprendre le travail des actions physiques apr\u00e8s un stage d\u2019une semaine, mais il faut des ann\u00e9es de pratique pour toucher du doigt la profondeur de ce qui est en train de se jouer. De m\u00eame, il faut bien plus qu\u2019un livre et une repr\u00e9sentation th\u00e9\u00e2trale pour percevoir l\u2019ampleur du travail du Workcenter.<\/em><\/p>\n<p><em>Thomas Richards, \u00e0 quelques centim\u00e8tres de moi, m\u2019a fait l\u2019effet d\u2019un Dala\u00ef-lama du Th\u00e9\u00e2tre descendu de son temple pour une courte le\u00e7on de vie.<\/em><\/p>\n<p><em>Ceci est la retranscription d\u2019une rencontre avec Thomas Richards organis\u00e9e par Arnaud Maisetti en novembre 2017.<\/em><\/p>\n<div style=\"width: 600px;\" class=\"wp-video\"><!--[if lt IE 9]><script>document.createElement('video');<\/script><![endif]-->\n<video class=\"wp-video-shortcode\" id=\"video-83-1\" width=\"600\" height=\"338\" preload=\"metadata\" controls=\"controls\"><source type=\"video\/mp4\" src=\"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/Lheure-fugitive-\u2013-Workcenter-of-Jerzy-Grotowski-and-Thomas-Richards.mp4?_=1\" \/><a href=\"https:\/\/mateo.mavromatis.org\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/Lheure-fugitive-\u2013-Workcenter-of-Jerzy-Grotowski-and-Thomas-Richards.mp4\">https:\/\/mateo.mavromatis.org\/wp-content\/uploads\/2018\/02\/Lheure-fugitive-\u2013-Workcenter-of-Jerzy-Grotowski-and-Thomas-Richards.mp4<\/a><\/video><\/div>\n<p><strong>Thomas Richards<\/strong> : Je n\u2019ai pas une chose pr\u00e9par\u00e9e. Je suis l\u00e0 pour vous rencontrer alors c\u2019est bien de commencer avec vous. Peut-\u00eatre vous connaissez quelque chose \u00e0 mon travail, si vous avez des id\u00e9es, si vous voulez me poser des questions et m\u2019expliquer qu\u2019elles sont vos centres d\u2019int\u00e9r\u00eat. Arnaud m\u2019a dit que vous vous \u00e9tiez bien pr\u00e9par\u00e9 ce matin\u2026 Qu\u2019est-ce que vous avez pr\u00e9par\u00e9 ? (Silence)<\/p>\n<p><strong>Mat\u00e9o Mavromatis :<\/strong> J\u2019aurais aim\u00e9 vous poser une question en rapport avec le livre que vous avez \u00e9crit, travaill\u00e9e avec Grotowski, que j\u2019ai lu et d\u00e9vor\u00e9, c\u2019\u00e9tait absolument passionnant. J\u2019ai remarqu\u00e9 dans ce livre que la pr\u00e9face \u00e9tait \u00e9crite par Grotowski, qu\u2019il a un essai \u00e0 la fin et m\u00eame au milieu vous le citez. \u00c0 chaque fois qu\u2019il faut faire un point th\u00e9orique, c\u2019est la parole de Grotowski qui est retranscrite. \u00c0 l\u2019\u00e9poque il \u00e9tait encore extr\u00eamement pr\u00e9sent dans votre travail. Il vous encadrer. Et j\u2019aimerais savoir, maintenant que le Workcenter porte aussi votre nom, dans quelle continuit\u00e9 vous vous inscrivez : est-ce que vous continuez son travail ou vous le repensez ? Est-ce que vous appliqu\u00e9 sa th\u00e9orie ou vous la re-invent\u00e9\u2026 Voil\u00e0 votre rapport a l\u2019h\u00e9ritage, comment est-ce que vous le prenez\u2026<br \/>\n<strong>Thomas Richards :<\/strong> Alors, quand j\u2019ai rencontr\u00e9 Grotowski j\u2019avais presque le m\u00eame \u00e2ge que vous. C\u2019\u00e9tait avant toute carri\u00e8re, avant de commencer \u00e0 comprendre ce qu\u2019\u00e9tait le m\u00e9tier de l\u2019acteur ou du metteur en sc\u00e8ne. C\u2019\u00e9tait un moment de frustration compl\u00e8te dans ma vie. Un moment de friction. J\u2019\u00e9tais \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 et j\u2019avais le d\u00e9sir d\u2019\u00eatre acteur, c\u2019\u00e9tait presque une n\u00e9cessit\u00e9\u2026 M\u00eame si j\u2019avais un peu \u00e9tudi\u00e9 la musique : saxophone, clarinette, fl\u00fbte, compositions\u2026 Je ne savais pas si je voulais aller vers la musique, le th\u00e9\u00e2tre ou peut-\u00eatre les deux. Mais l\u2019op\u00e9ra lyrique, le cabaret, le music-hall, tout \u00e7a, \u00e7a n\u2019allait pas. J\u2019avais cette sensation d\u2019\u00eatre maladroit dans ma vie professionnelle et de ne pas savoir o\u00f9 \u00e9tait ma place.<br \/>\n\u00c0 ce moment-l\u00e0, j\u2019ai travaill\u00e9 avec Ryszard Cie\u015blak \u2013 j\u2019en ai parl\u00e9 dans le livre que tu as lu \u2013 . Cie\u015blak il \u00e9tait vraiment bouleversant : si tu le regardes qui marche dans votre universit\u00e9, il va toujours capter l\u2019attention\u2026 pas \u00e0 cause de ces v\u00eatements, mais \u00e0 cause de quelque chose qu\u2019il a v\u00e9cu. Tu es l\u00e0 et tu vois quelqu\u2019un comme \u00e7a avec un \u00e9lan, une vie qui lui apporte un truc\u2026 Moi petit \u00e9tudiant j\u2019ai dit : \u00ab \u00c7a, c\u2019est un dinosaure \u00bb. Vraiment, c\u2019\u00e9tait comme un homme qui serait all\u00e9 tout en haut d\u2019une montagne et qui en revient. Et il y avait cette sensation, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 sentir l\u2019importance des qualit\u00e9s humaines qu\u2019une personne porte dans le travail, parce qu\u2019on ne travaille pas juste pour nous m\u00eame, on travaille en face \u00e0 face. Et Cie\u015blak il avait cette chose, pas juste une chaleur humaine, pas juste une sympathie, c\u2019\u00e9tait une d\u00e9mence, dans ces yeux, dans la mani\u00e8re dont il te parle. Il te prend l\u00e0 et il te demande : \u00ab Qu\u2019est-ce que tu veux faire maintenant ? \u00bb Et avec cette qualit\u00e9 de pr\u00e9sence, tu savais bien que tu allais faire quelque chose, que tu n\u2019allais pas t\u2019\u00e9chapper, ne pas faire un clich\u00e9 ou faire quelque chose de banale face a lui.<br \/>\nAlors \u00e7a m\u2019a donn\u00e9 la sensation que le th\u00e9\u00e2tre pouvait \u00eatre l\u2019endroit o\u00f9 je pourrais trouver une r\u00e9ponse \u00e0 certaines questions existentielles que j\u2019avais \u00e0 ce moment-l\u00e0. La question c\u2019\u00e9tait que j\u2019avais vu autour de moi, et dans moi, une sorte de vide qui commen\u00e7ait \u00e0 na\u00eetre, je ne sais pas si vous ressentez la m\u00eame chose. Par exemple pour moi c\u2019\u00e9tait que le contacte, m\u00eame entre les soi-disant amis, avait chang\u00e9 de qualit\u00e9. \u00c0 l\u2019universit\u00e9 j\u2019ai vu que c\u2019\u00e9tait devenu d\u00e9j\u00e0 un march\u00e9, qu\u2019est ce que j\u2019entends par march\u00e9 ? (il se dirige vers un \u00e9tudiant) \u00ab You\u2019re my Friends ! Hello ! I\u2019m Thomas ! Who\u2019s your dad ? Oh you come from of the inside of New York\u2026 Oh great your dad\u2019s a banker !\u00bb. Et d\u00e9j\u00e0 on est en train, comme \u00eatre humain, de placer notre avenir et les \u00eatres humains deviennent des objets. Si toi tu \u00e9tais un objet positif pour la carri\u00e8re de quelqu\u2019un peut-\u00eatre que quelqu\u2019un voudra de toi \u2013 parce que mon p\u00e8re \u00e9tait le chef de l\u2019\u00e9cole dramatique \u2013 \u2026 Et c\u2019est une forme de tristesse quoi, un type de sensation comme si quelque chose sous nos pieds commenc\u00e9s a chang\u00e9, \u00e0 devenir sec, \u00e0 devenir froid ! Et j\u2019ai vu que nous n\u2019\u00e9tions plus en train de nous regard\u00e9 dans les yeux, on ce regard\u00e9 comme ici (il indique les pommettes d\u2019un \u00e9tudiant). Alors vous \u00eates des acteurs peut \u00eatre que vous avez d\u00e9j\u00e0 \u00e9tait sur sc\u00e8ne et vous savez \u00e0 qu\u2019elle point il est appr\u00e9ciable de sentir le contacte vrais avec le partenaire sur sc\u00e8ne. On a cette sensation d\u2019interconnexion et j\u2019avais soif de \u00e7a dans ma vie, dans le th\u00e9\u00e2tre \u2013 et \u00e7a as peut \u00eatre commenc\u00e9 \u00e0 travers Cie\u015blak, de voir sa pr\u00e9sence, d\u2019avoir un contacte avec lui \u2013 soif d\u2019avoir un endroit dans lequel on pourrait m\u00eame touch\u00e9e des choses qui nous \u00e9chappe dans la vie, qui se dissolve. Comme si le th\u00e9\u00e2tre pouvait \u00eatre un endroit dans lequel on pourrait chercher \u00e7a consciemment et le d\u00e9velopp\u00e9, le raffin\u00e9. Et finalement c\u2019est \u00e7a notre m\u00e9tier, notre m\u00e9tier c\u2019est d\u2019\u00eatre capable de vivre des processus humains qu\u2019on doit \u00e9tudier nous-m\u00eames, que l\u2019on doit comprendre : \u00ab Qu\u2019est-ce que c\u2019est ? Qu\u2019est-ce c\u2019est qui fait qu\u2019une action est vivante ou morte \u00bb.<br \/>\nEt c\u2019est \u00e0 ce moment que j\u2019ai rencontr\u00e9 Grotowski, et ta question c\u2019\u00e9tait, et j\u2019y arrive, qu\u2019est ce qu\u2019il y a de Grotowski dans mon travail aujourd\u2019hui. En le voyant \u2013 encore plus qu\u2019avec Cie\u015blak ou d\u2019une autre mani\u00e8re \u2013 j\u2019\u00e9tais devant quelqu\u2019un qui avait une sorte d\u2019\u00e9thique, m\u00eame si ce n\u2019est pas le mot\u2026 un manque de m\u00e9canicit\u00e9 ! Souvent dans la vie les choses passent comme \u00e7a (il fait un geste rapide avec un claquement de doigts) : Toi tu me dis \u00e7a et je dis \u00e7a ! Et ce n\u2019est pas tr\u00e8s souvent que cette m\u00e9canique est cass\u00e9e, et la premi\u00e8re fois que j\u2019ai rencontr\u00e9 Grotowski il \u00e9tait en conf\u00e9rence, comme moi ici devant vous, et il y avait de grands moments de silence. Par exemple, il y a eu un monsieur qui s\u2019est mis debout et qui a dit avec un accent am\u00e9ricain (il imite la position de l\u2019am\u00e9ricain) \u00ab Monsieur Grotowski je ne comprends pas, tu fais ton travail de th\u00e9\u00e2tre et apr\u00e8s tu-tu-tu c\u2019est plus du th\u00e9\u00e2tre, q-q-qu\u2019est-ce c\u2019est vous faite l\u00e0 ? Tu fais une performance tu fais pas de performance tu fais \u2013 tu fais tu fais quoi ? \u00bb C\u2019\u00e9tait une question pol\u00e9mique, alors j\u2019attendais que Grotowski se d\u00e9fende contre cette pol\u00e9mique : Silence ! Le silence a dur\u00e9 peut-\u00eatre deux minutes, et ce qui \u00e9tait fascinant ce n\u2019\u00e9tait m\u00eame pas le silence, c\u2019\u00e9tait ce qui s\u2019est pass\u00e9 dans ce silence. Parce que l\u2019Am\u00e9ricain a fini sa pol\u00e9mique dans cette position-l\u00e0 (position maladroite de l\u2019am\u00e9ricain) et apr\u00e8s silence\u2026 Donc il prend conscience de son corps, alors il se dit : \u00ab Oh est-ce que c\u2019\u00e9tait b\u00eate ce que j\u2019ai dit ? Pourquoi il ne me r\u00e9pond pas ? Mais qu\u2019est ce qu\u2019il fait ? \u00bb Alors il change de position comme \u00e7a (autre position de l\u2019am\u00e9ricain mal \u00e0 l\u2019aise), il regarde autour de lui : \u00ab Qu\u2019est-ce que les autres pensent de moi ? Est-ce que je dois m\u2019asseoir. Ou pas\u2026 ou\u2026 \u00bb Et c\u2019\u00e9tait comme voir, dans ce silence, l\u2019\u00eatre humain comme un oignon. \u00c0 la fin de ces deux minutes, il \u00e9tait assis comme un petit chien avec la queue entre les jambes. Et apr\u00e8s Grotowski a dit quelque chose. Et j\u2019\u00e9tais ravie de \u00e7a, pourquoi ? Parce que j\u2019avais la sensation d\u2019\u00eatre devant quelqu\u2019un qui, m\u00eame avec le silence, faisait en sorte tu vois quelque chose de la complexit\u00e9 de la vie. J\u2019avais la sensation de voire les intentions du monsieur, le faite qu\u2019il \u00e9tait perdu dans son auto critique, que peut \u00eatre sa question n\u2019\u00e9tait pas vraiment une question, ce n\u2019\u00e9tait pas une question importante, qu\u2019il a dit quelque chose sans vraiment r\u00e9fl\u00e9chir.<br \/>\nAlors, travailler avec lui c\u2019\u00e9tait comme \u00e7a, c\u2019\u00e9tait \u00eatre avec quelqu\u2019un qui te regarde avec ce regard chaque jour, six jours par semaine, douze heures par jour (son visage se d\u00e9forme en une mimique \u00e9puis\u00e9e puis il mime une explosion avec ses mains). Et \u00e7a veut dire que c\u2019est important qui tu as devant toi. Ce n\u2019est pas qui ont est comme metteur en sc\u00e8ne ou qui on est comme acteur. Si on demande tout \u00e0 une personne, on doit tout lui donner. Et c\u2019est l\u00e0 que tu vois les \u00e9normes qualit\u00e9s du travail de Grotwski, par exemple le film du Prince Constant \u00e7a vient de \u00e7a, ce type d\u2019engagement du metteur en sc\u00e8ne, face \u00e0 l\u2019acteur, face au travail, face au m\u00e9tier. C\u2019est ce qui fait que \u00e7a ne s\u2019\u00e9chappe pas, on veut tous toucher le point le plus haut, le plus vivant possible.<br \/>\nAlors \u00e7a est-ce que \u00e7a fait partie de Grotowski ? Oui ! Est-ce que c\u2019est encore dans mon travail ? Oui ! Je veux chercher jusqu\u2019au bout. Parce que tu vois, je rencontre souvent cette question, \u00e0 propos de la transition : qu\u2019est-ce qu\u2019il reste du travail de Grotowski ? Qu\u2019est-ce qui vient de lui ? Qu\u2019est-ce qui vient de moi? Mais derri\u00e8re cette question, il y a une chose humaine : on veut toujours se distinguer. De mon papa par exemple : \u00ab Je ne suis pas mon papa, je ne suis pas mon ma\u00eetre ! Mon p\u00e8re a mis une veste comme \u00e7a alors moi j\u2019en mets toujours une autre ! Je me distingue ! \u00bb, mais il faut faire attention avec \u00e7a parce que, juste pour \u00eatre diff\u00e9rent ou unique, on peut jet\u00e9 des choses qui ont une tr\u00e8s grande valeur.<br \/>\nAlors comment ce distingu\u00e9 ? Et finalement est-ce important ? J\u2019\u00e9tais en train de parler de travail : entre Cie\u015blak et Grotowski il y avait le travail, entre moi et Grotowski il y avait le travail. Et Grotowski m\u2019a dit \u00e0 plusieurs moments dans mon apprentissage : \u00ab Thomas, le travaille c\u2019est \u00eatre en train de travaill\u00e9 le travaille \u00bb, \u00ab the work is working the work \u00bb\u2026 Bizarre ! Alors le plus important c\u2019est que je me distingue ou c\u2019est que le travail soit vivant ? Qu\u2019il ne soit pas en train de ce transform\u00e9 sous pr\u00e9texte qu\u2019il est entre les mains de Thomas Richards, mais de se raffiner, d\u2019\u00eatre plus vivant.<br \/>\nQu\u2019est-ce que \u00e7a veut dire vivant ? C\u2019est pas juste le travail, c\u2019est aussi la question de la mani\u00e8re dont le travail existe aujourd\u2019hui. Et aujourd\u2019hui il est encore en train de changer, \u00e7a fait presque 20 ans que Grotowski est mort, le monde a chang\u00e9 alors le travaille doit ce d\u00e9velopp\u00e9, fleurir comme dans un jardin. Et il doit le faire dans le monde d\u2019aujourd\u2019hui. Je ne suis pas Grotowski, mais j\u2019ai quand m\u00eame toutes ses connaissances de lui. Et c\u2019\u00e9tait difficile, tu n\u2019y \u00e9chappes pas, chaque inertie, chaque m\u00e9canisme, \u00e0 chaque fois que ton action n\u2019est pas vivante tu dois la r\u00e9p\u00e9t\u00e9, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elle soit vivante et avec tout \u00e7a la n\u00e9cessit\u00e9 de d\u00e9velopp\u00e9e ce qu\u2019est le travaille. Mais je ne suis pas lui, \u00e7a veut dire que je dois me rencontrer moi-m\u00eame, comme si j\u2019\u00e9tais quelqu\u2019un d\u2019inconnu, et ce faisant comprendre que moi j\u2019existe, ici, dans le th\u00e9\u00e2tre d\u2019aujourd\u2019hui, dans le monde d\u2019aujourd\u2019hui, dans la France d\u2019aujourd\u2019hui !<br \/>\nAlors \u00e7a veut dire quoi ? Quand Grotowski a fond\u00e9 le Workcenter il \u00e9tait \u00e0 la fin de sa carri\u00e8re. C\u2019\u00e9tait le top du top des metteurs en sc\u00e8ne dans le monde entier, et il a d\u00e9cid\u00e9 de ne pas faire de spectacle, mais de travailler sur les rituels, l\u2019objectivit\u00e9 des rituels. Je peux continuer \u00e7a comme un clo\u00eetre ou un h\u00e9ritage c\u2019\u00e9tait une possibilit\u00e9. Mais non ! D\u2019abord \u00e0 cause de quoi ? \u00c0 cause du faite que je suis aussi responsable, dans un sens comme un p\u00e8re de famille, un p\u00e8re ou une m\u00e8re de famille doit prendre la responsabilit\u00e9 de nourrir tout le monde. Ce qui veut dire que la famille doit trouver une mani\u00e8re de servir la soci\u00e9t\u00e9, sinon tu n\u2019as pas de pain pour tous les acteurs. Alors au Workcenter on a d\u00fb trouver une solution, on ne pouvait pas rester dans un clo\u00eetre, on devait ouvrir un dialogue, pas avec le public en g\u00e9n\u00e9rale, mais avec des personnes qui pouvait \u00eatre nourri par notre travail. Et c\u2019est comme \u00e7a que l\u2019on avait trouv\u00e9 une raison d\u2019\u00eatre en dehors de nous m\u00eame. Comme si petit \u00e0 petit une circulation s\u2019\u00e9tait mise en place, comme elle peut se mettre en place apr\u00e8s vingt ann\u00e9es de travail o\u00f9 on est 6 mois, 7 mois en tourn\u00e9e. \u00c0 cause de cette n\u00e9cessit\u00e9, mais qui ne vient pas d\u2019un besoin de production, on ne va pas faire une publicit\u00e9 pour nous vendre \u2013 on peut faire \u00e7a dans le th\u00e9\u00e2tre et ce n\u2019est pas forc\u00e9ment gage de mauvaise qualit\u00e9 \u2013 mais ce n\u2019est pas notre approche. On fait notre travail et nos projets. Par exemple on va \u00eatre ici, et certaines personnes vont voir le travail et sa qualit\u00e9 va les toucher. Et on va avoir 4 propositions pour un nouveau projet, et dans ces quatre, deux vont fonctionner. Et on revient \u00e0 la question initiale, la relation de vie, que j\u2019avais sentie dispara\u00eetre dans mes relations \u00e0 l\u2019universit\u00e9. Entre un \u00eatre humain et un autre \u00eatre humain sur le plateau on doit r\u00e9tablir cette relation vivante. Entre une compagnie de th\u00e9\u00e2tre et ce qu\u2019il y a en dehors de nous, la vie, on doit, ou l\u2019on peut vivre, \u00e9tablir cette relation vivante. Et ce n\u2019est pas qu\u2019all\u00e9 au gouvernement pour demander : \u00ab Donnez-moi l\u2019argent ! Donnez-moi l\u2019argent ! \u00bb !<\/p>\n<p>Okay j\u2019ai dit beaucoup d\u2019autre chose, et je vais arriver \u00e0 conclure, mais pour l\u2019instant j\u2019aimerais entendre d\u2019autre voix\u2026<\/p>\n<p><strong>\u00c9tudiant 2 :<\/strong> Quelque chose qui me travaille peut \u00eatre que je me trompe, mais comment arrive-t-on a parl\u00e9 de soi et d\u2019interaction, de complexit\u00e9 de la vie, comment on arrive a trouv\u00e9 des r\u00e9ponses \u00e0 des questions existentielles sur la vie, a faire du th\u00e9\u00e2tre, en ne travaillant qu\u2019entre soit ? Enfin peut \u00eatre que je me trompe, mais le travaille de Grotwski \u00e9tait dans un lieu un peu \u00e0 part, presque en autarcie pendant des ann\u00e9es et j\u2019ai du mal a comprendre comment on r\u00e9ussi \u00e0 s\u2019int\u00e9grer dans la vie, dans la soci\u00e9t\u00e9, dans le reste. Et \u00e0 interagir avec \u00e7a tout en travaillant avec soi dans un univers restreint.*<\/p>\n<p><strong>Thomas Richards :<\/strong> Si j\u2019ai bien compris dans ta question il y a deux choses. L\u2019une porte sur le travail sur les questions existentielles, sur lesquelles il faut vraiment r\u00e9fl\u00e9chir avant de dire quoi que ce soit. Et l\u2019autre porte sur notre mani\u00e8re de nous mettre en relation avec la vie. Il faut d\u2019abord voir que ce sont deux choses diff\u00e9rentes. On peut voir beaucoup de traditions qui travaillent sur la vie int\u00e9rieure, et qui se font totalement dans l\u2019isolation. Tu peux voir un ermite qui reste sur sa montagne pour travailler sur son existence, tu peux voir des moines, des soeurs qui restent tous ensemble dans un clo\u00eetre pour travailler sur des questions existentielles. \u00c7a, c\u2019est une premi\u00e8re chose.<br \/>\nOn peut voir les gens dans leur vie quotidienne comme un travaille sur soi. Comme le travaille de Georges Ivanovich Gurdjieff, je ne sais pas ci quelqu\u2019un ici a lu le texte de Gurdjieff ? Fascinant si vous travaillez sur l\u2019anthropologie du th\u00e9\u00e2tre vous ne pouvez pas l\u2019\u00e9viter. Un homme qui a vraiment marqu\u00e9 la vie de Peter Brook. Alors dans le travail de Gurdjieff par exemple, son travail sur les questions existentielles \u00e9tait ancr\u00e9 dans la vie de tous les jours, dans la vie quotidienne\u2026<br \/>\nAlors qu\u2019est c\u2019est que le travaille sur l\u2019existence ? Grande question !! \u00c7a veut dire qu\u2019un homme (ou une femme) se dit \u00e0 lui-m\u00eame : \u00ab Je ne sais pas qui je suis ! Je ne sais pas qu\u2019elles sont mes potentialit\u00e9s !\u00bb . Et c\u2019est d\u00e9j\u00e0 une chose compliqu\u00e9e parce qu\u2019on est toujours en train de nous d\u00e9finir : \u00ab Je suis \u00e7a, je suis \u00e7a, je sais \u00e7a \u00bb. Mais si je ne sais pas qui je suis, je peux voir des choses simples : premi\u00e8rement j\u2019ai un corps, deuxi\u00e8mement j\u2019ai des choses qui s\u2019articulent en moi et qui sont comme dans mon corps, et troisi\u00e8mement ma sexualit\u00e9. \u00c7a r\u00e9side o\u00f9 ma sexualit\u00e9 ? C\u2019est quoi ma sexualit\u00e9 ? C\u2019est bien s\u00fbr une force tr\u00e8s forte : Je suis dans un bus, je m\u2019assis et dans le bus il y a une femme, l\u00e0-bas, moi je suis h\u00e9t\u00e9rosexuel alors, m\u00eame si je suis en train de lire un texte, quelque chose dans mon attention s\u2019est dirig\u00e9 vers elle, et m\u00eame si je ne le veux pas, je cherche \u00e0 la s\u00e9duire. Avec ma mani\u00e8re de croiser les jambes, avec la mani\u00e8re dont je regarde dans l\u2019autre sens, quand je la regarde je souris un petit peu, mais pas \u00e0 elle directement. \u00c7a nous pousse dans notre vie cet \u00e9lan sexuel. \u00c7a nous dit \u00ab oui \u00bb face \u00e0 elle, \u00ab non \u00bb face a lui, \u00ab oui, non, oui, non \u00bb, et je bouge et finalement je fais ce que me dit la nature, je fais des enfants !<br \/>\n\u00c7a, c\u2019est une qualit\u00e9 d\u2019\u00e9nergie \u00e9vidente. Qu\u2019est ce qu\u2019on conna\u00eet d\u2019autre, que l\u2019on peut voir ? Dans la tradition japonaise on parle de haras, c\u2019est dans le ventre, Boudha il a un tr\u00e8s grand haras. Tu es dans ta voiture, tu conduis et l\u00e0 un monsieur traverse la route et (couinement) tu d\u00e9vies ta voiture, tu sens une impulsion et tu l\u2019as sauv\u00e9. Et cette impulsion a \u00e9t\u00e9 plus rapide que ta t\u00eate, c\u2019est un endroit qui s\u2019est r\u00e9veill\u00e9 pour un instant, un moment de survie total. C\u2019est comme si on \u00e9tait tous des samoura\u00efs dans notre haras. Pa-pa-pa, tout est r\u00e9solu. C\u2019est aussi l\u2019endroit qui fait que vous \u00eates ici. Pourquoi vous \u00eates ici ? \u00ab Parce que je travaille, je veux avoir mon dipl\u00f4me \u00bb. Tu ne peux pas rester toute ta journ\u00e9e dans ton lit. Tu dois faire quelque chose : \u00ab je veux, je veux, je veux \u00bb, \u00e7a vient de l\u00e0 cette impulsion. Je veux mon caf\u00e9, je veux faire bien, je veux\u2026<br \/>\nUn acteur comprend plusieurs choses qui sont en lui : les sentiments. C\u2019est quoi les sentiments ? Tu vois j\u2019ai dit le mot \u00e9motions et je me touche ici (il se touche un endroit entre la gorge et le coeur). Pourquoi je me touche ici ? Et elle part d\u2019o\u00f9 ma sexualit\u00e9 ? Et ma vitalit\u00e9 ? O\u00f9 habitent les \u00e9motions ? Tu es avec ton amante et elle va partir pour trois mois et vous \u00eates dans l\u2019a\u00e9roport et tu dis : \u00ab bye bye my love \u00bb. Et tu te tournes. Et tu sens un type de \u00ab AAAH \u00bb (il mime une douleur entre le ventre et le thorax). Vraiment, litt\u00e9ralement une dysconnexion, quelque chose qui \u00e9tait connect\u00e9 et qui s\u2019est d\u00e9connect\u00e9. Un type d\u2019endroit en toi qui r\u00e9agit qui comme une fleur, une fleur pr\u00e9cieuse, une chose vivante.<br \/>\nQu\u2019est-ce qui parle dans notre t\u00eate ? Qui n\u2019arr\u00eate jamais de parler ? \u00ab Oui ! Non! Je veux \u00e7a! Je veux \u00e7a! \u00bb. C\u2019est comme un ordinateur compl\u00e8tement d\u00e9sordonn\u00e9, qui dit n\u2019importe quoi. Ce que vous pensez entre vos deux oreilles, est-ce que c\u2019est vraiment entre vos mains ou bien juste une r\u00e9action de ce qu\u2019il se passe a l\u2019ext\u00e9rieur ? Quelqu\u2019un te dit \u00ab Ah tu es tr\u00e8s belle aujourd\u2019hui tu sais, tu es tr\u00e8s tr\u00e8s belle\u00bb. Et toi tu te dis \u00abJe suis belle ! Je sens bon ! \u00bb Et c\u2019est le d\u00e9but des \u00e9motions et \u00e7a influence ton corps. Et l\u00e0 quelqu\u2019un d\u2019autre te dit : \u00ab Tout va bien ? Tu es malade ? \u00bb. Et l\u00e0 tu va tout de suite devant un miroir, tu te regardes et tout en toi a chang\u00e9 : ta mani\u00e8re de march\u00e9, lente un petit peu plus d\u00e9pressive. Et tu cherches autour de toi quelqu\u2019un qui pourra te faire un compliment, qui pourra dire quelque chose de positif parce que sinon JE N\u2019EXISTE PAS. La question de l\u2019existence, qu\u2019est-ce que c\u2019est qui existe ? C\u2019est comme si notre vie int\u00e9rieure \u00e9tait compl\u00e8tement contr\u00f4l\u00e9e par l\u2019ext\u00e9rieur.<br \/>\nMais il y a des moments dans votre vie ou pour un instant, tu ne sais pas pourquoi, quelque chose passe. Un jeune de votre \u00e2ge un jour m\u2019a dit : \u00ab j\u2019\u00e9tais en train de jouer au basket, on \u00e9tait fatigu\u00e9, c\u2019\u00e9tait l\u2019automne, j\u2019\u00e9tais avec des copains. C\u2019\u00e9tait la fin du match et j\u2019\u00e9tais en train de remettre mon T-shirt, et \u00e0 travers la fen\u00eatre, j\u2019ai vu une feuille tomb\u00e9e d\u2019un arbre, il y avait une suspension et c\u2019est comme si une vague avez envahie tout mon corps, une vague d\u2019\u00e9nergie subtile. Et j\u2019avais litt\u00e9ralement la sensation d\u2019\u00eatre transparent face \u00e0 la vie.\u00bb On a tous des moments comme \u00e7a non ? O\u00f9 par hasard, pour un instant, on est o\u00f9 on est. On n\u2019est pas dans le futur, on n\u2019est pas dans le pass\u00e9, on n\u2019est pas entre le pass\u00e9 et le futur. Et il m\u2019a dit : \u00ab \u00c7a m\u2019a donn\u00e9 tellement de joie cette sensation \u00bb. Parfois un acteur peut avoir le m\u00eame type de sensation : tu es avec un acteur sur le plateau, il y a un moment tr\u00e8s tr\u00e8s vivant, une connexion vraie. Tu sens ce qu\u2019on lit dans beaucoup de texte th\u00e9\u00e2tral : la transparence. Et c\u2019est litt\u00e9ral, ce n\u2019est pas une m\u00e9taphore. Quelque chose passe \u00e0 travers vous. C\u2019est quoi ? En fa\u00eete ce n\u2019est pas important de comprendre ce que c\u2019est, mais \u00e7a donne une joie !! \u00c7a donne la sensation que dans le moment pr\u00e9sent \u00e7a existe. Un flux d\u2019\u00e9nergie, une qualit\u00e9 d\u2019\u00e9nergie qui n\u2019est pas quotidienne, qui est accessible.<br \/>\nAlors qu\u2019est-ce qui se passe si je regarde mon existence ? Un matin, j\u2019ai fait des oeufs \u00e0 ma femme avant qu\u2019elle ne se r\u00e9veille. Elle s\u2019assit, elle est fatigu\u00e9e, et elle me dit : \u00ab Tu as mis trop de sel \u00bb. (Mimique de profonde exasp\u00e9ration). Je dois partir tout de suite, parce que je dois aller travailler, je suis dans le bus, je m\u2019assis \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de quelqu\u2019un et dans ma t\u00eate je me dis : \u00ab ma femme, merde, quand je reviens \u00e0 la maison je vais lui dire \u00e7a, et \u00e7a, et \u00e7a, et \u00e7a. \u00bb Et le monsieur, parce qu\u2019il a senti ma tension, change de si\u00e8ge. Parce que l\u2019on contamine les autres. Et moi je ne suis m\u00eame pas conscient qu\u2019il a chang\u00e9 de si\u00e8ge. Qu\u2019est-ce qu\u2019il se passe en moi ? O\u00f9 je suis ? Compl\u00e8tement divis\u00e9e ! Mon corps est l\u00e0. Le corps est toujours pr\u00e9sent, mais ma t\u00eate est entre le pass\u00e9 et le futur. Qu\u2019est-ce que \u00e7a fait \u00e0 mes \u00e9nergies ? Elle se disperse. L\u2019\u00e9tat de mon existence c\u2019est la dispersion. Si \u00e7a, c\u2019est l\u2019\u00e9tat de base, un moment pr\u00e9cieux sera un moment de manque de dispersion. Ou pour un instant toutes mes potentialit\u00e9s, t\u00eates, coeur, vitalit\u00e9, sexualit\u00e9, corporalit\u00e9, sont dans le moment pr\u00e9sent.<br \/>\nMais c\u2019est difficile d\u2019y arriv\u00e9, \u00e7a devient un travaille, je dois travaill\u00e9 sur moi-m\u00eame, je dois voir tous les m\u00e9canismes qui me porte dans cette dispersion, je dois cherch\u00e9 d\u2019abord a travaill\u00e9 corporellement, parce que les \u00e9motions sont dures a travaill\u00e9. Stanislavski l\u2019a analys\u00e9e : je veux aim\u00e9 cette femme, mais je ne l\u2019aime pas, je veux aim\u00e9 cette personne, parce que je suis homosexuel, je ne l\u2019ai pas encore assum\u00e9, mais je l\u2019aime. On ne peut pas contr\u00f4ler les \u00e9motions. Et la t\u00eate c\u2019est encore pire, elle va o\u00f9 elle veut. Donc on peut commencer avec le corps. \u00c7a veut dire quoi ? \u00c7a veut dire que le corps sera toujours en r\u00e9flexion d\u2019o\u00f9 on est. Comme ce moment dans le bus, et \u00e7a c\u2019est tr\u00e8s important pour l\u2019acteur, c\u2019est toute la m\u00e9thode des actions physique : comment le corps de l\u2019acteur est une fen\u00eatre pour voir ce qu\u2019il se passe dans les intentions et dans la vie int\u00e9rieure de l\u2019autre. Tu es \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui dans le bus et toutes mes petites actions montrent sp\u00e9cifiquement ce moment o\u00f9 je suis entre le pass\u00e9 et le futur sp\u00e9cifique que je veux.<br \/>\nEt \u00e7a nous am\u00e8ne \u00e0 la seconde partie de ta question, la relation avec la soci\u00e9t\u00e9, avec les autres. Parce que le travail avec l\u2019existence c\u2019est entre toi et toi. Mais on doit lutter pour \u00eatre dans le pr\u00e9sent, dans un cadre, on peut le faire dans la vie quotidienne, mais c\u2019est tr\u00e8s difficile. Pourquoi ? Parce que la vie quotidienne c\u2019est un endroit, comme dans les exp\u00e9riences scientifiques, pas contr\u00f4l\u00e9es. La vie c\u2019est un endroit dans lequel tu ne peux pas contr\u00f4ler toutes les choses qui vont t\u2019arriver. Alors peut-\u00eatre qu\u2019une personne n\u2019aura pas les capacit\u00e9s d\u2019aller vers cette pr\u00e9sence dans ces circonstances tr\u00e8s difficiles. C\u2019est pourquoi les gens cherchent \u00e0 faire une circonscription. Qu\u2019est-ce que c\u2019est une circonscription dans un rituel ? C\u2019est la c\u00e9r\u00e9monie. Par exemple dans l\u2019\u00c9glise catholique c\u2019\u00e9tait la messe. On va faire une messe et c\u2019est aussi une mani\u00e8re de chercher et donner un cadre sp\u00e9cifique dans lequel chacun sait ce qu\u2019il doit faire. Comme \u00e7a je peux travailler sur la pr\u00e9sence, je peux chercher \u00e0 \u00eatre o\u00f9 je suis. Je sais ce que tu vas faire, je sais ce que tu vas chanter. Et dans ce cadre prot\u00e9g\u00e9, on peut chercher cette ascension. Donc on a besoin d\u2019une structure, on a besoin d\u2019une \u00e9quipe. Ce n\u2019est pas oblig\u00e9, mais au moins une personne \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de toi qui es un ami vrai dans cette recherche, un ami vrai qui ne va pas te dire : \u00ab oui oui tu es beau !! \u00bb. Un ami qui pourra te rappeler pourquoi tu es l\u00e0, il te dira : \u00ab On est l\u00e0 pour \u00e7a \u00bb !<br \/>\nDans cette construction des amies, il y a aussi l\u2019ermitage, on peut \u00eatre une communaut\u00e9 vivante, comme une \u00e9glise, un monast\u00e8re. Dans notre cas au Workcenter on est une \u00e9quipe de th\u00e9\u00e2tre. Dans notre travail, en regardant dans le temps, il a eu deux moments tr\u00e8s isol\u00e9s. On a pass\u00e9 presque treize ans en ermitage qui ont servi \u00e0 2 choses. La premi\u00e8re : Grotowski avait la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00eatre clair dans ces choix : \u00ab Je ne veux plus \u00eatre metteur en sc\u00e8ne : c\u2019est fini. Maintenant je travaille sur l\u2019objectivit\u00e9. Je fais des transmissions avec mon apprenti Thomas \u00bb. Deuxi\u00e8mement, moi je ne savais rien, j\u2019\u00e9tais compl\u00e8tement immature, j\u2019avais besoin d\u2019une grotte o\u00f9 grandir en diff\u00e9rent sens, professionnel, mais aussi dans la r\u00e9flexion sur soi m\u00eame, qui n\u2019est pas un travail facile. Grotowski avait besoin, comme enseignant, de cr\u00e9er une situation prot\u00e9g\u00e9e pour une certaine p\u00e9riode de temps. Apr\u00e8s 7-8 ans cette protection est devenue nocive et c\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que c\u2019est intensifi\u00e9 l\u2019arriv\u00e9e \u2013 pas d\u2019un public \u2013 mais de gens invit\u00e9s pour voir le travail. On a fait des exp\u00e9riences dans d\u2019autres pays, on a montr\u00e9 nos actions, nos pi\u00e8ces bas\u00e9es sur le chant traditionnel, structur\u00e9, o\u00f9 on fait ce travail sur soi-m\u00eame. On a montr\u00e9 \u00e7a dans des endroits comme \u00e0 Marseille. On a fait un projet ici il y a 20 ans. Et avec le Workcenter \u2013 qui a grandi avec le temps \u2013 cette ouverture a continu\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui o\u00f9 on fait notre travail dans des circonstances vraiment diff\u00e9rentes. Par exemple, vous avez vu l\u2019heure fugitive, qui est une pi\u00e8ce th\u00e9\u00e2trale frontale. Et dans cette pi\u00e8ce th\u00e9\u00e2trale, il y a le c\u00f4t\u00e9 dramaturgie qui parle de la n\u00e9cessit\u00e9 des femmes de rencontrer ce qu\u2019elles appellent ce type de force invisible, un type d\u2019axe dans leur vie. La dramaturgie porte sur \u00e7a, mais aussi l\u2019acte d\u2019une femme qui porte \u00e7a, qui en est la contenue. \u00c0 travers la po\u00e9sie, elle contacte ses diff\u00e9rents centres \u00e9nerg\u00e9tiques et un type de transformation \u00e9nerg\u00e9tique s\u2019est mis en place pendant le spectacle. On a une autre pi\u00e8ce qui s\u2019appelle The living room bas\u00e9 sur des chants traditionnels. On invite les gens \u00e0 \u00eatre comme dans une chambre, on mange ensemble. Le travail performatif d\u00e9colle d\u2019une situation sociale et r\u00e9-atterri dans une situation sociale pour voir comment la qualit\u00e9 du travaille performance peut influenc\u00e9, changer, transform\u00e9 notre comportement social. Mon compagnon Mario Biagini, le directeur associ\u00e9 du Workcenter qui a une autre \u00e9quipe, a fait un travail dans les bars avec les gens, leur bi\u00e8re et leur cigarette. Des endroits o\u00f9 les Grotowskien diront : \u00ab Non on n\u2019ira jamais l\u00e0 ! \u00bb. Et l\u00e0-dedans il avait des actions incroyablement vivantes ou le m\u00eame processus \u00e9tait recherch\u00e9. M\u00eame dans les bars dans les discoth\u00e8ques ou dans un concert de Rock n Roll.<br \/>\nAlors pour revenir \u00e0 ta question on ne fait pas \u00e7a pour se distinguer, mais pour rencontrer qui on est, qui on peut devenir, qui on doit devenir.<\/p>\n<p><em><strong>Arnaud Ma\u00efsetti :<\/strong> J\u2019avais aussi une question par rapport \u00e0 ceux qui nous on rejoint et qui travaille sur la relation avec le spectateur. Le gar\u00e7on qui a vu la feuille tomb\u00e9e s\u2019est retrouv\u00e9 transparent face \u00e0 la vie. Est ce que c\u2019est ce type-l\u00e0 de relation que le Workcenter cherche. Une transparence face \u00e0 l\u2019autre, face au spectateur ? Comment on qualifierait la relation chercher ? Et c\u2019est aussi ce que disait Anaide, qui \u00e0 une grande richesse de pens\u00e9e, comment on passe du training \u00e0 la relation avec le spectateur ? Comment on passe de soi \u00e0 l\u2019autre par le th\u00e9\u00e2tre ?<\/em><\/p>\n<p><strong>Thomas Richards :<\/strong> Tout ce travail de relation avec le spectateur s\u2019est vraiment compliqu\u00e9. Parce que si ce que je dis est vrai, on cherche \u00e0 faire un travail de transformation de nous m\u00eame. Et finalement on peut se demander si \u00e7a sert au spectateur ou pas. Et jusqu\u2019\u00e0 quel point \u00e7a sert au spectateur ! On doit toujours avoir une attention incroyablement forte face aux diff\u00e9rents types d\u2019impulse o\u00f9 d\u2019intention de l\u2019acteur. Par exemple, si je suis sur sc\u00e8ne ou si C\u00e9cile est sur sc\u00e8ne, et pour le temps de 3 secondes, elle est attir\u00e9e par le faite dont ces deux personnes parlent. Qu\u2019est-ce qui peut se passer en elle comme \u00eatre humain ? \u00ab Ah je ne suis pas int\u00e9ressante ? \u00bb. Et elle va commence \u00e0 entr\u00e9 dans une pol\u00e9mique m\u00eame pour 3 secondes : \u00ab Ah je veux capter ton attention !! \u00bb . Et apr\u00e8s le spectateur nie l\u2019attention et on cherche \u2013 comme le font les mauvais acteurs \u2013 \u00e0 s\u00e9duire le public ou \u00e0 \u00eatre sympathique. Et toutes ces raisons d\u2019\u00eatre sur sc\u00e8ne son perdu.<br \/>\nCe processus de transparence n\u2019est pas face au public, ce gar\u00e7on qui a vu cette feuille, il n\u2019\u00e9tait pas l\u00e0 pour les amis qui le regardais, il \u00e9tait L\u00c0 et peut \u00eatre justement parce qu\u2019il ne voulait rien de personne. Pendant un instant il n\u2019\u00e9tait d\u00e9pendant de rien. Parce que l\u2019attachement au futur ou au pass\u00e9 cr\u00e9e le manque d\u2019ind\u00e9pendance. Je suis d\u00e9pendant de ce que ma femme m\u2019a dit. Si le public ne r\u00e9agit pas comme je veux, alors je suis d\u00e9pendant de \u00e7a. Et on perd cette transparence dont je parle et qui est une transparence face \u00e0 des \u00e9nergies, un type de connexion entre les \u00e9nergies quotidiennes qui sont en moi et quelque chose de beaucoup plus grand. Les gars ! On est dans une tr\u00e8s grande machine, vous vous rendez compte que vous \u00eates sur la terre, excusez-moi !! La terre qui tourne \u00e0 une quantit\u00e9 de kilom\u00e8tres-heure, qui tourne autour du soleil qui bouge tr\u00e8s vite vers un point pr\u00e9cis de la galaxie. On est dans une grande machine \u00e0 laver ! Et peut-\u00eatre que le temps d\u2019une action, ce monsieur qui a vu cette feuille tomb\u00e9e a quelque chose en lui, un type de circuit ancien qui s\u2019est r\u00e9veill\u00e9 face \u00e0 un mouvement beaucoup plus grand que lui. Quelque chose en dessous de ses pieds concrets, subtils, va perc\u00e9, le travers\u00e9, et quelque chose va arriv\u00e9. Et c\u2019est ce type de transparence que l\u2019on va rechercher dans notre travail. Et une certaine ind\u00e9pendance doit \u00eatre \u00e9tablie par l\u2019acteur face aux autres, car il y a la possibilit\u00e9 d\u2019\u00eatre devant quelqu\u2019un qui ne joue pas, je suis face \u00e0 toi et j\u2019accepte que tu me voies. Il y a eu un moment dans mon apprentissage ou un grand homme de th\u00e9\u00e2tre, un ami de Grotowski, doit venir voir mon travail. Je travaillais tout seul avec Grotowski, personne n\u2019avait jamais vu ce travaille, et un autre monsieur va \u00eatre l\u00e0 et regarder ce que l\u2019on fait ensemble lui et moi. Et il m\u2019a dit : \u00ab Quand cet homme rentre dans la salle, tu dois marcher face \u00e0 lui et ton intention doit \u00eatre de regarder et de dire : \u00ab je te laisse \u00eatre ici pour voir ce que je fais ! \u00bb \u00bb. D\u00e9j\u00e0 \u00e0 ce moment-l\u00e0 dans mon apprentissage, il \u00e9tait important de me dire : \u00ab Attention tu dois avoir la m\u00eame attitude, lorsque le spectateur n\u2019est pas la, je fais \u00e7a pour moi-m\u00eame, ah maintenant ils sont l\u00e0, ils peuvent regarder \u00bb. C\u2019est une relation tr\u00e8s importante parce que qu\u2019est-ce qui cette passe ? On le sait tous, ce qu\u2019on veut dans la vie s\u2019est conditionn\u00e9 l\u2019avis \u00e9motionnel de quelqu\u2019un d\u2019autre. On imite le processus \u00e9motif de l\u2019autre. \u00ab Je veux qu\u2019il me donne un bisou \u00bb, et lui se dit : \u00ab mais non \u00bb. Parce que je ne respecte pas ses d\u00e9sirs, je suis d\u00e9pendant de lui et \u00e7a a cr\u00e9\u00e9 le refus. Alors dans ce type de transparence, s\u2019il y a une circulation des \u00e9nergies qui ce met en place, l\u2019autre \u00e0 la possibilit\u00e9 de le percevoir ou pas, et \u00e7a, c\u2019est okay, quelqu\u2019un peut ce connect\u00e9, le comprendre, m\u00eame intuitivement, \u00eatre perc\u00e9 par \u00e7a, parce que les \u00eatres humains peuvent \u00eatre tr\u00e8s tr\u00e8s sensible. Ou quelqu\u2019un d\u2019autre peut \u00eatre herm\u00e9tique, dire \u00ab je ne comprends pas \u00bb et c\u2019est okay aussi. Et c\u2019est finalement ce type de relation que l\u2019on cherche \u00e0 \u00e9tablir. Et petit \u00e0 petit, \u00e7a construit les relations entre le travail et une personne qui est int\u00e9ress\u00e9e par le travail. \u00c7a peut \u00eatre un philosophe, un spectateur, un organisateur de projets. Qui honn\u00eatement souvent font des projets probablement parce qu\u2019eux-m\u00eames on des questions sur leur vie, qu\u2019est-ce qui marche et ne marche pas et aussi des questions profondes existentielles.<\/p>\n<p><em><strong>\u00c9tudiant 3 :<\/strong> Donc le travail visera toujours une relation indirecte et pas directe . La relation indirecte permet \u00e0 chacun de son c\u00f4t\u00e9 de mieux ce d\u00e9velopp\u00e9 que la relation directe.<\/em><\/p>\n<p><strong>Thomas Richards :<\/strong> Dans un certain sens. Par exemple dans le parcours de Cecile dans l\u2019Heure fugitive, il y a des moments de contact direct, ou c\u2019est m\u00eame jou\u00e9, ou le partenaire est le public. Et comme dans la vie quotidienne si tu es mon partenaire on veut toujours avoir une influence sur les autres. On est toujours en train d\u2019\u00eatre influenc\u00e9 ou de chercher une influence. Alors dans ce sens-l\u00e0 non, il y a des actions, il y a un moment dans le spectacle ou elle va parl\u00e9 avec ironie du manque d\u2019ind\u00e9pendance d\u2019une femme et elle part de toutes les petites choses qui peuvent \u00eatre dans la t\u00eate d\u2019une femme qui a peur du jugement des autres. Et dans ce moment, l\u2019objectif de l\u2019actrice est de porter le public dans une r\u00e9flexion sur \u00e7a, comme on porte un partenaire dans une compr\u00e9hension ironique du sujet pour qu\u2019il comprenne l\u2019irone, qu\u2019il y est une r\u00e9flexion de cette relation dans tous ces automatismes et du th\u00e8me aussi. \u00c7a, c\u2019est une relation directe. Il y aura d\u2019autres moments ou il y aura d\u2019autres relations. Oui ?<\/p>\n<p><strong>\u00c9tudiant 4 :<\/strong> Euh pour vous la transformation de soi en tant que com\u00e9dien, elle se passe plus par le corps, par la transcendance des \u00e9motions, ou par le texte. Est-ce que c\u2019est le texte qui peut faire passer d\u2019un \u00e9tat \u00e0 un autre ?*<\/p>\n<p><strong>Thomas Richards :<\/strong> Dans un sens c\u2019est bien de chercher qu\u2019est ce qu\u2019on a : on a le corps, les \u00e9motions, la vitalit\u00e9. Mais \u00e0 la fin on doit oubli\u00e9 \u00e7a, parce que souvent les m\u00e9thodes de travaille qui d\u00e9coupe l\u2019homme, porte \u00e0 un art tr\u00e8s artificiel, pas organique et donc pas vivant. Je ne dis pas mauvais, car un art tr\u00e8s tr\u00e8s articuler peut \u00eatre tr\u00e8s fascinant est avoir beaucoup de sens, mais il n\u2019y aura pas d\u2019organicit\u00e9. Cette organicit\u00e9 advient lorsque la t\u00eate, les \u00e9motions, le corps deviennent une chose. Et c\u2019est tr\u00e8s important de le comprendre en tant qu\u2019acteur. Une autre chose, c\u2019est que les \u00e9tats n\u2019existent pas : c\u2019est la le\u00e7on n\u00b01. L\u2019\u00e9tat c\u2019est une chose statique, chaque fois qu\u2019un acteur cherche un \u00e9tat il est faux. Et souvent tu vois un acteur qui cherche l\u2019\u00e9tat: \u00ab ah je veux \u00eatre triste \u00bb. Et il commence \u00e0 pomp\u00e9 c\u2019est \u00e9vident. Le processus \u00e9motif dans la vie s\u2019est compliqu\u00e9, \u00e7a bouge comme une fleure. Et un acteur doit savoir habiter \u00e7a, vivre \u00e7a, alors le corps est tr\u00e8s important. Parce qu\u2019on ne peut pas figer les \u00e9motions, mais on peut figer (pas dans un sens g\u00e9om\u00e9trique ou athl\u00e9tique) les actions physiques. C\u2019est pour \u00e7a que Stanislavski \u00e0 parl\u00e9 des actions physiques, comme \u00e7a les acteurs ne pensent pas \u00e0 influenc\u00e9 leur \u00e9motion.<br \/>\n\u00ab AAAAAAAAAAH (il tape sur la table) NE DIT PAS \u00c7A \u00c0 MOI ! \u00bb<br \/>\nMoi maintenant je ne suis pas f\u00e2ch\u00e9, mais je commence \u00e0 le devenir. Je ne suis pas f\u00e2ch\u00e9, je fais mes actions physiques, impulse, voix, comme si j\u2019\u00e9tais f\u00e2ch\u00e9. Je ne suis pas f\u00e2ch\u00e9, mais j\u2019ai fait exactement comme si j\u2019\u00e9tais cach\u00e9. J\u2019avais la sensation de comment j\u2019avais frapp\u00e9 la table \u00e0 un moment o\u00f9 j\u2019ai \u00e9tait tr\u00e8s f\u00e2ch\u00e9 contre ma femme. \u2013 Ce n\u2019est pas toujours si terrible entre nous hein ! \u2013 Et voil\u00e0, les \u00e9motions suivent, comme l\u2019eau, \u00e0 cause de ce que tu fais. Alors, ne cherche pas un \u00e9tat et surtout, tu as demand\u00e9 : \u00ab c\u2019est plut\u00f4t \u00e0 travers le corps, c\u2019est plut\u00f4t \u00e0 travers les \u00e9motions, c\u2019est plut\u00f4t \u00e0 travers \u00e7a ? \u00bb. C\u2019est \u00e0 travers toi, ou \u00e0 travers un acteur si tu es metteur en sc\u00e8ne. Tu dois voir qui est devant toi, tu dois sentir ce qui est vivant ou non, tu dois r\u00e9fl\u00e9chir sur le sens de tout ce que vous faites. Et \u00e7a, c\u2019est le plus important. Je donne un stage AFDAS, ici, \u00e0 Marseille, et j\u2019ai beaucoup appr\u00e9ci\u00e9 la premi\u00e8re pr\u00e9sentation des acteurs. C\u2019\u00e9tait pas mal. Normalement dans un premier jour de stage tu vois des choses compl\u00e8tement clich\u00e9es. Ce n\u2019\u00e9tait pas compl\u00e8tement clich\u00e9, mais le probl\u00e8me est arriv\u00e9 quand ont commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9velopp\u00e9 le travaille et la question : \u00ab \u2013 Tu fais \u00e7a pour quoi ? Qu\u2019elle ait le sens de \u00e7a ? \u2026 \u2013 Oh, monsieur, surtout je ne cherche pas de sens, c\u2019est de la po\u00e9sie !! \u00bb C\u2019est comme si les acteurs marseillais \u00e9taient en train de jouer Artaud. Alors ils s\u2019autorisent \u00e0 faire n\u2019importe quoi. Il manque la responsabilit\u00e9 de prendre des d\u00e9cisions. Et les gars \u00e7a c\u2019est les joies de l\u2019art: de prendre des d\u00e9cisions : \u00ab On va travailler sur \u00e7a ! \u00bb. Sur ce th\u00e8me d\u2019une fille de 14 ans dans ce coin de Marseille, de papa et de l\u2019oncle dans ce petit bar, avec cette odeur tr\u00e8s sp\u00e9cifique. Et sur ce qui s\u2019y est pass\u00e9, pourquoi, l\u2019organisation entre les \u00eatres humains. Et l\u00e0 on prend une d\u00e9cision et on rentre dans un territoire qui nous demande beaucoup parce qu\u2019on doit r\u00e9fl\u00e9chir sur des choses difficiles et chercher \u00e0 donner \u2013 pas un point de vue \u2013 mais de pousser notre compr\u00e9hension de nous m\u00eame. Et si on fait \u00e7a, l\u00e0, on a une chance que ton acteur r\u00e9cite avec tout son \u00eatre.<\/p>\n<p><strong>\u00c9tudiant 5 :<\/strong> Je voudrais savoir ce que vous allez chercher dans la tradition vaudou, ha\u00eftienne, par rapport \u00e0 la transe, la th\u00e9\u00e2tralit\u00e9, le quotidien\u2026*<\/p>\n<p><strong>Thomas Richards :<\/strong> Le travail sur les chants vaudou ha\u00eftiens \u00e0 commencer, je crois, \u00e0 la fin des ann\u00e9es 70. Grotowski a travaill\u00e9 dans des lieux de c\u00e9r\u00e9monie avec deux pr\u00eatres. Il est parti l\u00e0-bas pendant 7 ans, il y \u00e9tait m\u00eame si souvent que les gens d\u2019Ha\u00efti pens\u00e9 qu\u2019il habitait l\u00e0-bas. Pourquoi Grotowski \u00e9tait attir\u00e9 par cette tradition l\u00e0 ? Parce que dans la tradition afro-carib\u00e9enne, le processus m\u00e9ditatif ou de concentration de ces \u00e9nergies dans un moment, existait dans un processus de corporalit\u00e9 vivante. Dans la tradition Indou, on trouve des techniques de m\u00e9ditation avec le m\u00eame type de processus, avec une staticit\u00e9 du corps, on se met dans la position du lotus. On se met dans une position dans laquelle, m\u00eame si on perd la concentration, le corps va rester debout, et focalis\u00e9 notre respiration, nos pens\u00e9es d\u2019une mani\u00e8re tel que ce type de transparence int\u00e9rieure puisse appara\u00eetre. Dans la diaspora africaine, le corps est engag\u00e9 dans l\u2018art. \u00c7a pour Grotowski c\u2019\u00e9tait organique, parce qu\u2019il \u00e9tait expert du travail sur le corps et sur la voix. Et ces traditions sont fortement bas\u00e9es sur les chants traditionnels o\u00f9 le chant est un v\u00e9hicule pour r\u00e9veiller des endroits \u00e9nerg\u00e9tiques qui existent dans la corporalit\u00e9. Alors m\u00eame s\u2019il \u00e9tait blanc, et qu\u2019on aurait dit une sorte de p\u00e8re No\u00ebl, avec une grande barbe blanche. Il s\u2019est retrouv\u00e9 dans une relation forte avec cette tradition. Il faut bien comprendre qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas juste engag\u00e9 dans cette tradition, il a travaill\u00e9 sur certaines traditions indienne, mexicaine, africaine et aussi dans son travail il y avait une tr\u00e8s grande influence de l\u2019\u00e9sot\u00e9risme chr\u00e9tien. Moi mon papa vient des cara\u00efbes, ma maman blanche vient du Texas, du pays de G Bush. Ils se sont rencontr\u00e9s et mari\u00e9s, un noir et une blanche, \u00e0 New York dans les ann\u00e9es 50. Mais moi dans mon enfance j\u2019ai grandi dans une \u00e9cole juive, compl\u00e8tement coup\u00e9 de mes racines africaines. Alors travaillais avec moi ces traditions afrocaraibeen \u00e9taient un moyen utile naturelle pour affin\u00e9 notre travail. Et par la suite c\u2019est devenu ma sp\u00e9cialit\u00e9. Et \u00e7a reste dans mon travail aujourd\u2019hui. M\u00eame si on travaille sur diff\u00e9rent chant et tradition qui souvent viennent des diff\u00e9rents h\u00e9ritages des membres de l\u2019\u00e9quipe. Si vous voyez notre nouvelle pi\u00e8ce the underground, qui est bas\u00e9e sur un texte de Dosto\u00efevski, dans laquelle il y a aussi des chants traditionnels. Ces chants sont un h\u00e9ritage des diff\u00e9rents participants de cet acte th\u00e9\u00e2tral.<br \/>\n\u00c7a, c\u2019\u00e9tait ta question, il y avait une deuxi\u00e8me partie ?<br \/>\n<strong>*\u00c9tudiant 5*<em> : Par rapport \u00e0 la transe\u2026<\/em><br \/>\n<\/strong>Thomas Richards:** Ah oui. Grotowski te dirait qu\u2019il n\u2019aime pas ce mot : Transe. Pourquoi ? \u00c0 cause du fa\u00eete que c\u2019est comme \u00ab \u00e9tat \u00bb dans notre t\u00eate occidentale on peut penser \u00e0 la transe comme une chose o\u00f9 on arriverait au sommet d\u2019une montagne et voil\u00e0, on est l\u00e0, on est en transe. Mais le processus sur lequel on a travaill\u00e9 ce n\u2019est pas du tout que la recherche d\u2019une position, mais la recherche d\u2019un processus qui est m\u00eame l\u2019oppos\u00e9 de ce qu\u2019on peut penser d\u2019une transe. Parce qu\u2019il y a une acc\u00e9l\u00e9ration si rapide des pens\u00e9es. Dans ce type de transparence, le mot transe n\u2019est pas valable. Mais avec ce mot tu fais r\u00e9f\u00e9rence a quelque chose d\u2019important, de sp\u00e9ciale, qui n\u2019est pas quotidien\u2026<br \/>\n<em><strong>\u00c9tudiant 5 :<\/strong> Surhumain ?<\/em><br \/>\nThomas Richards : Surhumain\u2026 \u00c7a, c\u2019est fascinant, c\u2019est un grand mot surhumain !! Mais en tout cas, c\u2019est compliqu\u00e9 de parler de \u00e7a. Parce que c\u2019est beaucoup plus facile de parler des choses humaines. Parce qu\u2019au final c\u2019est les choses humaines qui nous font devenir un canal transparent, ou les choses humaines qui nous poss\u00e8dent avec la pass\u00e9e, le futur, etc. De mani\u00e8re \u00e0 ce qu\u2019on soit dispers\u00e9e. Mais si on travaille sur l\u2019humain, avec une tr\u00e8s grande qualit\u00e9, c\u2019est vrai qu\u2019une personne faite partit d\u2019une chose beaucoup plus grande qu\u2019elle. Et la joie c\u2019est \u00e7a, on est tous en train de mourir, c\u2019est en train d\u2019arriver, on sait qu\u2019on va mourir, mais on l\u2019oublie toujours. On a cach\u00e9 en nous un d\u00e9sir d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 de tangiblement \u00eatre en contact avec quelque chose qui n\u2019est pas juste notre petit monde. Et m\u00eame si je regarde ma vie, j\u2019ai 55 ans, les moments dont je me rappelle sont les moments o\u00f9 j\u2019ai eu l\u2019impression d\u2019\u00eatre en contact avec \u00e7a, quelque chose de plus grand que moi. On est peut-\u00eatre plus, on a tous ce type d\u2019\u00e9v\u00e9nement, \u00e7a peut \u00eatre dans un acte d\u2019amour, de fusion totale avec un autre, dans une conversation o\u00f9 c\u2019est comme si le temps avait disparu pour un instant. Tu parles toute la nuit et le temps n\u2019existe plus et tu as une joie, une chose qui circule entre toi et ton amie et ce n\u2019est pas juste toi. Pour un instant tu es sorti de ton petit trou. Et en ce sens le oui, le travail est cibl\u00e9 : c\u2019est humain, ce n\u2019est pas humain, c\u2019est surhumain.<\/p>\n<p><em><strong>\u00c9tudiant 6 :<\/strong> Est-ce que c\u2019est possible aujourd\u2019hui de monter une troupe ?<\/em><\/p>\n<p><strong>Thomas Richards :<\/strong> Une troupe, difficile, aussi \u00e0 cause des circonstances, en France je ne peux pas dire. Pour te r\u00e9pondre, il y a deux r\u00e9ponses. Premi\u00e8rement le c\u00f4t\u00e9 technique, du c\u00f4t\u00e9 du m\u00e9tier, moi j\u2019enseigne dans tout le monde : Asie, \u00c9tat-Uni, Am\u00e9rique du Sud, Europe\u2026 Je vois beaucoup de situations dans le th\u00e9\u00e2tre d\u2019aujourd\u2019hui. Le m\u00e9tier est en descente totale, totale, c\u2019est comme en musique, c\u2019est comme si tous les musiciens avaient oubli\u00e9 les octaves. J\u2019ai rencontr\u00e9 beaucoup de jeune personne ou de personne \u00e2g\u00e9es qui ne connaissaient pas les bases. Ils ne connaissent pas les diff\u00e9rences entre chercher un \u00e9tat et faire une action. C\u2019est difficile de trouver des qualit\u00e9s, alors on peut monter une troupe, mais la question c\u2019est : quelle est la qualit\u00e9 de la troupe, c\u2019est une vraie pr\u00e9occupation.<br \/>\nL\u2019autre partie de la r\u00e9ponse c\u2019est la question de la survie : oui c\u2019est possible, mais c\u2019est difficile ! Ce n\u2019est pas comme dans les ann\u00e9es 50 o\u00f9 un gouvernement communiste subventionnait les acteurs. Grotowski en parle dans son essai \u00e0 la fin du livre, peut \u00eatre qu\u2019il faut relire son texte (ndrl. De la compagnie th\u00e9\u00e2trale \u00e0 l\u2019art comme v\u00e9hicule). Il parle de la difficult\u00e9 de fonder une troupe th\u00e9\u00e2trale aujourd\u2019hui. Ce n\u2019est pas une action passive, m\u00eame Ariane Mnouchkine a dit : \u00ab fonder mon th\u00e9\u00e2tre aujourd\u2019hui serait presque impossibles \u00bb. Elle peut exister parce qu\u2019elle est l\u00e0, donc \u00e7a continue. Mais c\u2019est toujours possible, et finalement cette question n\u2019est pas vraiment une question parce que si je dis a une jeune personne : \u00ab oui c\u2019est possible ! \u00bb. Ce serait compl\u00e8tement b\u00eate : parce que c\u2019est possible s\u2019il a la force et l\u2019intelligence de le faire. C\u2019est possible s\u2019il a le charisme pour aller convaincre les gens de travailler avec lui, obtenir des subventions pour son travail\u2026 Qu\u2019est-ce que je vais dire \u00e0 mon fils : \u00ab Non, non, non, fils, c\u2019est impossible aujourd\u2019hui de monter une troupe de th\u00e9\u00e2tre \u00bb. Je serais un p\u00e8re terrible, triste : Il peut faire ce qu\u2019il peut faire, s\u2019il peut le faire. Et j\u2019esp\u00e8re avec beaucoup de qualit\u00e9s.<\/p>\n<p><em><strong>\u00c9tudiant 7 :<\/strong> Par rapport \u00e0 ce que vous venez de dire le manque des bases des acteurs. Est-ce que vous avez une id\u00e9e de ce \u00e0 quoi c\u2019est d\u00fb ? Est-ce que c\u2019est un manque d\u2019apprentissage dans l\u2019institution ?<\/em><\/p>\n<p><strong>Thomas Richards :<\/strong> Oui je crois que le monde a chang\u00e9. Et le th\u00e9\u00e2tre cherche son utilit\u00e9 et c\u2019est difficile pour lui de la trouver. Dans le temps de Stanislavki le th\u00e9\u00e2tre \u00e9tait un endroit o\u00f9 ont all\u00e9es avec l\u2019envie humaine d\u2019entendre des histoires. On a cette soif d\u2019histoires. Mais maintenant, et c\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 le cas au temps de Grotowski, mais c\u2019est pire maintenant, on \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, on a les films et maintenant on a internet. Chaque fois que je veux une histoire, hop. M\u00eame sur mon iPhone j\u2019ai mes petites histoires, tout change, l\u2019utilit\u00e9 du th\u00e9\u00e2tre pour moi est vraiment discutable. C\u2019est vraiment un endroit pour moi tr\u00e8s important et tr\u00e8s sp\u00e9cial. Grotowski a dit : \u00ab Le th\u00e9\u00e2tre pour survivre, dans une mani\u00e8re vivante, doit travaill\u00e9 sur ce qu\u2019il a, il ne doit pas pr\u00e9tendre \u00eatre la t\u00e9l\u00e9vision ou un film, il doit travaill\u00e9 sur la qualit\u00e9 de pr\u00e9sence humaine en face a face. Et \u00e7a, c\u2019est la chose qui rend le th\u00e9\u00e2tre unique. Alors chez les acteurs de cin\u00e9ma je ne vois pas la m\u00eame descente, mais c\u2019est un territoire autre : tu fais ton action une fois, tu peux te tromper dans ton action et \u00e7a peut fonctionner. (Il mime des pleurs) Tu pompes une fois et hop c\u2019est finit. Sur sc\u00e8ne si tu dois le faire 50 fois \u00e7a ne fonctionne pas. Alors je crois que c\u2019est \u00e0 cause de \u00e7a et c\u2019est aussi, je crois, un m\u00e9tier tr\u00e8s tr\u00e8s difficile : la musique c\u2019est difficile, mais tu vois il y a une m\u00e9canique dans la musique qui est tr\u00e8s concr\u00e8te : ou tu touches juste dans le moment juste, ou, te ne le fait pas. Et l\u2019objectivit\u00e9 de \u00e7a est tr\u00e8s nette et tr\u00e8s claire : Exercice ! Exercice ! Exercice ! Dans le th\u00e9\u00e2tre on \u00e0 la litt\u00e9rature, un processus vivant, un ph\u00e9nom\u00e8ne qui se r\u00e9p\u00e8te jour apr\u00e8s jour, mais qui doit tenir cette vie. C\u2019est un \u00e9v\u00e9nement avec diff\u00e9rentes dimensions. Alors c\u2019est un m\u00e9tier tr\u00e8s compliqu\u00e9. Comme Stanislavsky le dit bien : le travail de l\u2019acteur sur soi-m\u00eame implique d\u00e9j\u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de travailler sur soi. Ce n\u2019est pas facile. Et \u00e0 cause de notre d\u00e9sir, on est vraiment fain\u00e9ant et vaniteux. Alors c\u2019est facile que le th\u00e9\u00e2tre qui touche les questions d\u2019un \u00eatre humain qui s\u2019exhibe, qui est vous pas les autres, soit pris par certaine inertie, certaine partie de notre personnalit\u00e9 qui nous guide vers une certaine forme de superficialit\u00e9 ou de manque de travaill\u00e9\u2026\u2026. Voil\u00e0 Merci beaucoup.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Thomas Richards, h\u00e9ritier de Jerzi Grotowski, \u00e9crit Travailler avec Grotowski sur les actions physiques. Il se pr\u00e9sente comme le t\u00e9moignage d\u2019un homme qui nous fait part de la travers\u00e9e qu\u2019il a effectu\u00e9e, de sa rencontre avec Ryszard Cie\u015blak (en 1884) au premier pas du Workcentre. 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